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PEINTURES DE L'OPÉRA ET DU PANTHÉON, ETC

peintures quelques années après nos défaites fut un événement n:itional. On se disait en les voyant que, malgré tout, la France Conservait du moins sa supériorité artistique. L'élégance liera du dessin, la délicatesse et l'harmonie de la couleur, l'étendue de l'imagination, la variété et la signification à la fois pittoresque et morale des compositions rappelaient les grands maîtres de la Renaissance, aussi bien les Florentins que les Vénitiens, sans parler du sculpteur français Jean Goujon. Mais, quels que soient les souvenirs qu'il éveille, Baudry a imprimé à tout ce qu'il a fait son cachet personnel et le cachet de son temps. Il a poursuivi, il a atteint un type de la beauté idéale, mais c'est bien le type de la beauté du xix^ siècle. Ces caractères se montrent, non moins qu'à l'Opéra, dans ses deux dernières peintures murales où sou talent s'est surpassé : l'allégorie de la Loi à la Cour de cassation, \ Enlèvement de Psyché à Chantilly *.

L'Opéra est pour la peinture française, dans les années qui suivirent les désastres de 1871, ce que l'hôtel de ville, brûlé cette année même par la Commune, avait été pour les peintres de la génération précédente, ce que le Panthéon et la Sorbonne sont pour nos peintres actuels. A l'Opéra, à côté de Baudry se distinguèrent, au foyer même, dans les annexes des deux extrémités, Félix Barrias (1822-1907), le frère du sculpteur, et Delaunay (1828-91), un de nos dessinateurs les plus savants et les plus personnels, portraitiste inégal mais qui a laissé en ce genre des œuvres tout à fait supérieures (/e Général Mellinet, M^-^ Georges Bizet, iJ/™^ Galli-Marié, etc.). Le plafond de l'escalier est de Pils, plus connu comme peintre militaire. Le plafond de la salle par Lenepveu est de toutes les peintures du monument celle qui a le moins à craindre du voisinage de Baudry. Lenepveu (1819-98) avait déjà fait ses preuves à l'hôpita) et au théâtre d'Angers, à l'église Saint-Sulpice de Paris (chapelle Sainte- Anne); il devait bientôt après peindre au Panthéon la Vie de Jeanne d'Arc, travail qui avait été commandé à Baudry et que la mort l'avait empêché d'exécuter.

1. Autres œuvres : la Fortune et le Jeune Enfant, le Supplice d'une Vestale, la Toilette de Vénus, Charlotte Corday, poriraits de Guizot, d'Eug. Giraud, d'Edmont Afrouty peintures de l'hôtel Galiiera et de Yhntel Paiva.

2. Autres œuvres : la Peste a Piome, la Communion des Apôtres, la Mort de Lucrietr.

Au Panthéon, avec Cabanel, Delaunay, Lenepveu dont nous avons parlé, avec Puvis de Chavannes, Bonnat, Jean-Paul Laurens, Hébert dont nous parlons plus loin, nous trouvons le brillant coloriste Henri Lévy (1840-1904; Faits de la vie de Charlemagne), le savant dessinateur Joseph Blanc (1846-1904; Bataille de Tolbiac) qui n'a peut-être pas tenu tout ce que promettait une de ses œuvres de début, Persée vainqueur de Méduse. Maillot (1826-88) y a peint la Chasse de sainte Geneviève). Il se montre plus aisé et meilleur coloriste dans le sujet analogue qu'il a traité à Notre-Dame.

