GÉRICAULT. — SALON DE 1819. — LA « MEDUSE
prendre le passé sous ses diverses formes et fit renaître sous nos yeux une antiquité plus vivante. Après la bataille, on s'aperçut qu'il n'y avait plus, à vrai dire, ni classiques ni romantiques et que « l'art seul était resté ».
Géricault. Le Salon de 1819. Le « Radeau de la Méduse ». — Ce qui devait être la conquête finale du romantisme, la liberté de l'inspiration et le sentiment de la vie moderne, avait apparu dès le début du mouvement, au Salon de 1819, avec le Radeau de la Méduse, de Géricault. qui reste l'œuvre la [)lus remarquable de la période. Géricault avait alors vingt-huit ans. Reprenant à sa manière la tradition de Rembrandt, il avait prouvé l'existence du beau dans la vie moderne , a dit avec raison M. Chesneau. La composition à la fois dramatique et pleine d'unité, l'harmonie un peu sourde, mais puissante, du tableau, coupée d'ailleurs par des notes lumineuses et des tons argentins, la profondeur de l'horizon, la couleur sinistre des vagues, l'expression pathétique des phj'sionomies , le moment choisi par l'artiste, qui nous montre dans toute leur horreur les angoisses et les souffrances subies, mais y joint un commencement d'espérance , font de cette scène de naufrage une des œuvres capitales de l'art moderne. Cette peinture étonna; elle n'excita pas l'enthousiasme qu'elle aurait dû faire naître; mais elle ne fut pas aussi méconnue qu'on l'a dit, et obtint une première médaille. Malheureusement Géricault, affaibli bientôt par la maladie, mourut en 182-*, sans avoir renouvelé celte tentative, s'occupant surtout à représenter des chevaux, chose où il excellait.
Delacroix et Ingres. — Son contemporain Sigalon (1788-1837) aurait pu, dans une certaine mesure, prendre sa place, et des œuvres telles que la Vision de saint Jérôme, où il s'inspirait de Michel-Ange, dont il devait copier le Jugement dernier, montrent qu'il en était capable. Mais la misère avait relardé ses débuts, et lorsqu'il parut au Salon