PORTRAITS. — LEFEBYRE. HENNER. CHAPLIN
peintures, n'a su mieux rendre, sans rien perdre de sa force, tout le brillant ou toute la grâce parisienne : dans la toile que le public, nomma dès son apparition, de la Dame au gant, dans les portraits de iM"^^ Feydeau, de M"^^ VandaL, de M^"" G. F. et de ses enfants, dans le portrait équestre de l'actrice Croizette, et nous ne parlons pas d'œuvres d'un autre genre, l'étude de Lélia, d'une unité d'exécution rare et qui semble peinte sans quitter le pinceau, de l'Assassiné de la campagne romaine son début, du plafond du Louvre, Zrt Gloire de Marie de Médicis, oeuvres qui auraient suffi à lui assurer sa réputation.
Royhet n'a pas non plus la maîtrise de Bonnat; mais il a plus d'aisance et rappelle la vie éclatante de Jordaeus dans ses portraits : il/'^® Romani, M, Prêtet, et plus encore dans la Alain chaude, les Propos galants, le Philosophe (Lyon), qui est d'ailleurs une réunion de portraits où l'on reconnaît entre autres J.-P. Laurens et Jules Lefebvre. Il a montré les mêmes qualités dans une scène terrible : le Sac de Nesle par Charles le Téméraire. Les sujets sinistres, les sujets elfroyables, qui ne peuvent être qu'une exception dans l'œuvre d'un aussi bon vivant que Roybet, semblent être particulièrement recherchés par Tattegrain, quiy trouve d'ailleurs un succès justifié : les Bouches inutiles, le Siège de Saint-Quentin, la Bataille des Dunes.
Histoire et portraits. Jules Lefebvre, Henner, Chartran, Chaplin, Paul Dubois, Morot, Ferrier, etc. — Les critiques les plus chagrins, ceux qui se plaisent le plus à signaler les lacunes de la peinture actuelle peuvent difficilement se défendre d'estimer notre école de portraitistes où la conscience du talent se retrouve dans les manifestations les plus diverses. Quoi de plus différent de Bonnat et de Carolus Duran que Jules Lefebvre, par exemple, avec son exécution claire, unie et sans empâtement, son peu de souci du relief? El, cependant, il est aussi un maître. Il sait unir à la précision décidée de la ligne et à une recherche du détail dans les contours, qui rappellent les primitifs, une; élégance, spirituelle sans méchanceté et subtile sans fausseté, qui en fait le vrai peintre de la jeune fille française de la fin du xix^ siècle *.
1. OEuvres : Yionne, portraits de M"" Raspail, de Léonce Beynaud, la Colère dé Diane, la Mariée antique, la FesZaZe (Amiens), Lady Godiva (Amieni); U Madeleine, la Vérité, étude de Jeune fille (Salon d" isr.5^.
Bien différent aussi de M. Jules Lefebvre, Henner (1829- 1905) aime les contours enveloppés, les modelés souples et moelleux. Certain de ses portraits, tel que sa jeune fille en loir sur fond vert du Luxembourg, est destiné à occuper au Louvre une place d'honneur. Celte facture adoucie et grasse, cette couleur vague aux demi-teintes d'un gris bleuâtre et à 1 aspect mélancolique, cette atmosphère qui noie les personnages conviennent mieux aux naïades et aux nymphes ou à ses scènes touchantes : le Bon Samaritain, le Lévite d'Ephra'im. Henner est le Corot de la figure humaine. La Jeune Femme au divan noir, qui appartient aujourd'hui à lAllemagne (musée de Mulhouse), est un des morceaux les plus justement célèbres de la peinture de notre temps.
Dans leurs portraits, comme dans leurs tableaux, Fougerat, Déchenaud rendent avec une pénétration faite de franchise et de sympathie les types de la petite et moyenne bourgeoisie. Priant a fait en ce genre deux œuvres considérables {Le jour des Morts, au Luxembourg; Douleur, au Musée de Nancy). Les mêmes milieux ont également bien inspiré Caro- Delvaille, Pierre Laurens (portrait de mes parents), Doucet (portrait de mes parents;, quoique Doucet surtout ait pris le plus souvent ses modèles dans une société plus luxueuse. llumbert ajoute à sa réputation de peintre d'histoire (Vierge au Luxembourg, peintures murales au Panthéon) en se montrant, comme portraitiste, une sorte de Gainsborough français. Chartran, moins original que Jules Lefebvre, est aussi précis et plus brillant : M^^ et 3/"^ Roosevelt, le Pape Léon XllL. Benjamin Cons^anf (1845-1902), après nous avoir illuminé du soleil de 1 Orient dans ses scènes de la vie musulmane, obtenait la médaille d'honneur par le portait de son fils, d'un coloris sobre et d une ferme simplicité de dessin, puis revenait à ses brillantes colorations et répandait comme une poussière d'or sur son plafond de l'hôtel de ville et sur son portrait de la reine Victoria, d'une magnificence vraiment royale. Le graveur Gaillard (1834-87) n'a fait que deux ou trois portraits, mais ce sont des œuvres achevées : des Denner pour le fini de l'exécution mais avec plus de liberté et un autre sentiment de la vie (Mt'"" de Ségur, la mère de l'auteur). Dagnanmet dans les siens la subtilité sereine de son âme et de son pinceau. Loup [Rêverie au