Que de noms il faudrait encore citer parmi les artistes qui, Taries d'inspiration et de facture, suivent leur sentiment personnel sans chercher cependant à rompre d'une manière agressive avec le passé! Maignan^ esprit cultivé, connaissant les poètes et les historiens, coloriste séduisant et dessinateur correct, atlache un grand prix au choix du motif et à la composition, qualités bien françaises et trop négligées aujourd'hui : la Voix du Tocsin, le Doge Zéno., peintures au foyer de l'Opéra- Comique, le Christ consolateur, le Rêve de Carpeaux. Cormon se plaît à peindre l'humanité primitive [Gain, peintures au Muséum d'histoire naturelle., la Mort de Ravana), sans dédaigner le temps présent [la Forge., Portraits). Rochegrosse, coloriste remarquable, toujours en quête de sujets nouveaux pensés €t étudiés avec un soin égal, possède la magnificence [Chute de Ninive) et le sentiment dramatique [Mort de Geta, Mort dAstyanax) qu'il sait joinc^re aux significations symboliques {la Course au Bonheur^ la Joie rouge). Tony-Robert Fleury peint V Insurrection polonaise de 1863, les Derniers jours de Corinthe aussi bien que les Vieilles de la place Navone à V église S' Maria-della-Pace. Raphaël Collin nous présente des formes presque diaphanes, mais sans les trahir ou les rendre incertaines, dans des œuvres d'une poésie exquise : Floréal (au Luxembourg), Vlnspiration (à rOpéra-Comique). //«mon (1821- 74), poétique et ingénieux, s est placé à la tête d'un groupe qu'on pourrait appeler les néo-grecs, ou plutôt les néo-pompéiens ; mais il conserve dans ces réminiscences antiques une remarquable originalité [Ma sœur ny est pas, l'Aurore buvant la rosée^. Après lui se rattachent à la même inspiration : Picou (1824-95), Hector Leroux (1829-1900), Jean Aubert (1824-1906),

PORTRAIT. — LA.URENS. BONNAT. G. DURAN 77t

Ranvier {1832-96;, Courselles-Demont, fin dessinateur, coloriste chairm3int{Enlèvenient d'Europe). Motte, Lecomte-Dunouy , appelédepuis à exécuter dans un tout autre genre de grandes peintures historiques, dans les états danubiens, Gérôme (voir p. 787), ont an plus grand souci de l'exactitude du détail archéologique.

Jean-Paul Laurens; Bonnat. Carolus Durand, Roybet. — La puissance de Tetret, la solidité de l'exécution sont au contraire le caractère dominant de deux artistes sur lesquels il convient d'insister davantage : Jean-Paul Laurens et Bonnat. Ces deuK peintres, qui ont, à un degré rare, le sentiment delà vie et la fermeté du rendu, montrent ce que l'École a dû au mouvement réaliste . Avant ce mouvement , leur facture n'aurait pas eu sans doute un caractère aussi accentué et, eu tout cas, n aurait pas été aussi bien accueillie du public.

Il y a peu d œuvre plus intéressante que celle de Jean-Paul Laurens, car il traite avec le même talent de résurrection et un sentiment dramatique qui passionne jusqu'aux objets inanimés (l Interdit), des sujets empruntés aux époques les plus diverses de 1 histoire (Dessins pour l'Imitation de J.-C. et pour les Récits Mérovingiens, la Piscine de Bethsaïda, l Excommanication de Robert le Pieux, le Pape Formose et Etienne VI, la Mort du duc d'Enghien, l Etat-major autrichien devant le corps de Marceau, la Mort de Maximilien, empereur du Mexique). Son pinceau, solide, consciencieux et large, arrivera, sans sacrifier le rendu d'aucune des diverses parties, à conserver un bel effet d ensemble dans des peintures couvrant de grandes surfaces : à 1 hôtel de ville {Rentrée de Louis XVI

