REVEIL DE L'ALLEMAGNB — KANT
tèur Thorwaldsen étaient sujets du roi de Danemark. C'est à l'antiquité que Carsicns s'adresse 1757-1798; pour renouveler l'art en Allemagne. Mais il ne continue pas pour cela l'enseignement de Raphaël Mengs. Passionné, comme Mengs, pour les Grecs, mais ennemi de sa méthode, il oppose une interprétation plus libre aux théories d'imitation de l'ami de Winckelmann. La misère l'empêcha de se livrer sérieusement à l'étude jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. La fierté de son caractère, le noble but qu'il poursuivait, le laissèrent toujours dans la gêne^
Ce n'en est pas moins à lui que la nouvelle école allemande, si considérable depuis, fait remonter son origine. Des œuvres comme la Chute des anges, le Combat des Centaures, justifient ce sentiment. Ce que les peintres allemands demanderonV surtout après lui à l'antiquité, c'est la poésie naïve des temps primiliis , l'allégorie mythologique , les sujets héroïques. A celte source d'inspiration vient bientôt s'enjoindre une autre, le renouvellement du sentiment religieux qui oppose le christianisme à l'antiquité, et va retrouver ses inspirations dans la civilisation germanique du moyen âge, dans les cathédrales gothiques, la poésie des chansons de geste et la chevalerie. De ces divers éléments naît le romantisme, qui aura, surtout en Allemagne, le caractère d'une réaction contre l'influence prépondérante des idées et des formes françaises dans l'art et la littérature. Mais remarquons que dès l'origine on avait associé l'antiquité à cette réaction, et que c'était au nom du classique grec que Lessing, puis Schlegel, avaient attaqué le classique français.
De même que, dans la littérature, l'admiration qu'on professe alors pour les Niehelungcn n'empêche pas quon ne ressente pour Homère et Vir^rile un enthousiasme renouvelé; de même, dans les arts, cette faveur générale qui s attache au moyen âge national ne prendra que très accidentellement le caractère du mépris ou de l'indifférence pour les modèles de l'antiquité ou delà Renaissance italienne. Chose remarquable,
1. M"* de Staël, dans son Allemn^tie, ne cite même pas Carstens.
Albert Durer exerce, au fond, peu d'influence sur le grand mou%'ement qui rend à l'Allemagne la gloire artistique qu'elle a^ait perdue depuis sa mort. C'est sous la forme calholique que l'art religieu.Y renaît d'abord en Allemagne. Overhec/c ne tarda pas à se convertir au catholicisme. C'est à Home, devant les loges de Raphaël ou les sculptures du Vatican, que se forment les peintres les plus originaux de TAllemagne moderne. En somme, dans des conditions différentes, les artistes allemands revendiquent, comme le feront les artistes français vers 1820, la liberté de l'inspiration, la variété des sujets, un art qui s'efforce de rendre tous les sentiments de l'âme, toutes les nuances de la pensée. Les artistes allemands de ce temps, plus encore que les romantiques français, obéiront à des préoccupations littéraires qui leur feront oublier trop souvent l'art lui-même. Les Allemands -cherchent à exprimer par le dessin non seulement les sentiments les plus subtils et les plus compliqués, comme les rêveries les plus vagues, mais encoi-e des théories philosophiques, des controverses littéraires et morales, même des systèmes scientifiques. Giotto lui-même avait donné l'exemple d'allégories analogues, et l'on a vu plus haut quel était l'esprit encyclopédique des imagiers du xiiie siècle. Mais le danger en pareille matière, et les Allemands y étaient exposés plus que d'autres, c'est de ne pas savoir distinguer la profondeur et l'obscurité, la finesse et la puérilité, le possible et le ridicule, l'ingéniosité et la banalité prétentieuse, le galimatias et le sublime. Rion ne serait plus injuste que d'interdire absolument à la peinture de telles recherches et de tels efforts, souvent couronnés de succès, et d'ailleurs pi-esque toujours intéressants; mais cette tendance est souvent dangereuse et risque d'être antiplastique, aniihuraaine, de supprimer l'émotion et la beauté. Un faisceau d'aphorisraes ne constitue pas un poème.
Les phases de l'école allemande. Ses centres. — On
peut distinguer trois phases dans la peinture allemande ; la première, surtout philosophique ; la seconde, plus spécialement religieuse, où il est donc fait une part plus large au naturel et à l'éraotion ; enfin , après 1830 , on