‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 373 sur 424 · SCULPTURE : P. DUBOIS, SA INT-MÀRC E \UX · texte numérisé non relu

SCULPTURE : P. DUBOIS, SA INT-MÀRC E \UX

qui furent jamais. Classique avec le Vainqueur au combat de coqs, ultra romantique dans la figure émaciée et la physionomie égarée d'Op/iélie, exubérant dans ses groupes monumentaux, ascétique et pur dans son Saint Tarcisius , Falguière a été de plus un sculpteur vraiment national dont le ciseau fait revivre, avec leur véritable caractère : Laroche-Jacquelein comme Corneille, Me^' de Lavigerie comme saint Vincent-de-Paul, la plus simple, la plus naïve, la meilleure de toutes ces figures. Falguière a eu un des ateliers les plus suivis de Paris d'où sont sortis ; Idrac [Salaïubo), Marqueste E'^'e, Maieniilé], Pueck, dont les hauts-reliefs, la Seine, l'Enfant Jésus apparaissant à saint Antoine de Padoue sont d une originalité et d'un charme exquis. On pourrait en citer d'autres, mais le plus illustre des élèves de Falguière est Antonln Mercié. Son David lui avait obtenu la croix de la Légion d honneur lorsqu il était encore à la villa Médicis et son dernier envoi d'élève, Gloria Victis, annonçait un maître. Il a tenu toutes les promesses de ce dangereux début dans le Génie des Arts (au-dessus du guichet du Carrousel), le Souvenir, le Meissonier du square du Louvre, le Tombeau de la reine Marie-Amélie et de Louis-Philippe à Dreux, etc.

Les néo-florentins : Paul Dubois. Saint-Marceaux. — Le David de Mercié témoignait d'une étude approfondie de Donatello. Déjà d'ailleurs avait apparu dans notre école de sculpture un mouvement qu'on pourrait appeler néo-florentin. Paul Dubois (1829-1905) en avait été Finitiateur. Mais son florentinisme était tout pénétré d'hellénisme comme le montrait le Aarcisse qu'il exposait à côté d'un petit Saint Jean au premier salon où il fixa l'attention du public. Le caractère de la renaissance toscane dominait complètement dans son Chanteur florentin exposé au salon suivant. Depuis, des œuvres magistrales, le Tombeau de Lamoricière (cathédrale de Nantes), la statue équestre de Jeanne d'Arc (place Saint-Augustin à Paris), la statue tombale du duc d'Aumale (Dreux), etc., sans qu'il y reniât ses premiers maîtres, ne laissèrent plus admirer que l'inspiration personnelle de Paul Dubois.

Au même groupe se rattacha d'abord M. de Saint-Marceaux. De Saiut-IMarceaux joint l'habileté technique du bon ouvrier à l'imagination du poète. Soit qu'il rappelle la fierté de Mioli<».l-

Ange dans son Génie de la tombe, visiblement imité d'une figure de la Sixtine ; soit que dans l'église de Bougival il renouvelle un sujet traditionnel en nous montrant l'Enfant divin levant son petit bras pour bénir sa mère dans un geste qui aurait ravi nos « ymagiers » du xiii® siècle; soit que dans l'Arlequin, si souvent reproduit ou plagié, il donne le type inoubliable du railleur ; soit que s'adressanl à des modèles plus simples, il les élève jusqu'à la hauteur de types généraux, comme dans celte Première Communiante du musée de Lyon, vraie petite fille de nos jours, d'assez humble origine et qui reste pour tous ceux qui l'ont vue comme l'expression même de la foi naïve, ardente et récompensée, il manifeste partout une véritable âme d'artiste.

Bartholomé, Rodin, Frémiet, Gardet, Gérôme. — Le souvenir, conscient ou non, de nos ymagiers du xiii^ siècle que nous signalions dans le Tarcisius de Falguière, comme dans la Vierge de Saint-Marceaux, se montre plus nettement encore dans le monument funéraire comme dans le groupe d'Adam et Eve de Bartholomé, œuvres d'une originalité simple et touchante, d'un sentiment élevé, d'une exécution ferme et sobre; bien différentes, quoiqu'on ait voulu les en rapprocher, des vaniteuses bizarreries dans lesquelles Badin éloutfe souvent son talent. Le souvenir du xiii^ siècle français se montre aussi -dans plusieurs œuvres de Frémiet.

