‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 355 sur 424 · EUGENE DELACROIX · texte numérisé non relu

EUGENE DELACROIX

de 1822, il avait en face de lui Eugène Delacroix: , qui présentait au public surpris , mais en grande partie entraîné, sa Barque de Dante. Delacroix (1798-1863), quoique plus jeune, prit alors la place laissée libre. Deux ans plus tard il souleva les discussions les plus vives par son Massacre de Scio (1824). Ses audaces, son exécution parfois incertaine et incorrecte, parfois aussi, il faut le dire, quelque chose d'inquiet, sinon de pénible, non seulement dans la facture, mais dans l'inspiration, devaient donner prise à la critique, lorsqu'elle ne voulait pas se laisser éblouir par le génie qui éclate dans ses chefsd'œuvre. Quelque inégal qu'il se montre, on peut affirmer que Delacroix a été un des peintres les plus expressifs, les plus émouvants, an admirable coloriste, le plus grand de l'école française, et que personne dans ce siècle ne l'a dépassé dans la peinture monumentale. La partie centrale de la galerie d'Apollon, au Louvre, la bibliothèque du Corps législatif, la bibliothèque du Sénat, œuvres auxquelles il faudrait ajouter le salon d'Hercule, brûlé avec l'hôtel de ville en 1871 S le placent à côté des Vénitiens. Eugène Delacroix a pu chercher ses inspirations dans les sentiments les plus variés de l'âme, dans les pays et dans les siècles des plus divers, dans Shakespeare, Byron, le Tasse, Gœthe, Ovide, comme dans les' chroniqueurs du moyen âge ^ ; dans l'antiquité païenne comme dans l'Evangile et dans la Bible : partout il a trouvé l'occasion d'œuvres éminentes. Sil s'est plu souvent

1. La décoration de Ihôtel de ville fut pour l'art du milieu du siècle ce que la décoration de l'Opéra et du Panthéon est pour les générations suivantes. On y retrouvait Ingres, avec l'Apothéose dt Napoléon, à côté de Delacroix.

2. La Prist de Constantinople par les croisés, la Pieta, Héliodore chasse du temple (chapelle des Saints- Anges à Saint-Sulpice), la Barricade, Médee, l'Assassinat de Vevéque de Liège, Boissy-Danglas, l'Amende honorable, la Barque du Christ, Ovide chez les Scythes, Herminie chez les bergers, la Barque de don Juan, le Giaour et le Pacha, la Bataille de Tailleboiirg, Hamlet et le Fossoyeur, Roméo et Juliette, les CcnvuLsionnaires de Tanger, la Mor: de Sardanapale, les Foscari. On peut remarquer qu'il n'a presque jamais traité de sujets modernes.

'^ représenter des scènes du moyen âge, il n'a jamais f oulu être un romantique classé, et s'est tenu en dehors de la coterie qui le proclamait pour son chef. Ce n'est pas un de ses moindres titres que d'avoir rendu la vie à l'anticiuité, par exemple dans la Justice de Trajan, au

Fig. 273. — E. Delacroix. — La prise de Constantinople par les croisé*.

musée de Rouen, et dans la décoration de la bibliothèque du Corps législatif, lorsqu'il développe l'histoire de la civilisation antique, depuis Orphée venant policer les Grecs encore barbares et leur enseigner les arts de la paix, jusqu'à Attila foulant aux pieds l'Italie et les arts. Eugène Delacroix n'a pas réussi dans le portrait*. ^ C'est là qu'excelle au contraire celui qu'on lui op-

1. Nous ne connaissons de véritable exception que le portrait de George Band jeune, qui a paru à l'Exposition des portraits des écrivains du siècle (1893). Mais ce n'est qu'une esquisse de petite dimension.

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