‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 357 sur 424 · PAYSAGE. — PAUL HUET. COROT. TH. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

PAYSAGE. — PAUL HUET. COROT. TH. ROUSSEAU

mourut a trente* six ans étant déjà un maître. Delacroix fait avec les sujets orientaux de la grande peinture, même lorsque le sujet n'a rien d'historique [Femmes d'Alger^ Noce ■au Maroc, les Convulsionnaires de Tanger).

Courdouan et Tournemine (1814-73), d'un coloris brillant -et clair, nous conduisent en Asie Mineure et en Egypte comme en Algérie. Jules Laurens (1825-1901) va jusqu'en Perse. Dehodencq (1822-92) a quelque chose de la puissance de Delacroix, mais sans son harmonie, dans ses ■scènes empruntées, comme celles de son modèle, au sauvage Maroc. A peine est-il besoin de dire que l'Orient des artistes et des littérateurs n'a qu'un rapport éloigné avec l'orient des géographes, et que, pour eux, quelle que soit sa situation par rapport à nous, l'Orient est tout pays où l'on peut trouver des cavaliers enturbannés, des harems, 4es mosquées et du soleil.

Le paysage. Paul Huet. Corot. Théodore Rousseau. — Au

début de la Restauration le paysage historique avec Victor Bertin et ses élèves possède toute la faveur du gouvernement comme du public. Cependant il commence à être moins formulaire à se « naturaliser » et à s'animer avec Ch. Réniond (1795-1875) qui a décoré le château de Foucaucourt près Péronne, Pernot (1794-1865), Turpin de Crissé (^1782-1859). D'autre part on voit se constituer avec Watelet (1780-1866' un paysage plus varié, plus amusant, plus rustique, avec chalets, cascades, moulins, ponts sur torrents, pins frappés de la foudre, etc., paysage aussi vrai, si l'on veut, que les paysans de Greuze, mais qui ne l'est pas davantage et est au paysage historique ce que Greuze est à Boucher. Enfin des isolés essayaient contre le goût dominant des protestations encore peu remarquées. Bruandet (f 1803), déjà sous Louis XYI, vivait « en sanglier » dans la forêt de Fontainebleau et, prenant pour guide Pvuysdael, revenait simplement à la nature, s'efforçant de la rendre telle qu'il la voyait. Plus tard George Michel (1767- 1847), négligeant plus encore les « fabriques », faisait surtout •consister le paysage dans l'étude des terrains et du ciel : il

prenait ses modèles à Montmartre, qui était alors en pleine campagne, campagne peu engageante, il faut le reconnaître*. G. Michel, malgré sa lourdeur, malgré l'insignifiance des sujets, est un précurseur. En somme les tentatives de Bruandet et de Michel lui-même avaient consisté en intentions plus qu'en actes décisifs. Aussi la rénovation risquait-elle d'échouer complètement ou de ne pas aboutir de longtemps encore, lorsque parurent trois artistes créateurs, Paul Huet, Corot, Th. Rousseau. L'école de paysage qui se forma alors et qui a conservé tant d'éclat est une des gloires les plus indiscutablesdu XIX® siècle. Les beaux jours de la Hollande étaient revenus.

Paul Huet (1809-1863) fut le véritable initiateur. Les dates prouvent qu'il n'attendit pas l'exemple de Consta-> ble pour réagir contre l'école académique (expos, particulière en 1822). P. Huet est le romantique dui paysage; mais un romantique consciencieux et pondéré^ ennemi de tout charlatanisme 2. La nature est son inspiratrice exclusive; mais il l'aime assez pour ne pas hésiter à choisir ses sites et à les composer afin de la rendre plus belle et de lui donner une vérité plus générale. Il la pénètre de son sentiment intime, soit qu'il nous représente V Inondation de Saint-Cloud à l'aspect tragique avec ses eaux bourbeuses et son ciel orageux, soit qu'il nous invile à nous réfugier dans la verte tranquillité de ses Sous-bois. C'est aussi par cette sincérité de sentiment que Corot (1796-1865) rend la vie au paysage historique, répand partout une poésie naïve et délicate, une lumière douce qui, enveloppant les êtres et les choses, va se perdre dans l'infini de l'horizon. C'est ainsi que, suivant son expression, il peut introduire,^ tout naturellement, a de petites

1. H. Fragonard annonce aussi l'école nouvelle dans quelques paysages où il montre une simplicité et une sincérité qui ne lui sont pas habituelles. Reniarquon»^ les vues des environs de Paris de Louis Moreau (•}• 1804), frère du dessinateur.

2. On peut aussi retrouver, par exemple dans la silhouette de ses arbres, de» souvenirs de Watleau, et c'tst en partie par là qu'il ressemble aux Anglais qui> eux aussi, se souTenaient de Watteau, qua nous avions oublié.