Frémiet s'est fait surtout connaître comme sculpteur d'animaux, genre dans lequel il l'emporte sur son contemporain Gain, (1822-94) malgré le caractère vraiment monumental de ses fauves, et où il n'a depuis trouvé d'émulé que dans son élève Gardet^. Frémiet n'est pas qu'un animalier, c'est un maître sculpteur dans toute l'étendue du terme. D'ailleurs la statue équestre, si l'on consulte la tradition, ne semble-t-elle pas être la forme la plus complète et la plus difficile à réaliser de la sculpture monumentale. Frémiet avait déjà fait le Cavalier gaulois et le Cavalier romain lorsqu'il exécuta la Jeanne d'Arc de la place •des Pyramides. C'est dans cette œuvre que le public pût surtout retrouver l'esprit des sculpteurs du moyen âge, esprit

1. Autres sculpteurs animaliers : Jacquemart, Isidore Bonheur, Stan. Lami, Vallon^ 'Vict. f'etir.'Lecourtier, Vital qui était aveugle Mène U- Pex/iol, M"* Thomas Soyer.

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qui anime encore davantage des œuvres moins connues de simples statuettes, mais vraiment grandes par le caractère : le Chevalier et Jeanne d'Arc écoutant les voix.

Parmi les auteurs de statues équestres on ne peut guère trouver de rival à Frémiet, avec Paul Dubois, que le peintre Gérôme. Gérôme a appliqué à la sculpture toute la précision de sa manière. Aucune de ses peintures n'est supérieure à ses Conquérants qui semblent chevaucher au devant de l'armée qu'on s'attend à voir arriver à leur suite : ce sont de véritables résurrections historiques et morales que son Bonaparte^ son César, son Tamerlan et son Frédéric II. Le même talent se montre dans la statue équestre du duc dAumale (à Chantilly), dans le Monument de Waterloo où il a opposé l'aigle française au lion britannique, dans son Anacréon et dans ses heureux essais pour renouveler, après Cordier {types algériens) et Simart, la statuaire polychrome des Grecs, soit par la coloration, soit par la diversité des matières [Tanagra, Bellone).

La tradition classique : Guillaume, Perraud, Chapu, Thomas, Hiolle, Delaplanche, Barrias, etc. — A côté de ces manifestations multiples d'un art qui semblerait plus difficilement admettre cette diversité que la peinture, l'école plus spécialement classique a produit en grand nombre des œuvres qui ne font pas moins honneur à la sculpture de notre temps.

A la tète de ces classiques, il convient de placer Guillaume ^822-1905) qui, professeur d'esthétique au Collège de France, membre de l'Académie française comme de l'Académie des Beaux-Arts, a donné à la fois le précepte et l'exemple. Il a contribué plus que personne à maintenir parmi nos statuaires le sentiment du style joint à l'étude de l'interprétation historique. Guillaume a été avec un succès égal le sculpteur à' Anacréon., de M^^ Darhoy, des Gracques, de Colbert et de Napoléon. La même science, nourrie des traditions grecque et française, mais avec un champ d'inspiration moins étendu, recommanda Per~ raud (1821-76) dont VEducation de Bacchus et le Désespoir onf conservé toute l'estime qu'ils avaient obtenue à leur apparition. Thomas (1824-1905) sculpte avec la même autorité la statue vraiment virgilienne du poète de l'Enéïde (Louvre, Ferrière) et le magnifique monument de Ms^ Landriot (La Rochelle).

Chapu (1833-92), dont la figure de la Jeunesse, dans le monu-

ment de Regnault aurait été pour les Grecs une divinité nouvelle, et dont la Jeanne d'Arc est devenue la représentation préférée de notre héroïne nationale, Chapu ne s'est pas immobilisé dans ces succès retentissants, et a laissé la critique incertaine de savoir s'il fallait, sinon préférer, au moins égaler à ces œuvres, célèbres dès leur origine, la statue de la Pensée, le monument de Berryer, les statues funéraires faites pour les tombeaux des d' Orléans à Dreux ou le tombeau du marquis d'Aligre à l'hospice de Lèves (près Chartres).

