‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 372 sur 424 · PEINTURE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

PEINTURE RELIGIEUSE

«cènes de rÉvangile une familiarité louclianle n oie rien à leur signification générale et à leur dignité (le Repos en Egypte). II y introduit les costumes des paysans et des gens du peuple au xix^s. [Ave Maria), avec un tact qu'on n'a pas toujours imité (comp, p. 808, 627). Même caractère d'élévation dans ses œuvres plus étendues : Scènes de la vie de S. Louisj au Palais ■de Justice, la Vision, S. Isidore. Maurice Denis avec quelque gaucherie voulue, mais une sincérité de sentiment communicative, se rattache à la même inspiration.

Un sentiment aussi mystique, mais plus soucieux de la beauté des formes, se montre dans la Sainte Cécile de Charles Gautier et, avec plus de recherche, dans les Madones d'Hébert : [la Vierge au baiser, la Vierge de la Délivrance, tableau qui se cache dans le petit village de la Tronche près de Grenoble mais est connu par l'admirable gravure de Huot) ^

Il s'est trouvé d'ailleurs un peintre qui, d'une culture moderne achevée, aussi soucieux que les plus hardis des novateurs de la séduction des nuances et des etFets réciproques des couleurs, aussi savant que pas un dans la composition de la palette et le maniement du pinceau, a su cependant faire revivre l'esprit des primitifs flamands du xv® siècle. Ce n'est pas que M. Dagnan-Bouveret imite leur manière et soit préoccupé d'archaïsme. Non : le rapport est intime et moral et M. Dagnan reste vraiment de son temps; mais ce que l'on peut dire, c'est que, si quelque contemporain d'Hemliug, d'âme délicate comme lui, revenait parmi nous et, formé par un ■enseignement nouveau, recevait des impressions modernes, il les refléterait d'une façon analogue ^. Cela est vrai non «eulement des œuvres religieuses où M. Dagnan a développé tout son talent [la Cène, les Pèlerins d'Einmaus avec des donateurs habillés dans le costume de nos jours); mais de ses

1. Parmi les autres peintres de sujet» religieux nous sigrnalerons encore Dnez {lS\3-dQ) {Saint Cuthbert , Luxembourg); Timbal (1821-80) (oliapelle de Ste Geneviève à Saint-Sulpice); Emile Lafon (Chapelle de St Fraugois Xavier à Saint Sulpice); Monchablon (j;- en 1901, les ÉionL::''listcs. Bémin&ire d'Angers) ; Pichon ; A/ichel Dumas; Béiard (Chapelle St-Louis, à Saint-Eustache) ; Numa Boucoiran (Sainte Famille, musée de Nîmes); J.-A. Micliel Dauhan (Hôpital d'Angers); Joseph Aubert (décoration de l'église N.-D. des Champ.s); Thirion (chapelle à la Trinité); Romain Caies (décoration de Sainle-Croix d'Oloron); de /îic/iemorft, plein de poésie dans son Annonciation et sa scène du Rêve de Zola ; P.-U. Fia-'drin, fils d'Hipp, Flandrin, Sitm Lagarde, Delance, l'abbé ran IJoUeùeke, curé d'un village de Picardie, etc.

peintures mythologiques à la Sorboone, mais de ses portraits, mais de ses scènes populaires : le Pardon en Bretagne, la Bénédiction des nouveaux mariés par leurs parents, le Pain bénit, les Conscrits. Partout, quelque profond ou subtil que soit le sentiment exprimé, quelque raffinée que soit l'exécution, la sérénité d'un art supérieur domine. L'artiste réalise toujours les mots inscrits au-dessous de son Parnasse de la Sorbonne : Pacem summa tenent, La Paix habite les sommets. Maxence a une inspiration plus limitée, trop recherchée peutêtre, mais aussi singulièrement délicate ^. Son originalité est accentuée par une exécution très particulière où la main montre une habileté adéquate à la subtilité de l'esprit qui la dirige ^.

1. P. Agache, avec une exécution difîérente, plus franche et plus coloriste, s"cn rapproche par le souci du sentiment et de l'idée. — L'évolution du talent de Dagnan présente trois manières successives.

2. Aquarellistes, pastellistes, dessinateurs : Bida, 6. Doré. — Caricaturistes. — Émailleurs, miniaturistes. — Décorateurs de théâtres. —Peintres verriers.

