MOYEN AGE. — ECOLE GALLO-BELGE
exemple, au sujet de la victoire de Clotaire sur les Saxons, a un chant qui volait de bouche en bouche et que les femmes chantaient en dansant et en ballant des mains ». On possède encore des chansons profanes qui remontent au x« siècle^. Au xiii« siècle, les écoles de musique religieuse et laïque se multiplient ; les corporations d'inventeurs et de fabricants d'instruments sont importantes ; de très nombreuses pièces decette époque,à trois et quatre voix, nous sont parvenues. Les universités à peine établies inscrivent la musique sur leur programme. La musique jouail un si grand rôle dans les Mystères, qu'on pourrait presque les considérer comme des sortes d'opéras. En dehors de l'Eglise, nous avons déjà des essais de musique dramalique dans les dialogues chaulés, qui sont comme une première forme de notre opéra-comique. Tels sont Aucassin et Nicolette (xii« s.), le Jeu de Robin et de Mai-ion, œuvre d'Adam de La Haie, dit le Bossu d'Arras, représenté pour la première fois à la cour de Naples (1285); le Jeu de saint Nicolas par Jean Bodel; le Miracle d'Amis et d'Amile. Marie de France traduit et note des chants bretons. La musique populaire devait prendre plus d'importance encore au xiv^ siècle. En Allemagne, aux minnesaengers nobles succèdent les meistersaengers roturiers, dont le plus célèbre fut le cordonnier //ans Sachs, qui vivait au xvi^ siècle (1494-1576).
Prépondérance de la France. L'école gallo-belge. Roland de Lattre. Goudimel. — A in iln du moyen âge el jusqu aux dernières années du xvi^ siècle, ce sont les pays de race française de la Loire à la Meuse qui dirigent le mouvement musical. La France du Nord et la Belgique wallonne jouent alors le rôle que l'Allemagne jouera au xviiie siècle. Là encore on a trop oublié (et nous tout les premiers) les services rendus et la gloire méritée par notre race. Guillaume de Machault (1284-1370), d'abord écuyer de Philippe le Bel, recueillit les chansons de Thibaut de Champagne, composa en 1364 la messe du sacre de Charles Y et fut un des premiers contrepointistes. La musique du moyen âge, quelque vagues que nous ea
1. La religieuse Hroswita mit peut-être en musique son panégyrique des Olbons. Le Chansonnier dit de Saint- Germain des Près (manuscrit de la Bibl. nat.) a été publié en fac-similé, avec transcription, par la Société des anciens textM françai».
paraissent les formes, est une musique compliquée et savante qui devint même pédanlesque dans sa dernière période. TelK messe, par exemple, sera tout entière composée sur quelque^ mesures d'un chant populaire.
Au xve siècle, l'école gallo-belge se fonde avec Ockeghem de Saint-Quentin (1420-1512), qui est nommé par Louis XI maître de chapelle de Saint-Martin de Tours.
Josquin Besprez et Ohrecht, élèves d'Ockeghem ; Arcadelt. Ooudimel, qui met en musique les psaumes de Marot; Jean Mouton, maître de chapelle de Louis XII et de François I^r, Jean Tinctor de Nivelle (1450-1520); Clément Jannequin. auteur d'une cantate sur la Bataille de Marignan; Adrien Willaert, de Bruges (1490-1563) ; Philippe de Mons (1521-1606); Orlando de Lassas (Roland de Lattre), originaire également de Mons (1520-1574), et surnommé de son temps le prince des musiciens, sont les principaux noms de cette école^.
Prépondérance de l'Italie. Palestrina. Le dix- septième siècle. Origine de l'opéra et de roratorio. — C'est d'elle qu'est sortie l'école italienne, qui, dès la fin du xvi^ siècle et pendant tout le xviie, occupera le premier rang. Willaert fonde en 1527 l'école de Venise, à laquelle appartiennent Délia Viola, Zarlino et V. Galilée, fils de l'illustre savant. Tinctor, appelé à Naples par Ferdinand d'Aragon, est le fondateur de l'école napolitaine A Rome, Palestrina (1524-1594) fut élève de Goudiniel. Aussi savant que pas un de ses contemporains dans la résolution des problèmes qu'on se posait alors, il adopta pour ,es cérémonies de l'Église une musique simple et forte qui s'appuyait, mais sans servilité, sur le plain-chant. La Messe dite du pape Marcel marque une date dans l'histoire de la mu-
1. Charles IX avait Taiaement cherché i le fixer en France, où il fit un voyage en 1571. Ronsard l'appelle m le plus qae d vin Orlande qui, comme uno mouche à miel, a cueilli toutes les plus belles fleurs des anciens et outre semble avoir dérobé l'harmonie des cieux pour nous en resjouir sur la terre n. {Au n.i Charles IX, en tête de l'ouvrage intitulé Mélaw^es de cent quarante-huit chansnni tant de vieux auteurs que de modernes, à cinq, six, sept, huit parties, avec préface de P. de Ronsard. Paris, Ad. Leroy et Rob. Ballard, 1572, in-4».) La musique française était si bien considérée au commencement du xvi* siècle comme la première de 1 Europe, que le plus ancien ouvrage musical imprimé à carai-tères mobiles (par Pefucci. à Venise, 1511) est un recueil de chansona françaises à quatre voix.