La postérité mettra sans doute plus haut que nous ne le faisons encore les œuvres d'une science achevée et d'une conscience supérieure qui valurent à Hiolle, que sa célébrité ne désignait pas, une grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de 1867 : Narcisse, Arion, le général Foy (Ham). Bonassieux conserve ses hautes qualités de style dans sa figure vive et animée de Jeanne Hachette, comme dans sa Vierge colossale du Puy ou \ Horloge monumentale du Palais du Commerce de Lyon. Cavelier a fait dans la Pénélope endormie (château de Dampierre) une œuvre noble, gracieuse et savante, qui resta son meilleur titre, malgré sa Cornélie, mère des Gracques, et son fronton du Pavillon Turgot au Louvre.

Barrias (1841-1905) se montre aussi ingénieux dans son Petit Mozart accordant son violon qu il est poétique dans la Nature qui se dévoile, qu'il est puissant et émouvant dans le Serment de Spartacus et les Premières funérailles. Delaplanche (1836-91) est mort lorsqu'il lui restait beaucoup à produire. Mais la Vierge au Lys, Eve, la Musique, la Danse suffiraient cliacune â assurer sa renommée i.

1. Plus encore que pour les paysagistes nous devons nous borner, tant le* talents ont été nombreux, à compléter par une simple énuméralion ce qui est dit plus haut. Voici donc les noms qui nous paraissent avoir le plus mériré l'alteotion par des œuvres dont plusieurs sont comparables à celles que nous avons déjà <'itées : Gumery (fontaines de Bordeaux, monument du président Fabre à Chambéry), ilalliurin Moreau (Fileuse, le Sommeil, monument de Joigneaux) Aimé Millet, (Ariane abandonnée, l'Apollon colossal qui couronne l'Opéra), Crauck (1827-1906, le maréchal Pelissier, la Victoire couronnant le Drapeau français), Becquet, un des meilleurs élèves de Rude (Saint Sébastien, Abel mort), Gruyère (fronton sur lu jardin du Pavillon de Flore^, Salmson (la Dévideuse, Monument de Saussure et de Jacques Balnaat à Chamonix), Hochet (Charleroagne avec Roland et Olivier parvis N. D. à Paris, Bonaparte à Brienne), Bartholdi, (statue colossale de la Liberté éclairant le monde, New-York), Lansnn, De^eorge (Aristote enfant, •lalucb de Ph. Delorme, 11. Flandrin, G. Couslou, Gér. Audran pour la Fontaine

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La sculpture réaliste. — Depuis quelque temps, des sculpteurs, le mouvement semble être parti de la Belgique), se sont mis à reproduire non plus en statuettes, mais en grandeur naturelle, des sujets populaires et Ton a pu craindre de voir appliquer à la sculpture, sous forme de grands sabots de m?irbre ou de larges blouses de bronze, les excès de théorie ùc Courbet, bien plus dangereux encore pour la statuaire que pour la peinture. On a vu en effet plus d'une œuvre qui n'attiraient l'attention que par l'exagération de leur vulgarité. Mais des groupes tels que les Jeunes filles aveugles de Hipp. Lefebvre, Sur le pavé de Coidonnier, tels surtout que Maternité de Roger Bloche où une pauvre ouvrière, amaigrie par la fatigue et les soucis, embrasse avec amour et tristesse, en pensant aux épreuves qui attendent ce petit être, un beau bébé qui n'a pas encore eu à souffrir de la vie, montrent ce que la