1. Rappelons eucore quelques noms que nous n'auroas plus l'occasioa de signaler, sans prélendre d'ailleurs indiquer tous ceux qui mériteraient l'attenlion : Ehrmann, Ulmann (1821-84; Sylla chez Marias). Moreau de Tours, Becker {Sepho-a défendant le corps de ses fils), Mazeroîle, Appert. Bin (1825-97), Ém. hévj (1826-90: Mort d'Orphée, Portraits), Glaize le fils, Lucien Mélingue (1841-89), Gaston Mélingue, Urbain Bourgeois (^Hémicycle de l'Ecole de Médecine), James Bertrand (1825-87; Le Corpt de Virante rapporté par la vague). Sylvestre, Lehoux, G. Dubufe, Dupain, Fournier, Debat-Ponsan, Scherrer, Briguiboul, Zier, MaiJiaud, qui fit de grands travaux pour les monuments de Marseille, M"* Dufau (L'Automne); Victor Giraud, mort trop jeune (1540-72 ; le Marchand d'esclaves grec et un sujet d"un tout autre caractère, La Vengeance du mari, scène de la fin du xviii* s.); Blanchard (1844-79; Hylas et les nymphes) ; Chicotot qui a pris ses grades en médecine {Corneille et sa fille], Guay, Toudouze (•{- 1907; peintures à l'Opéra-Gomique), le se, Mercié, Léon Perr;iiilt, Frank-Lamy, Wencker, Paul Buffet. Gervais, Tluvier. Lappara, Gorguet, Breauté, Hoftbauer, Albert et Pierre Laurens, fils de J.-l'. Laurens.

à Paris, etc.), au Panthéon [Mort de sainte Geneviève), au plafond du théâtre de l'Odéon. Car, malgré le talent déployé dans l'exécution du. morceau, c'est toujours l'idée du sujet qui domine.

Quant à Bonnat, il est aujourd'hui, par ses œuvres comme par son enseignement, le chef de notre école. En tant que professeur, il a contribué plus que personne à répandre l'influence française à l'étranger, et il a certainement sa part dans les progrès récents de la peinture en Espagne ^ D'ailleurs il est né à Bayonne près de l'Espagne, il a passé une partie de sa jeunesse tra los montés et, de tous les artistes qui ont contribué à forraer son talent, c'est sans doute à Vélasquez qu'il doit le plus. Tout ce qu'il peint paraît essentiellement fait pour durer, qu'il s'agisse de grands sujets [la Mort de saint Denis, au Panthéon; V Assomption, à l'église Saint-André de Bayonne; le Génie des arts, à l'hôtel de ville de Paris) ; de figures isolées (la jeune et belle Italienne du Scherzzo ou le Job couvert d'ulcères du Luxembourg, une merveille d'exécution), de paysages (Vue de Saint-Jean-de-Luz) ou de ces portraits auxquels il doit surtout ca réputation à l'étranger : Thiers, Grévy, Carnot, Faure, Victor Hugo, Bertrand, Benan, le duc d'Aumale, le Cardinal de Lavigerie, Léon Cogniet, Puvis de Chavannes, Alexandre Dumas, de Lesseps, etc. Les célébrités de tout genre se sont disputé son pinceau, dont la ferme maîtrise se conserve tout entière même dans les oeuvres où la grâce mondaine doit dominer, telles que le portrait en pied de M'"^ A. Cahen, d'Anvers, dont la robe de satin blanc pourrait rivaliser avec Terburg.

Carolus Duran, quoique originaire de l'autre extrémité de la France et né dans le département du Nord, nous montre, comme Bonnat, un talent qui a quelque chose d'espagnol : la Flandre, on le sait, a longtemps appartenu à l'Espagne. Il n'a pas la précision supérieure de l'œil de Bonnat, qui semble conquérir, pénétrer et mesurer la forme comme avec une sorte de compas intellectuel; il est plus inégal : certaines de ses œuvres sont ou fort dures ou plâtreuses. Mais nul, dans ses meilleures

1. Pour son enseignement à des Français, il faut remarquer l'impulsion que, par ses encouragements et son exemple, il a donnée à l'art dans la région pyréoéenne qui, jusqu'à présent, s'était peu distinguée à cet égard; il suffit da rappeler : Bordes, Etcheverry, Caro-Delvaille, H. Zo, Dupuy, Pascau, Berges, Saubès, H. Dabbadie, Garrido, P. Dupuy, etc.

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