‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 340 sur 424 · PAYSAGE. — PRUDHON · texte numérisé non relu

PAYSAGE. — PRUDHON

Lekain, Delille, Voltaire enfin, pour lequel il peignil les décorations du théâtre de Ferney.

Prudhon. — Un seul nom parmi les contemporains de David |)eut lui être légiliinement opposé, celui de Pru~ dhoti (1758-1823). Prudhon, si dillerent de lui, mérite dans notre école une place non moins haute. Il a la (juaiité qui manque le plus à ses contemporains, la naïveté de l'inspiration, et il est peut-être de tous nos peintres celui qui évoque le mieux, et cela sans que cette redoutable comparaison l'écrase, le grand nom du Gorrège.

C'était une originalité bien grande dans un temps où trop d'artistes afifectaient le pédantisme du contour, la haine des moyens pittoresques, et substituaient le goût de l'archaïsme à celui de l'antique. Mais sa sincérité d'exécution était telle, que Prudhon ne fut pas méconnu de son temps. Il fut décoré en même temps que Gros (1808). Le véritable génie de Prudhon, son domaine, son empire, c'est l'allégorie. On peut dire qu'il y est incomparable. Une vie malheureuse avait encore avivé la sensibilité naturelle de son âme. Lorsqu'il le veut, il sait émouvoir, comme il sait charmer. Il suffit de citer son Christ en croix, sa dernière œuvre, qu'il laissa inachevée. La puissance d'émotion et son talent pour l'allégorie se réunissent dans son chef-d'œuvre la Justice et la Vengeance poursuivant le Crime. La première idée du peintre nous a été conservée pat un dessin du Louvre. Quelque belle que soit la composition qui a été exécutée, ou peut regretter peut-être que cette première inspiration, où l'ange de la Vengeance traîne le Grime épouvanté devant la Justice qui garde une gravité sereine, n'ait pas prévalu. L'artiste est revenu une troisième fois, d'une façon fort heureuse aussi, sur le même sujet dans un dessin que l'on voit à Chantilly. Prudhon a d'ailleurs traité toutes sortes de sujets : portraits [l'impératrice Joséphine, le roi de Rome, M^^ Jarre), tableaux de genre [la Famille malheureuse), sujets mythologiques [Psyché enlci'ée par les zéphirs, Zéphyr se balançant dans un bocage, Vénus et Adonis), sujets religieux [le Christ en croix, l'Assomption) et même •cènes militaires (Entre^'ue de Napoléon avec l'empereur d'Au'

triche après Austerlitz. Au fond, les contemporains de Périclès et d'Alexandre reconnaîtraient bien plutôt un des leurs dans Prudhon que dans David. Un seul artiste marche sur ses traces, ou plutôt s'est tellement identifié à sa manière, qu'on pourrait confondre, au premier coup d'oeil, leurs œuvres : 3/"« Constance Mayer (1778-1828), dont le Fleuve delà vie est digne en tous points de son maître.

Les successeurs de David. — Les musées. — Le Salon de 1808. — La génération qui suit est digne de sa devancière. Elle apparut dans tout son éclat, mêlée à son aînée, au Salon de 1808. Jamais l'art français n'avait traversé des jours plus beaux. La Constituante et la Convention, réalisant complètement un projet qui avait eu, sous Louis XV et Louis XVI, un commencement d'exécution, réunissaient dans des musées publics les richesses qui s'entassaient, inutiles, dans les palais de la couronne. Les musées s'enrichissaient bientôt des chefs-d'œuvre de FAllemagne, de la Flandre, de l'Italie, trophées de nos victoires, et les grandes choses qui se faisaient, donnaient à nos artistes des sujets propres à exciter leur enthousiasme. Enfin le Musée des monuments français, fondé grâce à l'intelligence, à l'activité et au cour di^e à' Alexandre Lenoir (1762-1839], avait réuni les débris sauvés des destructions causées par le « vandalisme révolutionnaire* ».

Gros. — Au Salon de 1808, Gros envoya la Bataille d'Eylau. Gros (1771-1835) a été l'Homère de l'épopée impériale. Eugène Delacroix le compare au poète grec pour ses peintures de la vie, si étonnantes dans leur cru-

1. Alexandre Lenoir risqua plus d'une fois sa vie pour arracher des chefs-d'œuvre aux barbares qui en avaient déjà détruit un si grand nombre. L'expression de vandalisme fut employée par le conventiounel Grégoire, qui lit un rapport sur les pertes irréparables que l'art pleurait, et les moyens de les arrêter pour l'as'ouir. Il faut associer au nom de Lenoir celui de Denon, le directeur des musées sous Napoléon, qui essaya vaincmeat en 1815 de sauver les œuvres d'art que les étrangers venaient nou» reprendre, au mépris des conventions expresses du traité de 1814. Deooa était un graveur de talent et un écrivain aj;réa ble.

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