‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 352 sur 424 · LUTTE DES DOCTRINES. ROMANTIQUES ET CLASSIQUE · texte numérisé non relu

LUTTE DES DOCTRINES. ROMANTIQUES ET CLASSIQUE

Sculpture : David d'Angers, Rude, Barre et leurs contemporains. — Architecture. Retour au moyen âge et à la Grèce. — Gravure. Henriquel Dupont. — Lithographie. — La peinture. Réaction contre David. Le romantisme. — Géricault. Le Salon de 1819. Le Radeau de la Méduse. — Delacroix et Ingres. — Classiques. H. Flandrin. — Romantiques. AryScheffer. — L'orientalisme. Decamps. — Le paysage. Paul Huet. Corot. Th. Rousseau. — Les peintresde l'Italie. Léopold Robert. — Horace Vernet et la peinture militaire. Raffet. Charlet. Le musée de Versailles. — Paul Delaroche. Meissonnier. — L'exposition universelle de 18551.

Sculpture : David d'Angers, Rude, Barye et leurs, contemporains. — Quels qu'aient été les succès de la sculpture italienne, elle n'est pas comparable d'ensemble à la sculpture française, qui affirme pendant tout le siècle la supériorité de ses traditions et de son inspi* ration. La sculpture française n'avait pas eu besoin de changement brusque pour s'associer au mouvement que David consacrait dans la peinture; elle n'eut pas besoin de faire une révolution pour revenir sur les exagérations de cette influence. Le Condé par lequel David d'Angers (1789-1856) inaugure la longue série de ses œuvres si

1. H. Delaborde, Ingres. Ch. Clément, Géricault. Eùg. Véron, Eug. Delacroix. H. Jouin, David d'Angers. E. Chesneau, les Chefs d'école. Ch. Blanc, Us Artistes de mon temps. Le» Salons de Théophile Gautier et d'Edmond About. V. Fournel, les Artistes français contemporains. A. Michel, l'Ecole française de David à Delacroix, A. de Loatalot, l'Ecole française de Delacroix a Eegnavlt. H. Marcel, la Peinture français* a» XIX* siècle, où on Irouvera la bibliographie.

expressives est de 1816, et lorsqu'il arrive h l'apogée de son talent, cest un héros grec, c'est un Philopœmen où il met tout son génie. Lui-même est tombé dans l'erreur d'affubler à l'antique la statue de Racine. Son œuvre la plus importante est le fronton actuel du Panthéon.

La sculpture était beaucoup moins tentée de se perdre que la peinture dans l'imitation du moyen âge et les détails puérils. Elle gagna à la réforme un plus large champ d'inspiration, où les diverses époques et les divers pays trouvent leur place, une puissance expressive plus étendue et plus profonde, une aptitude plus grande à saisir la modernité, chose qui n'avait pas manqué dailleurs aux sculpteurs français des siècles précédents. Rude (1784- 1855; , avec son Pécheur à la tortue, plein de grâce et de finesse; avec son Mercure rattachant ses talonmères, d'une ligne si fière et si hardie ; son Louis XIII en argent pour le château de Dampierre ; sa Jeanne d'Arc; son Christ en croix, où se peint une douleur si profonde; enfin son groupe de VArc de triomphe (le Départ ou la Marseillaise)^ la plus originale, la plus puissante et la plus passionnée peut-être des sculptures du siècle, se place au premier rang, quoique sa puissance même Tait entraîné parfois à des excès comme le maréchal Ney. Un autre sculpteur de génie, Barye (1795-1875), le Michel-Ange des animaux {le Lion et le Serpent^ Jaguar déi'orant un lièvre^ etc.), a su aussi traiter la figure humaine avec une rare puissance [Thésée et le Minotaure). James Pradier (1792-1852), dans un style tout différent, recherche la grâce et maintient en partie la grande réputation qu'il obtint de son vivant avec Atalante^ Sapho, Psyché^ la Poésie légère et la fontaine de Nîmes, le duc d'Orléans et les Victoires k l'arc de l'Étoile. Cortot (1787-1843), avec le Soldat de Marathon et le groupe de la Gloire à l'arc de l'Etoile, fut alors, avec David et après Rude, notre premier sculpteur monumental. Que <ie noms remarquables encor« 1 Les classiques Nanteuil

