‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 361 sur 424 · LA TRADITION. — CABANEL. BAUDRY · texte numérisé non relu

LA TRADITION. — CABANEL. BAUDRY

poussée parfois jusqu'à la froideur n a guère de rapport avec les fulgurances et les taches de l'école et Ton ne peut faire honneur à l'impressionnisme de ces portraits d'une noble simplicité et d'une ferme franchise tels que la Famille Duhourg^ YHommage à Delacroix (de la collection Moreau-Nélaton), le Peintre anglais Eda>ards et sa femme. Besnard^ un de nos maîtres les plus puissants et les plus originaux, conserve dans les œuvres les meilleures de sa seconde manière, au milieu de ses fantaisies de lignes et de couleurs, le souvenir de l'enseignement reçu à l'Ecole des beaux-arts aussi bien dans ses brillantes visions de l'Inde, que dans ses belles décorations de l'école de Pharmacie de Paris et de l'hôpital de Berck, où un réalisme personnel s'unit à l'émotion et aux sentimeiits les plus élevés. Ce n'est pas à l'impressionnisme que Henri Martin doit le souci de la composition, la recherche subtile de 1 idée €t du symbole, le sentiment élevé et poétique qui, dans certaines de ses œuvres, le rapprochent de Puvis de Chavannes [les Muses dans le bois sacré, Vers Vabime). Il a voulu introduire dans la peinture monumentale les principes de la décomposition des couleurs et de la lumière. Il y a réussi dans sa belle œuvre décorative des Faucheurs; mais l'échec relatif de sa grande Vue de Toulouse montre tout le danger qu'il y a à s'absorber dans le système et à confondre l'accessoire avec le principal 1. Eugène Carrière (1849-1906) est une âme d'artiste; il possède certaines qualités d'exécution rares; il connaît admirablement la forme humaine et certains morceaux de lui, par la largeur, la sûreté et la souplesse de l'exécution, font penser aux Italiens du commencement du xvi^ siècle. Il a rendu avec un sentiment profond la vie de famille [le Premier voile, la Famille, l'Addition). Mais qu'a-t-il gagné, surtout dans la seconde partie de sa vie, à cacher ses personnages dans les brumes d'un cauchemar et à nous présenter des fantômes incomplets : xgri somnia -. Or, c'est le plus clair de ce

1. On peut rapprocher de Besnard, Lucien Simon. Soq pinceau qui marque le caractère jusqu'à l'excès, groupe ses personnag-es en un mouvement entraînant dans sa Procession bretonne (Luxembourg) et, lout. en conservant son énergie, montre plue de souplesse dans ses remarquables scènes intimes (^Causerie du soir, V Atelier).

2. Les physiologistes qui ont spécialement étudié le rêve con'^tatent celte apparence, toujours incomplète en quelque partie, des objets qui se montrent à nous pendant le sommeil.

qu'il doit à l'impressionnisme en dehors duquel son talent

s'était constitué, particulièremeut par l'étude des pastels de

Lalour.

En présence d'œuvres de ce genre, on pense à ce qu'un grand seigneur italien disait à Taine : « Caro Signor, il me semble que les choses d'art sont choses simples, qu'on fait avec plaisir et pour faire plaisir. Je verrai vos peintres; mais, d'après ce que vous m'en dites, je crois qu'ils se donnent de la peine pour nous donner du travail. »

La tradition : Cabanel, Bouguereau, Baudry, Lenepveu, etc. — Cependant la tradition académique, qui n'avait plus l'étroitesse qu'on lui reprochait au temps de David ou d'Ingres, se maintenait avec honneur. Elle se montre dans les œuvres d'Alexandre Cabanel (1823-1889), soit qu'il reproduise avec élégance la société du second empire (M"^^ de Ganar, M^^ de Vallomhrosa, Napoléon III) *, soit qu'il rajeunisse les données de la mythologie dans des œuvres gracieuses sans mièvrerie, dont les divinités aux formes pures apparaissent en pleine lumière, comme la Naissance de Vénus et le plafond du pavillon de Flore aux Tuileries, — soit que, élevant son. style, il représente le Paradis Perdu (au Maximilianeura, à Munich) ou glorifie au Panthéon la Vie de saintLouis. Il eut pour rival William Bouguereau (1825-1905), peintre savant et agréable, dont la science impeccable n'a rien de pédant et qui a contribué plus que personne à maintenir dans notre école, même pour les sujets de pur agrément, le souci d'un dessin sévère qui ne se contente pas de l'à-peu-près. Il s'est montré un admirable peintre d'enfants. Principales œuvres : Chapelle de la Vierge à Saint- Vincent-de-Paul à Paris, Plafond du grand théâtre de Bordeaux, la Vierge consolatrice, le Guêpier, le Jour des morts. Peintures à l'hôtel Bartholony, Portrait de M^^ Bartholony, le Retour du Laboureur, scène antique.

Le peintre qui prend alors le premier rang c'est Paul Baudry (né à La Roche-sur-Yon, 1828, mort en 1886). Sa décoration du foyer de l'Opéra est l'œuvre capitale de la peinture française dans la seconde moitié du xix" siècle. L'inauguration de ces

1. Le chef-d'œuvre de ce portraitiste mondain représenle pourtant une religieuse, fondatrice du plus humble des ordres : la mitre Marie Jugand, à laquelle on doit U création des Petites Sœurs des pauvres.

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