ROSSINI. WEBER. SCHUBERT. MEYERBEER
couleur locale, le sentiment historique, tout ce qui constitue le drame lyrique moderne dans les larges développements dont il est susceptible, se trouvait dans cette œuvre. Comme Gluck, c'était dans notre pays et sous l'influence du goût français que Rossiui avait accompli cette révolution mémorable. La France était toujours resiée d'ailleurs un pays pri- "tilégië pour l'expression musicale.
L'opéra-comique s'était constitué chez nous avec Monsigny {1729-1817) ile Déserteur), (7re7rj (1748-1813) {l'Épreuve villageoise, Richard Cœur de lion), Dalayrac {Nina, Camille) (1753-1809), Philidor, le célèbre joueur d'échecs (1727-1795) {le Maréchal ferrant), Nicolo (1775-1818) {Joconde), Henri Berton (1765-1844) [Montano et Stéphanie, Aline de Golconde), Paer (1774-1832) {Sargines, le Maître de chapelle), pour arriver à sa perfection avec Boïeldieu (1775-1834) {le Nouveau Seigneur du village, Jean de Paris, la Dame blanche).
Dans la musique plus sérieuse, soit au grand opéra, soit à l'opéra-comique, qui commence à prendre tous les tons, paraissent Catel (1773-1830), Gossec (1733-1829), Méhul (1763- 1817), l'auteur à'Euphrosine et Conradin et de Joseph, le plus illustre héritier de Gluck ; Lesueur (1760-1837), l'auteur des Bardes; Cherubini (1760-1842), qui passait pour le premier musicien de son temps et était considéré par Beethoven comme tel; Spontini (1779-1851), l'auteur de la Vestale (1807). Ces compositeurs, injustement oubliés ou négligés pour la plupart, sont doués d'une rare élévation. Lesueur, Gossec, Cherubini, Catel, Méhul, se placent au premier rang pour la musique religieuse. Ils conservent celte même inspiration dans les cantates et symphonies qu'ils composèrent pour les fêtes patriotiques de la Révolution. On la retrouve aussi dans le Chant du départ de Méhul et la Marseillaise de Rouget de l'Isle. Le Conservatoire de musique et de déclamation fui définitivement organisé par le décret du 16 thermidor an IJI (3 août 1795).
Cependant en Allemagne l'art, qui ne pouvait monter plus haut après Beethoven, progressait en prenant des aspects nouveaux, grâce à deux musiciens éminents chacun dans leur genre, Schubert et Weber. Franz Schubert (1797-1828) a manifesté dans ses Lieds un des génies les plus féconds qui furent jamais. Nul n'a eu un plus grand nombre d'idées originale»
et variées, nul n'a su renfermer dans un petit cadre une inspiration plus élevée et plus puissante (le Roi des Aulnes, la Jeune Religieuse). Weher (1786-1826), dans des opéras tels que le Freyschutz (1819), Euryanthe (1823), Ohéron (1826), comme dans ses compositions diverses d'une poésie si personnelle, si pénétrante, où la nature se mêle si bien aux passions des hommes, où le rêve et la fantaisie se confondent avec la réa lité, est resté un des maîtres de l'art moderne. Weber s'est plu à rendre toutes les élégances de la chevalerie dans la plupart de ses opéras, comme dans son Concerto du croisé. A ces divers titres, il fut, eu musique, un des coryphées du romantisme, où il dispute la première place à Meyerbeer, élève comme lui de l'abbé Vogler (1749-1814).
Profitant à la fois de Weber et de Rossini, Giacomo Mererbeer (1794-1864) , quoiqu'il n'ait ni l'aisance du second ni la distinction musicale du premier, les a dépassés tous les deux par la force dramatique. Robert le Diable (1831) faisait déjà de lui un musicien de génie. Mais il allait se surpasser dans ses œuvres suivantes. Non seulement chaque personnage a son caractère, son relief propre, mais les mœurs des diverses époques, les sentiments des foules, semblent ressusciter. Tel rôle qui n'est composé que de quelques phrases détachées, comme celui de Nevers, garde une physionomie saisissante. Certains de ses ensembles (la Bénédiction des poignards, des Huguenots, 183G, le Sacre an Prophète, 1849], sont comme révocation d'un monde disparu. Il a pu traiter musicalement une discussion d'assemblée politique et en faire une des pages musicales les plus intéressantes, les plus animées, les plus mélodiques que l'on connaisse (finale du premier acte de l'Africaine, représentée après sa mort, 1865). On pourra critiquer telle ou telle de ses formes ; mais les Huguenots et le Prophète, quelles que soient les restrictions que se plaisent à faire aujourd'hui les hommes du métier, resteront des monuments comparables aux drames de Shakespeare par la puissance de la passion et la richesse des idées. Meyerbeer, contesté d'abord eu Allemagne, avait composé pour la France tous ses chefs-d'œuvre , et était à moitié Français.