DAVID D'ANGERS. — RUDE. — ARCHITECTURE. m

(Eurydice), Simart (Fronton au Louvre), Petitot et Lemaire (le Laboureur, les frontons de la Madeleine à Paris et de Saint-Isaac, à Pétersbourg) ; A.-A. Dumont (1801-1884), fils, petit-fils, arrière-petit-fils de sculpteurs remarquables, moins célèbre par son Génie de la Liberté de la colonne de la Bastille que par ses élèves; Gatteaux [Minerve aperçue par Tirésias); Roman (Nisus et Euryale); Ém. Seurre (le Napoléon en costume traditionnel qui surmonta la colonne Vendôme de 1835 à 1864) ; son frère Gab. Seurre (le Molière de la fontaine de la rue Richelieu); les romantiques Préault (le Cavalier gaulois du pont d'Iéna), Jean Duseigneur, Antonin Moine et Michel-Pascal. Brion (J, Haùy), Brian (un Mercure inachevé); Foy aller (Spartacus); Clésinger [la Tragédie, Sapho, George Sand), Duret (Pêcheur napolitain), Jaley [la Prière, Louis XI), Jouffroy [la Poésie lyrique à l'Opéra, l'Ingénuité), Triqueti (portes de la Madeleine); J.-B. Debay (les Trois Parques), Aug. Debay (Premier Berceau), Pollet (V Étoile), Raniey (Thésée et le Minotaure), Marochetti (le monument de Charles-Albert, à Turin), Bra , Ant. et Pierre Dantan^ Legendre-Herald [Giotto), Etex, Oliva, Lanno, Loison i^apho), la princesse Marie d'Orléans [Jeanne d'Arc).

Architecture. Retour au moyen âge et à la Grèce. — En architecture, la sympathie pour le moyenâge, quinous faisait de nouveau aimer et comprendre les édifices gothiques, eut un résultat des plus heureux, ne fût-ce qu'en protégeant ces précieux vestiges contre l'oubli ou contre des modifications pires encore. On pardonne volontiers à ce prix aux imitations puériles et parfois même ridicules dont ces monuments furent alors l'objet. Des archéologues tels que de Caumont, de Guilhermy ; des poètes tels que Victor Hugo, dont la Notre-Dame de Paris fui un événement artistique aussi bien que littéraire; la Société des antiquaires de France, fondée dès 1805 sous leuom d'Académije celtique, ^loriae majorum; l'Ecole des

chartes, projetée par Napoléon (1807), et constituée en 1821, préparèrent la voie où devaient s'engager des architectes tels que César Daly (1811-93), qui restaura la cath. d'Albi; Albert Lenoir^ qui sauva l'hôtel de Cluny; Lassas (1807-57) et VioUet-le- Duc (1814-79), qui restaurèrent N.-D. de Paris. On comprend également mieux les styles d'architecture qui n'avaient pas perdu toute faveur, mais étaient trop délaissés. L'inspiration de la Renaissance se montre dans la restauration du château de Blois par Duban (1797-1870), et d'une façon plus originale dans ses travaux à TEcole des beaux-arts. Peu de monuments byzantins sont supérieurs à la catli. de Marseille de Léon Vaudoyer (1802-13). L'architecture classique revient directement à la Grèce. On étudie ses monuments sur place, étude favorisée par la création de l'École française d'Athènes (1846), et des écoles analogues fondées par d'autres pays. On oppose le classique grec au pseudoclassique romain, et on cherche à en appliquer les princij)es plus qu'à en copier les formes, comme à St Vincentde-Paul par //mor/" (1793-1867), à la Bibl. Ste Geneviève par H. Labrouste (1801-75) *. Huyot, puis Blouet achèvent VArc de V Étoile, Lacornée, le palais du Conseil d''État, âncendié en 1871. Visconti construit le Tombeau de Napoléon aux Invalides.

Gravure. Henriquel-Dupont. — La gravure avait moins que tout autre art à se mêler de la querelle des classiques €t des romantiques. On peut remarquer cependant que Hen- TÏquel-Dupont (1797-1892), le maître incontesté de la gravure au xixe siècle, s'est surtout attaché à reproduire des œuvres modernes, VAbdicaiion de Gustave Vasa d'après Hersent, VHémicycle de l'École des beaux-arts d'après Delaroche, etc. » O n'a pas moins réussi d'ailleurs dans la reproduction des œuvres du xvi» siècle : dans le Mariage de sainte Catherine d'après Corrège, son burin a su rendre avec une souplesse

t. La bibliothèque Sainte-Geneviève est un dos premiers moaumento oA •ieat été employées des charpentes de fer de grandes dimensions.