L'aquarelle française a conservé la faveur qu'elle avait acquise à l'époque du

romantisme. Nos aquarellistes cherchent à lutter, plus souvent par l'importance des œuvres que par la minutie de l'exécution (chose dont il faut les féliciter), avec la peinture à l'huile pour le portrait, le tableau de genre et le paysage. La princesse ilathilde, la sœur du prince Napoléon Jérôme, a même copié à l'aquarelle des portraits de Rubens. M"' N. de Rothschild, M"« Sonrel, Allongé, ilontezin, Jeannot, Filliard, Pierre Gavarni, fils du caricaturiste et bien d'autres ont prouvé toute la diversité dont elle était susceptible. Le graveur Jules Jarquemart a mis dans ses aquarelles, empruntées souvent à la côte d'azur, la même puissance d'effet que dans ses eaux-fortes. Plusieurs peintres connus d'autre part, Vibert, de Mnnvel, Maurice et Louis Leloir, Détaille, Lhermite, Meissonier. etc., voient leurs aquarelles recherchées à l'égal de leurs tableaux à l'huile.

les pastellistes sont devenus tout à fait à la mode et, à la suite de Maréchal, n'ont plus hésité à faire au pastel de véritables tableaux. Raffaelli a même essayé par des crayons spéciaux de transformer la peinture à l'huile en une sorte de procédéanalogue au pastel. Une société des pastellistes français a été fondée en 1885; oa y remarque Emile Lèvy, Doncet, Lhermitte, Carrier-Belleuxe, René-Gilbert, Loup, 3/me Frtderique Vallei-Bisson et pour le paysage Rigolot, Iwill, etc.

Des dessinateurs ont obtenu autant de réputation que les peintres. Les dessin» de Bida (1813-95) (illustrations de VÉvangUe, Condé a Rocroij, Scènes d'Orient, le Massacre des Mamelucks) ont l'importance de vrais tableaux. Gustave Doré (I8X:j-83) qui s'est laissé trop aller à sa facilité, fait preuve d'une prodigieuse ini;igination et d'un talent de composition remarquable dans les centaines, les milliers de dessina par lesquels il a illustré les sujets les plus divers : Rabelais, Dante, VArioste, les Fables de la Fontaine, la Bible, les Contes de Perrault, etc., et même le Voijage en Espagne de Davillier; car ce crayon, qui semble toujours emporté par sa verve, a su se plier aux exigences précises de l'architecture. Malgré l'insuffisance de ses éludes, quelques-unes de ses peintures ne sont pas à dédaigner : (la Bataille d'inkermann, Dante et Vir''ile rencontrant Ugolin, Vues des Alpes). Comme sculpteur, on lui doit 1« monument d'Al. Dumas avec une figure de Dartagnan fort bien posée. Mai»

AQUARELLISTES, DESSLNATEURS. — G. MOREAU 793

Gustave Moreau : Les œuvres de Gustave Moreau (1826-98J se rattachent à une inspiration bien différente, mais elles n'eu sont pas moins mystiques à leur manière : d'un mysticisme panthéïstique qui procède de la mythologie grecque comme du bouddhisme indien et parfois même du christianisme {Descente de croix. Scènes de la vie de saint Jean-Baptiste). Gustave Moreau est un de nos artistes les plus originaux. Il est cependant tout rempli du passé et l'on peut le comparer sur-

e'est comme illustrateur qu'il restera. Par les efforts auxquels il a obligé les graveurs sur bois pour inlerpréter ses dessins, on peut dire qu'il a renouvelé leur art. C'était alors d'ailleurs un beau temps pour l'illustration qui était moins écrasée qu'aujourd'hui par les procédés photographiques. A côté de Doré on eut Emile Boyard, Yan d'Argent (1837-92), Valeiiiin, Riou, God. Durand, Foulquier, Edmond Morin, Froment, Adrien Marie, l'ami des enfants, Giacomelli, l'ami des oiseaux. Puis sont Tenus, .)/i//-6acA, Grasset, Auriol, Ciraldon, Vuillier, Vogel, Marchetti, Louis Morin, Tofani, Craftij, Lepère. Philippoteaax, De Neuville, puis Job (Onfroy de Bréville), ont «xcellé surtout dans les sujets militaires. Le peintre Chifflart (1825-1901) a fait preuve d'une fantaisie originale dans ses scènes inspirées d'Edg. Poe, de V. Hugo «t du Faust de Gcethe. Benall (1820-82) est surtout un caricaturiste. Les successeurs de Daumier et de Gavarni ne les ont pas fait oublier malgré Gréiin, IJadol, Munellin, les dessinateurs de la Vie parisienne, malgré Cham, Cai and'Ache, Willetle, Faii-re, Rouveyre, Léandre, malgré même Guillaume et Forain.

