PAUL DELAROGHE. — PEINTRES DE GENRE
temps, et de ses tableaux de genre historique, où il se plaît surtout à représenter des scènes émouvantes ou tragiques [la Mort de Jeanne Gray, la Martyre chrétienne, V Assassinat du. duc de Guise à Ciiantilly, les Girondins). Il fut, comme on l"a dit, le Casimir Delavigne de la peinture. Le rival de P. Delaroche dans le genre historique est Rob. Fleury (1797-1830; le Colloque de Poissy, Un Autodafé)^ Déjà, sous le règne de L. -Philippe, Meissonier (1815-90) avait exposé le Liseur, les Joueurs d'échecs, œuvres d'une science impeccable, où le pinceau, d'une sûreté et d'une précision exceptionnelles, sait garder de la liberté dans l'exécution de figures de toute petite dimension reproduites cependant dans le détail. Il se surpassait à l'exposition universelle de 1855 par la scène dramatique de la Rixe. Il devait grandir encore et nous le retrouverons.
La peinture de genre qui convient à une société où la bourgeoisie domine n'a pas cessé d'être en faveur depuis l'empire. Charles Comte (1816-96), le peintre des Valois et des Guises, les coloristes spirituels Eugène Lami 1 1800-91) et Isahey déjà cités, Henri Baron (1817-85), plein de verve dans ses scènes vénitiennes, le romantique Claudius Jacquand (1805-78), Poterlet (1802-35), Lechevalier - Chevignard , Gide (1822-90), ^-ustin Besson (1821-82), Pignerolle, Plassan (1817-1903),. Vetter, Ftf^ier (1800-69), .£<£. de Beaumont [\%\b-%%), Beaume cultivent le genre historique. Dans la représentation de la vie de leurs contemporains (populaire ou mondaine) se distinguent Destouches, dont la facture aimable rappelle Greuze {V Amour médecin) avec plus de simplicité; Vigneron (1789-40?), trop oublié, dont \q Duel, le Soldat laboureur, l' Exécution militaire furent populaires ; Tassaert (1800-74), vraiment pathétique dans \3i Famille malheureuse; le spirituel et sentimental Compte-Calix [le Retour des Hirondelles, le Chant du Rossignol); Adolphe Roehn (1780-1867) et son fils Alphonse mort avant lui (1799- 1864); Armand Leleux (1818-85); Grenier de Saint-Martin; le consciencieux et correct Fortin (1815-65); Edouard Frère, leplus connu du groupe qu on a appelé l'école d'Ecoueu; Garvet^
pauvre employé de ministère qui se montre un vrai peintre aussi bien dans les paysages que dans les personnages d'une grande réalité de sa Foire de Saint-Germain \ Duval-Lecamus (1790-1854); Chavet; Fauvelet; l'acteur Ge/f/'oj quia représenté, groupés au foyer du théâtre, ses camarades de la Comédie- Française, etc. Antigna a peint en grandeur naturelle et de façon impressionnante Ylncendie d'une maison de village. Citons encore ici IFinterhaller pour sa réunion florentine intitulée le Décaméron, qu'il a imitée plus tard dans son tableau de l'Impératrice Eugénie entourée de ses dames d'honneur. Adolphe Leleux (1812-91), Trayer consacrent surtout leur pinceau à la Bretagne. Bonvin (1817-87), dans ses calmes et robustes peintures représentant surtout des intérieurs de couvent, dépasse Granet et approche des Hollandais. Eugène Giraud (1806-81), qui déploie toute sa verve dans les scènes espagnoles, fut plus populaire par ses sujets confinant à la caricature [Permission de dix heures). Il en est de même de Biard (1798-1882; Convives en retard) qui, d'autre part, a été le peintre attitré de l'histoire anecdotique de la marine française [Duquesne à Alger, Du Couédic recevant les adieux de son équipage). Grand voyageur, il a pu nous représenter des «ujets pris au Spilzberg, comme au Brésil.
Caricaturistes, illustrateurs. — La caricature a, à cette date, une valeur artistique exceptionnelle. Daumier [idtOS- 79), ps3xhologue amer mais pénétrant, dessinateur savant «t large, souverainement expressif, a fait aussi des peintures que les musées recherchent aujourd'hui (Don Quichotte, les Voleurs et Vâne, figure allégorique de la République). Gavarni (1802-66), mondain, élégant, subtil, est encore plus un naoraliste qu'un dessinateur, et ses œuvres seront un document précieux pour les historiens et les philosophes. Grandville (1803-47) a moins de facilité et de verve, mais on n'a pas oublié ses Animaux peints par eux-mêmes auxquels il donna une suite d'un caractère tout •différent et d'une poésie un peu fade, les Fleurs animées^,
1. Plus mSm* que la littérature, la caricature crée dea types et les rend popu"
DESSINATEURS. — EXPOS. UNIV. DE 1855 7bl
Grandville s'est fait aussi un nom comme illustrateur des fables de La Fontaine et des chansons de Béranger. L'illustration, favorisée par le romantisme, est alors très florissante avec Tony Johannot (1803-52; Don Quichotte, iMolière), Gigoux (Gil Blas), Alfred Johannot (1800-37), Achille Dévéria (1800-57), Cel. Nanteuil (1813-73), Lécw rieux^ Staal, Ed. Frère, Ra/fet, Desenne, Alarc/d, etc. Le libraire Curmer groupe autour de T. Johannot, pour sa magnifique édition de Paul et Virginie, Meissonier, Français, P. Huet, Steinheil, Brascassat, E. Isabey, Marville. Exposition universelle de 1855. — On voit donc quelle activité en tout genre manifestait l'art français au temps où Ingres et Delacroix en occupaient les sommets. Ingres et Delacroix ont été les derniers chefs d'école. Ils apparurent comme tels, non seulement à la France, mais à l'Europe entière, lors de l'exposition internationale ouverte à Paris en 1855. L'exposition universelle de 1855 est la première où les beaux-arts aient été appelés. C'est donc un événement considérable dans l'histoire artistique.