de la place des Jacobins à Lyon), Verlet (fontaine de Bordeaux), Maindron (Velléda). Alf. Lenoir (Éducation maternelle, La France romane au Font-Alexandre III à Paris), Ailar (Alceste et ses enfants). Allouard, Aizelin, Boucher (La Terre, Aux Champs). Schœnewerck, Lafrance (le petit St Jean). Carlier, Ern. Dubois (Monument de Bossuet à la Calh. de MeauxV Tnrcan, Peynot, Morice, Croisy, Longtpied, Leveel (statue équestre de 'Napoléon à Cherbourg), Soûles, Caries, Tony-Noel, Iiinlben, Peinte Orphée), de la Vin^trie (CoTsevox), Leroux. Boisseau, Aube, Blanchard, Mnntapiy. Louis Noël, Félix Charpentier (les Lutteurs), Alex. Charpentier, auteur de la Fuite de l'heure, qui a fait aussi de grands bas-reliels en grès émaillé (les Boulangers), Coutan (la France de François I*"" au pont Alexandre III), Gust. Michel (la France moderne ibid.), C" mille Lefeb^re, Hector Lemaire, Claudius Marioton, Uampt, Mo'-ean-Vauthier, Vital-Dubrny, Suchetet (Biblis), Franceschi, Maillet, Desbois, Cordonnier, Dagunei, Barthélémy (GanTmède, Cugnot, Chnlrousse, Oltin (Fontaine Médicis), Husson (Lesueur), Garraud (Caïn et sa famille, jardin du Luxembourg), De Mesmay (M"* de Montpensier, ibid.), Z,eiforr!e(Marguei-ite d'Angoulême, ibid.), Larche, Sanson, Labatut, Laporte-Blairzy, Roussel, Fagel (le chi:iiiste centenaire Chevreui). Masioule (M™* de Sévigné), Hannaux, Léonard qui a donné le modèb' du surtout de» danseuses exécuté en biscuit de Sèvres M900), Gasq. etc. Une facture souple et originale dans la manière de traiter le vêlement moderne ajoute au mérite de l'expression dans les œuvres toutes récentes de Théodore Riiiere (les Deux Douleurs) et 5j>arrf Georges Sand). Le docteur Paul Richer, membre de l'Ac. de Médecine et de l'Ac. des Beaux-Arts, a fait entre autres des statues pour le Muséum. 11 est professeur d'anatomie à l'École des Beaux-Arts. Il a succédé à M. Ed. Cuyer qui, étant à la fois peintre et savant analomiste, a écrit sur l'anatomie artistique des ouvrages devenus prompleraent classiques. Quelques femmes, à la suite de ÎU""» Léon Beneaux (Jeune captif gaulois, Psyché), se sont adonnées avec succès à la sculpture : jymei Lefebvre-Deumier, Cazin et Besnard née Vital-Dubray, Af"» liasse, la duchesse d'Uzks, l'actrice Sa^ah Bernhardt. .V'ie Hemelmansla première femme admise à concourir pour le prix de Rome (190G) l'a obtenu en (1911). Le célèbre acteur romantique Mélingue mérita une médaille eoinnie ^culptl•u^ au salon de 1852 et ou le voyait modeler une Héhé sur la scène dans son rôle de Benvenuto Cellini.

«culpture peut légitimement tirer des sujets empruntés à la vie journalière des humbles.

Gravure en médailles. — Depuis une quarantaine d'années {fait d'importance dans l'histoire générale de l'art français) une renaissance brillante et assez imprévue s'est manifestée dans la gravure en médailles qui est revenue en pleine liberté à la tradition aisée, vivante et pure des Grecs. Ponscarme dont l'enseignement, aussi bien que les œuvres, a été un des principaux facteurs de cette renaissance, Chaplain, Roty , trois artistes éminents, nous ont enfin donné des médailleurs pouvant rivaliser avec notre vieux Guillaume Dupré, qui depuis près de trois cents ans n'avait pas eu d'égal. Degeorge, Alphée Dubois, Vernon, en approchent. L'art voisin de la gravure en pierres fines s'est associé en quelque mesure à ces progrès avec George Lemaire, Lechevrel^ Gaulard, Adolphe David.

Gravure et lithographie. — La gravure en taille-douce, cet art de précision infatigable et de longue patience , peu d'accord, par conséquent, avec les habitudes morales de notre époque et qui, par là, semblait plus menacé que d'autres par les moyens rapides de la reproduclion photographique, non seulement s'est défendue; mais, après une période assez courte d'hésitation, a repris une activité nouvelle. Nous avons rarement eu un ensemble de burinistes plus brillant, soit qu'ils «mployent le burin pur, soit qu'ils se servent de l'eau forte pour préparer leurs planches. Gaillard est un des plus originaux par son exécution, d'une subtilité extraordinaire, comme par son interprétation très personnelle soit des maîtres {V Homme à l'œillet de Van Eyck), soit des personnages vivants dont il a gravé des portraits dans des œuvres comparables à ses portraits peints [Pie IX, Don Guéranger). Avec lui se placent au premier rang : Huot (la Vierge de la Délivrance d'après Hébert), Achille Jacquet (la Passion, triptyque de Mantegna et 1814, de Meissonier), Jules Jacquet (léna de Meissonier), Patricot (le Cortège des rois Mages de Gozzoli), Léopold Flameng (Mort de sainte Genevière, d'après J.-P. Laurens), Sulpis, Coppier (la Joconde , 1807 de Meissonier), puis Lévy, Didier, Danguin, Morse, Déblais, Al. Lamotte^ Annedouche, ■Salmon, Massard, Mongin, Burney, heureux imitateur de

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