Signalons aussi le succès des tentatives faites pour remettre en honneur l'art de rémailleur. Des artistes tels que Claudius Popelin, Lepec, Georges Jean semblent avoir renoué la tradition des Liniosins et des Pénicaud (voir aussi p. 777). La miniature directement menacée par la photographie s'est soutenue, assez péniblement il est vrai, avec Camino, M"*' Parmemier, Debillemont-Chardon. H. Richard, i/"« Lenique et quelques autres. A l'autre extrémité de l'art les décorateurs de théâtre ont été plus heureux comme en témoignent les compositions variées, ingénieuses ou grandioses, parfois pleines de poésie, des Despléchin, Rubè, Lavasire, Thierry, Séchan, qui ont eu de dignes successeurs dans Jambon, Amable, Jusseaume. L'affiche elle-même est devenue artistique avec Chèret, Mucha, Toulouse-Lautrec, Meunier, Steinlen. — La peinture de vitrail avait été presque complètement abandonnée en France pendant le xviu* eiècle. Sèvres exécuta vers 1800 des vitraux d'une seule pièce où les couleurs étaient portées sur une vitre blanche à deux ou trois reprises €t soumises à deux et trois cuissons. Ce système peu décoratif mais pour lequel on a élé trop sévère, a servi aux vitraux de la chapelle de Dreux. Sèvres ât des œuvres d'un meilleur style et d'un caractère monumental pour la chapelle Saint- Ferdinand à Neuilly d'après les cartons d'Ingres. La fabrique de Ghoisy commença à se rapprocher de l'ancien système avec verres colorés dans la masse, découpés et mis en plomb. Les restaurations que l'on tente alors pour les vitraux du raoyea âge (à la Sainte Chapelle par Lusson, à la cathédrale de Bourges par Thèvenol, etc.) précipitèrent le mouvement. Depuis lors il ne s'est plus arrêté : Maréchal de Metz, Ollin, Sieinheil, Claudius Lavergne, le suisse Gsell, Nicod, Champigneule, Gaudin, etc. travaillèrent souvent d'après des cartons qui tout en ayant un caractère moderne, menaient compte des conditions spéciales auxquelles doit se soumettre ce genre de peinture (château de Chaumont-sur-Loire, Saint-Vincent de Paul, palais des Expos, univers., Cath, d'Orléans). — Lameire a donné de remarquables modèles aux mosaistes de N.-D. de Fourvières; Hébert aux mosaïstes du Panthéon.

Peyre. — Uifit. des B.-Arts. 45

tout à Maategaa. En effet il recherche aussi bien la précision appuyée et la curiosité du contour que la variété et i éclat du ton local; ce qui ne l'empêche pas d exprimer daus son œuvre les sensations diverses d'une âme angoissée qui se raidit en vain contre son émotion. Il va de la mélancolie de la Jeune fille recueillant la tête d'Orphée jusqu'aux effrayantes visions de l'Hydre de Lerne dressant ses sept têtes furieuses contre Hercule. Parfois il semble qu'il veuille rivaliser avecles sculpteurs par l'eurythmie tranquille de la ligne et la so'idité du modelé : OEdipe et le Sphinx.

Sculpture. L'École de Rude : Carpeaux, Carrier-Belleuse, Dalou, Falguière, Mercié. — La sculpture française, qui suit moins les inspirations d'une mode capricieuse, est encore supérieure à notre peinture. Elle est à vrai dire sans rivale.

L'École de Rude, vraiment française, savante et passionnée, cherchant à accorder toutes les manifestations de la vie avec les conditions de style et d'eurythmie dont la sculpture ne peut se séparer, eut tout d'abord un représentant digne d'elle dans Carpeaux (1827-75) qui se montre gracieux ou puissant tour à tour dans le Pêcheur à la coquille, Ugolin, le fronton du pasillon de Flore et le buste de M^^^ Fiacre de l'Opéra.

Un même sentiment de vie anime les œuvres de ses contemporains Carrier-Belleuse et Dalou. Carrier-Belleuse (1824-87), élève de David d'Angers, montre ce sentiment dans ses bustes comme dans ses statues : Hebé, la Jeunesse. Cet artiste inégal, abusant parfois de sa facilité, a fait cependant des œuvres d'un haut style : la Vierge (à St-Vincent de Paul). Il a eu aussi une grande part au développement de noire art industriel par les nombreux modèles qu'il lui a donnés. Dalou (1832-1902), condisciple de Carpeaux à l'atelier de Rude, a fait deux des œuvres les plus remarquables de notre époque : le bas-relief de Mirabeau répondant à M. de Dreux-Brezé et le groupe du Triomphe de la République (place de la Nation). Mais Dalou, détourné par la politique, n'a pas su ou voulu prendre le rôle qui pouvait lui revenir et la succession de Carp'^aux a passé à un sculpteur sorti d'un autre atelier, à un élève de Jouffroy, à Joseph Falguière.

Falguière (1832-1900), qu'on pourrait appeler un nouveau Coysevox, est un des sculpteurs les plus vivants et les plus variés

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