Jamais la musique dramatique française n'avait été plu» i)rillante. A l'opéra, HaCévy (1799-1862) règne, ap'-ès Meyer-
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béer, avec la Juive (1835), Giùdo et Ginevra, la Reine de Chypre (18tl). Auher (1782-1871) avait donné dès 1828, dans ia Muette de Portici, le cadre des grandes œuvres qui allaient suivre, et avait en partie rempli ce cadre. Il ne taut pas oublier que la Muette est antérieure à Guillaume Tell. Mais l'opéra-comique est le véritable domaine d'Auber. Cependant l'auteur du Domino noir et de Fra Diavolo ne vaut pas Hérold (1791-1833) : Zampa (1831) et le Pré aux clercs (1832) sont de la famille àa Freyschutz et d'Euryanthe. C'est en I rauce que les plus célèbres musiciens italiens, j?e/- ///?/■( 1802-1835) (Norma. la Somnambule), Donizetti (1797- 1848) [Lucie, la Favorite), Mercadante (1796-1870) (Élisa et Claudio), puis Verdi, né en 1814 [le Trouvère, Rigoletlo, Aida), viennent chercher la consécration de leur renommée. Verdi, puissant, pathétique, mais parfois banal et vulgaire, a montré dans Aida que son inspiration pouvait s'élever.
Zingarelli (1752-1839), un des compositeurs favoris de Napoléon lef, fut le dernier représentant de rancieune école italienne antérieure à Hossini. Son Roméo et Juliette eni un très grand succès. L'Italie s'honore encore de Vaccaj, des frères Ricci, de Ponckielli, Boito {Me/îstofelej, Mascagni [la Cavalleria rusticana), Puccini, Cavallo, Gordigiani, un des plus variés dans son humble domaine, le Schubert italien et, pour h musique religieuse, de l'abbé Perozzi. On ne saurait oublier dans la gloire musicale de 1 Italie ses admirables virtuoses, chanteurs ou instrumentistes, Lahlache, Mario, Garcia, la Malihran, la Grisi, etc., les violonistes Viotti et Paganini. Viotti, qui composa de l'excellente musique de chambre, est le représentant le plus iiutorisé de l'école italienne de riolon, qui allait bientôt être dépassée par l'école française de Rode, Kreutzer, Daillot, Alard. La Société des concerts du Conservatoire donnait sa première audition le 9 mars 1828.
Sixième époque : Mendelssohn, Schumann, Chopin. — CependuiiL, d.ius le grand mouvemcnl qui Icnliiiiiiail, la musique allemande cherchait et trouvait encore des formes et des idées nouvelles avec Mendelssohn et Schumann. Félix Mendelssohn- Bartholdy (1809-1847) est peut-être le premier des symphonistes après Beethoven. Il lutte avec Hrt^ndel par ses oratorios de Paulus et d' Julienne- avec l'auteur d'Oùé-'
ron ians le Songe d'une nuit d'été^ avec Schubert par ses Liederetses Romances sans paroles. Robert Schumann{lSlO-5S), dans ses morceaux de chant et ses oratorios profanes, Manfred, Faust, le Paradis et la Péri, plus que dans ses symphonies, fait preuve d'une distinction de forme parfois exquise et d'une inspiration poétique et originale. Il est, malgré ou peut-être à cause de ses incertitudes et de ses obscurités, l'initiateur du mouvement auquel la musique aboutit aujourd'hui.
Dans le même temps, un musicien d'une organisation exceptionnellement délicate et passionnée, parfois même maladive Frédéric Chopin (1810-49), originaire de Varsovie, faisait apprécier à l'Occident les caractères de la musique slave. La musique est aimée et populaire sur les bords de la Moldau et de la Volga comme de la Vistule, et le dictionnaire biographique des musiciens slaves forme un gros volume. Cependant Moniusko élait à peu près le seul d'entre eux dont le nom fût venu se joindre à celui de Chopin, lorsque, à la fin du xix° siècle, l'attention s'est portée sur la musique russe et qu'on a pu estimer à leur valeur des compositeurs tels que GUnka (1804-57), Borodine (1834-87), le général Cui (1835), Balakirew (1837), Moussorsgky (1839), Tchaïkowsky (1840-93), Rimsky-Korsakov (1844), GlazoufWw (1865), Antoine Rubinstein (1829-94), et son frère Nicolas (1835-81).
Septième époque. Wagner, Gounod. — Le nom qui domine la lin du siècle est celui de Wagner (1813-1883). Nous n'avons pas à discuter ses théories; mais tant que la musique sera aimée comme un grand art, Tannhxuser (1845), Lohengrin (1850), certaines parties de la Tétralogie du Rhin (1876) et de Parsifal {18S2) seront admirés. Sans parler des progrès parfois merveilleux de l'orchestration, il a su trouver, pour exprimer l'amour pur et mystique, des accents qu'on ne connaissait pas (duo de Lohengrin, les Anges portant le sang du Christ dans Parsifal), et qui s'élèvent jusqu'au sublime. Wagner procède à la fois de Gluck, de Beethoven, et aussi de Meyerbeer malgré son injustice dédaigneuse à son égard.
Si on excepte Mendelssohn et Schumann, il a éclipsé aussi bien ses contemporains que ses prédécesseurs immédiats, Winter, Spohr (1784-1859), auteur de Faust et de Jcssonda, Marschner (1795-1862), Lachner (1804), Taubert (1811),