Fig. -276. — Corot. — Eûvirons de Paris.

nymphes dans les bois de Ville-d'Avray » *. Théodore Rousseau (J 812-1868), s'il n'atteint pas la poésie de ses deux rivaux, a plus de solidité et d autorité : c'est le maître. Tout en laissant fuir le regard sur des terrains variés, vers des lointains lumineux, il donne aux arbres une vie et une personnalité bien méritées par le plus important des éléments vivants du paysage. Il plaça son quartier général aux environs de Paris, autour de Fontainebleau. Grâce à lui Barbizon, puis Marlotte devinrent de véritables colonies de paysagistes.

Jules Dupré (1811-1889) est celui qui approche le plus de Rousseau ; sans l'imiter précisément, il marche d'un pas égal. Diaz (1808-76), qui a peint des scènes de genre agréables et superficielles [Bohémiens, la Fée aux joujoux), restera par des paysages éminents d'une grande puissance d'efTet; mais il n'a pas la maîtrise, la conscience et la clarté de Rousseau. Achard (1807-1884) mériterait d'être plus apprécié et l'aurait été, si ce provincial n'avait pas volontairement vécu à l'écart. Après avoir reproduit les sites de sa province natale, le Dauphiné, il décou- Trit les Vaux-de-Cernay, dans la vallée de Chevreuse. Avec eux, Camille Fiers (1802-1806), un des premiers qui ait pris part au mouvement nouveau, le méticuleux Delaherge (1808-1842 ; Arrivée de la diligence dans un bourg de Normandie), le noble et consciencieux Cabat (1812-93), Charles Leroux (1814-95), un des meilleurs élèves de Houssean^, Eugène Lavieille (1820- 88), qui aime les effets de nuit, Loubon (1809-63), imitateur de Decamps, Jules André (1804-69), Thiénon, Thuillier (1799- 1858), Dagnan (1794-1873), Cibot, Lambinet (1816-77), Jules Coignet (180J-1879), Siméon Fort (1793-1861), surtout aquarelliste et aussi un peintre militaire, Desjobert, Eugène Ciceri (1813-90), Gaspard Lacroix, Giroux, Lapito, Wyld (1806-89), anglais d'origine [le mont St-Michel), surtout Français et Harpignies, dont les œuvres les plus importantes appartiennent plutôt à la période suivante, montrèrent ce que la diversité du

1. Nous n'avons pas ici la place de disting;uer les diverses manières de Corot.

2. Charles Leroux fat longtemps député de la Loire-Inférieure.

senliment individuel pouvait apporter de variété délicate ou puissante, poétique ou spirituelle à la représentation de é^itc'^ analogues. Corot avait fait voir comment le paysage mytiioK)gique même pouvait être renouvelé. Le paysage classique, qui s'inspire volontiers de l'Italie, peut continuer la lutte, en se rajeunissant par l'acceptation de l'influence nouvelle, avec Edouard Berlin (1797-1871), Paul Flandrln (1811-1902), A. Desgofjes (1805-82; toiles remarquables au musée de Moutauban), Caruelle d'Aligny (1798-1870; Prométhée, Villa Italienne, Louvre), Lanoue (1812-72,, Anasiasi (1819-89), M""'^ Sarrazin de Belmont, Lecointe [le Figuier maudit), Achille Benouville {le Colisée, vues des Pyrénées), etc., sans parler de peintres d'architecture comme Ouvrié (1806-80), Joyant (1803-54; Vues de Venise), Ricois, Dauzats (1804-68), Sehron.

Animaliers. — Nous avons alors des animaliers émiuents qui sont le plus souvent d'admirables paysagistes. On ne sait ce qu'il faut estimer le plus, dans Troyon (1813-65), des terrains et du ciel ou des animaux qui les animent [Bœuf se rendant au labour, toile considérable de 2 m. 60 sur 4, et le Retour à la ferme^ de dimensions presque égales, Louvre). Il l'a emporté sur son prédécesseur Brascassat (1804-1867) qui est trop soigné, pas assez rustique, mais connaît au moins aussi bien que lui la structure de ses modèles [Combat de taureaux, Nantes). Rosa Bonheur (1822- 1899), presque dès ses débuts, devenait pour eux une rivale par son Labourage Nivernais (Salon de 1849). Citons encore le peintre des bergeries et des basses-cours, Ch. Jacque (1813-94) ; les peintres de sport et de chasse, Alfred de Breux, Jadin (1805-82), Mélin (1815-86), de Lansac, Paul Gélibert. Ph. Rousseau (1807-87) traite la peinture d'animaux dans le genre décoratif [les Cigognes faisant la sieste) ou spirituel [le Rat retiré du monde) et est supérieur dans la nature morte.

La peinture de fleurs, depuis la mort de Van Spaendunck (1756-1839), a pour principal représentant Saint-Jean (1808-60), <jui, élève de l'école de Lyon, sait concilier le sentiment décoratif avec la vie individuelle de la plante et veut aussi donner à ses tableaux l'intérêt du sujet [la Vierge aux roses, Louvre; l'Offrande à la Vierge, Lyon). Le caractère décoratif domine davantage dans Chabal-Dussurgey et Reignier,

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