incomparable les formes enveloppées du maître de ParmCi Henriquel, qui gravait encore à plus de quatre-vingts ans le Molière de Mignard, avec une fermeté qui ne laissait pa& soupçonner son âge, a survécu à la plupart des ses contemporains et de ses élèves, Forsier, Martinet^ Aristide Louis [Mi gnon, d'après A. Scheffer), Emile Rousseaux {M"^^ de Sévigné, d'après Nanteuil), Jules François (le Galant Militaire, d'après Terburg), Alph. François (le Couronnement de la Vierge, d'après Angelico), Bertinot, Blanchard, Leroux, Caron, Pollet, De tels noms et de telles œuvres assurent sans conteste le premier rang à la gravure française, malgré les Allemand» Felsing, Mandel (la Vierge à la chaise), et même Keller (la Dispute du saint sacrement), malgré les Italiens Toschi (Entrée de Henri IV à Paris, d'après Gérard), Longhi [Bonaparte à Arcole, d'après Gros), Mercury- [Jeanne Grey, d'après P. Delaroche), Calamatta (la Joconde) *. En Angleterre, c'est surtout la gravure à la manière noire qui produit des œuvres remarquables avec Cousins et W. Reynolds^.

Lithographie. — A côté de la gravure, lart nouveau de la lithographie obtient beaucoup de faveur. Si Desmaisons, Lasalle, Grévedon l'appliquent aux sujets familiers ou mondains, si Aubr^'-Lecomte et Sudre {l'Odalisque d'Ingres) prouvent que la lithographie peut convenir aux œuvres du dessin le plus pur, ce procédé réussit surtout à rendre les coloristes. Grâce à lui, MouiUeron a pu traduire la Ronde de nuit, Sirouy, dans la. Justice de Trajan et Apollon vainqueur, d'après Delacroix, a su saisir le caractère de peintures qui se refusaient à une reproduction suffisamment exacte par le burin. D'ailleurs, par la lithographie l'artiste peut exprimer directement sa pensée d'ume manière qui permette de la reproduire à plusieurs exemplaires. Ce n'est pas là un mince mérite. Elle convient aussi admirablement au paysage. Il n'en faut pas davantage pour

1. Il faut faire une place à p«rt à J.-F. Pirane^i (1707-1778) et à son fils François (1748-1810), artistes originaux qui ont montré Tcritablement du génie dan» leurs Monuments antiques de Rome. Leurs ruines à l'aspect grandiose, précis et fantastique à la fois sont incomparables.

2. Il faut y joindre les Suisses Paul Girardet, Edouard Girardet (les Girondins) et l'Allemand Eichens (le Violon de Crémone, d'après Moller). Rohinson et liaimbaik Bont les graveurs au burin les plus recommandables ie l'Angleterre.

GRAVURE. - LITHOGRAPHIE. — ROMANTISxME 735

défendre contre la photographie un art que n'ont pas dédaigné Géricault et Delacroix^ qui se recommande d'artistes originaux dans les genres les plus divers, tels que Charlet, Raffet, Achille Deveria^ Alfred Johannot, V. Adam, le paysagiste Jul. Laurens, C. Nanteiiil, les caricaturistes Grandville, Gavarni, Daumier ^

La peinture. Réaction contre David. Le romantisme.

— La peinture, par les impressions diverses auxquelles tlle obéit, fait mieux comprendre le mouvement général des arts. L'école de David n'avait pas tardé à tomber du côté où elle penchait. Gros lui-même se reprochait presque Eylau ei Jaffa , comme des œuvres secondaires qui lui avaient pris un temps qu'il aurait dû plutôt consacrer aux Grecs et aux Romains. La jeune génération, née ou formée au milieu des troubles et des batailles, nerveuse, impatiente, exaltée, commençait à être excédée de ces Grecs et de ces Romains qu'on imposait partout à ses regards et à son oreille. Quels qu'eussent été d'ailleurs les sujets préférés par l'école académique, on était fatigué de discipline, on avait soif de libre inspiration. A la suite de Chateaubriand, un grand mouvement religieux s'était manifesté dans les lettres et ne pouvait manquer de gagner les arts. On opposait le christianisme au paganisme et on était amené ainsi à opposer le moyen âge à l'antiquité. Le brillant renouvellement des études historiques et, il faut bien le dire aussi, le succès de Walter Scott et plus tard d'Alexandre Dumas, poussaient à la recherche de la couleur locale. Enfin les littératures étrangères, l'anglaise, l'allemande, l'italienne, avec Byron, Gœthe, Schiller, Dante, le Tasse, aussi bien que W. Scott, apportaient aux imaginations françaises des éléments nouveaux^

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