HAYDN. GLUCK
dégénéré, un art de parade, uue distraction frivole, lorsque Gluck, qui s'était d'abord rattaché à la méthode italienne, poursuivit le but plus noble de ramener l'opéra à ce qu'il doit être, la tragédie ou le drame en musique. Son Alceste (1769), qui montrait que le but était atteint, fut cependant assez mal accueillie à Vienne. Le publiî viennois était tout entier à l'ëcole italienne , représentée ii est vrai dans ce qu'elle avait de meilleur alors par l'Allemand Masse (1699-1783), l'élève de Porpora et de Scarlatti. Il songea à la France, où le goût de la musique expressive s'était maintenu avec Rameau, et, jugeant que la langue française convenait entre toutes à l'expression des passions humaines, il pria un attaché de l'ambassade française, Bally du Rollet, de tirer un livret d'opéra de Y Iphigénie en Aiilide de Racine. Sa partition achevée, il partit pour Paris, sûr de la protection de la dauphine Marie- Antoinette, qui avait été son élève à Vienne, et y fit représenter son nouvel ouvrage (1773). A ce chef-d'œuvre succéda Orphée (1774), puis Alceste avec des remaniements (1776), Arniide (1777), Iphigénie en Tauride (1779), sa partition la plus puissante. La France avait consacré le génie de Gluck. Vainement les partisans de l'italianisme redoublent-ils leurs attaques. L'arrivée d'un musicien d'un très grand talent, Piccini (1728-1800) , qui avait eu des succès éclatants dans l'opéra buffa et avait rendu à l'opéra séria plus de sérieux, sembla leur apporter de fortes armes; mais l'opéra de Didon même, où Picciui se surpassa et fit valoir, à côté d'une facture plus ferme, ces qualités de charme et de tendresse que négligeait le maître allemand, n'empêcha pas la victoire définitive de rester aux « gluckistes d, quoique Marie-Antoinette* eût vivement applaudi l'opéra de Piccini, sans être pour cela une « picci-
1. L'air : Ah ! que je fus bien inspirée quand Je vous reçus à ma cour ! est un de ceux que Marie-Antoinette ctiantait le plus volontiers. Le xviii» siècle est tout rempli de ces querelles musicales, qui prouvent combien la muàiquo était alors aimée eu France. D'abord, la a Guerre des boutrous » : J'entends crier : h Lulli, Cainpra, Rameau, Bouffons, (\tes-vous pour la France ou bien pour l'Italie? — Je suis pour mon plaisir. » (Voltaire, les Cabales.)
puis la « Querelle des glucicistes et des piccinistes » ; puis la o Guerre des coins » (coin du roi, coin de la reine). Les écrivains les plus en vue, les philosophes les plus sérieux, prennent parti dans ces querelles. (Voyez Des- Qoirehterres, la Musiq le française au dix-huitième siècle, Gluck et Piccini.]
niste ». Gluck peut assister au triomphe de son école daus les succès de ses disciples Salieri, auteur des Danaïdcs (1784), et de Tarare (1787), où, sur un livret de Beaumarchais, il mêla heureusement le plaisant au tragique; et Sacchini (1734- 1786), auteur àe Dard anus et d' Œdipe à Colonne. La première représentation à'OEdipe eut lieu à Paris après la mort de l'auteur, le 1er février 1787.
Troisième époque : Mozart. — Déjà l'année précédente Mozart avait fait représenter les Noces de Figaro, et la même année, le 29 octobre 1787, paraissait Don Juan ; c'est dire que, si pour l'élévation du génie Gluck n'est pas dépassé, une nouvelle révolution s'est accomplie dans l'art musical. Elle est l'œuvre d'un homme qui n'a pas trente et un ans.
Mozart est resté le plus complet, le plus parfait des musiciens. Wolfgang-Amédée Mozart (Salzbourg, 27jauv. 1756 — Vienne, 5 déc. 1791) était, à l'âge de six ans, un des premiers virtuoses de l'Allemagne et commençait à composer. A dix ans il avait Fig. 286. — Mozart. écrit des symphonies et entrait dans la
seconde phase de son talent. A quatorze ans, étant déjà l'auteur d'un opéra bouffe, la Finta simplice, il faisait représenter à Milan, le 26 déc. 1770, son premier opéra sérieux, Mithridate. Mozart a réuni mieux qu'on ne le fit jamais l'inspiration et la science, l'esprit et la passion, la grâce et l'émotion, la pureté de style et l'animation de la vie la plus complète, et cela tout en restant aisé et toujours musical. Remontant par delà Haydn jusqu'à Bach, et d'autre part empruntant aux Italiens leur souplesse aimable, il a rempli dans l'art musical, avec une forme d'inspiration bien diiTérente, un rôle analogue à celui de Rubens dans la peinture. Les sentiments l#s plus divers se mêlent, s'agitent, s'expriment chacun dans le langage qui leur convient, et cependant la Muse fait, au-dessus de tout, entendre sa voix. Ecoutez le sextet des Noces ou l'introduction de Don Juan, en oubliant, s'il se peut, les personnages et les événements, et votre cœur n'en sera pas moins charmé ou ému Mozart mourut à trente-six ans, laissant inachevé le Re*