PERIODE GRECO-ORIENTALE
à Santorin et ceux mis à jour par Schliemann, soit sur la côte asiatique à Hissarlick (rancieniie Troie), soit à Mycènes. Par les fouilles de Mycènes, où ont été retrouvées, au milieu des ruines de l'Agora, les tombes des anciens rois, avec leurs riches sarcophages, leurs bijoux et leurs masques d'or, Schliemann a révélé un art indigène très remarquable chez les populations primitives de la Grèce. Il a retrouvé en somme cinq ou six siècles d'histoire artistique. On a pu exagérer l'originalité, sinon l'importance, de « l'âge mycénien » ; mais cette originalité est réelle : les fouilles de Spata, de Chypre, de Rhodes, de Yaphio, de Crète surtout, l'ont encore affirmée. Elle se montre notamment dans un système décoratif régulier, géométrique, et avec cela d'une attachante étrangeté, imitation simplifiée des plantes terrestres et surtout marines, des insectes, des animaux marins (sèche, nautile) que l'artiste avait sous les yeux. Plusieurs intailles et pièces d'orfèvrerie reproduisant des animaux non plus d'un façon sommaire, mais dans le détail de leur structure, sont, par le sentiment expressif de la forme et l'énergie du mouvement, des œuvres d'une inspiration supérieure, qui égale ou surpasse les bas-reliefs ninivites exécutés longtemps après (gobelet de Yaphio). L'âge mycénien, plutôt mycéno-crétois, fut « une période féconde, bien différente de celle qui suivit >» ^ Entre l'invasion dorienne et les premières olympiades se place une époque d'obscurité et de décadence qui rappelle les premiers siècles de notre moyen âge après l'invasion des barbares.
Période gréco-orientale. — Le métal et le bois. — Influence phénicienne. — Homère. — Entre le xii^ et le vii^ siècle, il y a dans les monuments une longue lacune, qui est comblée par les textes d'Homère. Nous voyons d'après V Iliade et VOdyssée que le système des constructeurs primitifs de la Grèce est complètement abandonné. C'est un autre peuple, une autre civilisation.
1. On a aussi retrouvé des peintures surtout à Cnossos 'Crète) : réunion mondaine féminine, scènes de tauromachie où prennent part des jeunes gens et des jeunes filles et qui sont peut-être l'origine de la légende du Minotaure. Le « vase dea moissonneurs w (Musée de Candie) est digue du gobelet de Vaphio.
Peyre. — Hist. des B.-Arts. 4
Le bois, le métal, la brique émaillce, sont employés coiicu/ ivmment avec la pierre, mais plus qu'elle. Le métal surtout joua un rôle exceptionnel : il y eut alors des temples en airain ou revêtus d'airain. L'influence orientale est partout manifeste. L'idéal de l'habitation pour le héros homérique, c'est le palais oriental. L'art des métaux est alors le plus avancé, et le dieu Héphaistos est particulièrement honoré; mais c'est de l'Orient, de la Phénicie, ou par les Phéniciens, que les Achéens se procurent les plus belles armures; ce sont les Phéniciens qu'ils imitent : la coupe de Palestrina, les principales pièces du trésor de Curium, rappellent d'une manière frappante, comme on l'a dit plus haut, la description du bouclier d'Achille dans l'Iliade. Malgré cette absence de monuments, cette période n'en a pas moins été des plus importantes dans la formation de l'art grec. C'est alors que se constitue la poésie héroïque; c'est alors que la mythologie des Hellènes se dégage des vagues conceptions des Védas et « donne à tout une âme, un esprit, un visage » ; c'est alors que jaillissent les sources auxquelles viendra jusqu'à la fin puiser l'inspiration hellénique. Homère sera a le chef, le seigneur, le maître », pour les artistes comme pour les écrivains qui suivront.
Période archaïque grecque. — Influences orientales persistantes. — Les influences étrangèrco se feront sentir aussi pendant toute la période suivante ou période archaïque, pour laquelle nous n'aA'^ons que des monuments et des textes assez rares, mais suffisants pour nous donner une idée du chemin parcouru, et nous permettre de savoir comment les conceptions et les procédés s'étendent, se perfectionnent dans les familles d'artisans, comment les maçons deviennent des architectes, comment « les modestes forgerons deviennent d'habiles toreuticiens », comment enfin « l'art grec a emprunté aux civilisations antérieures tout ce qui peut s'apprendre, pour dégager ensuite ses qualités propres par un vigoureux essor* ».
1. Coligaon, op. cit. Cette action de l'Orient sur la Grèce fut d'ailleurs réciproque.
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L'influence phénicienne maintint d'abord sa prépondérance; l'influence égyptienne fut importante aussi, mais indirecte, et ne put s'exercer alors que par la vue des objets de dimensions médiocres que le commerce phénicien apportait en Grèce ; la Lydie, la Phrygie, la Lycie, eurent une action directe. Il ert fut de même de l'Assyrie, dont l'imitation se manifeste dans les œuvres de ce temps par une anatomie affectée plutôt que savante. Dans V Apollon de Ténéa (Louvre), certaines exagérations anatomiques rappellent l'Assyrie ; l'aspect général au premier abord semble égyptien; mais on constate déjà, surtout dans le torse, des qualités toutes grecques.
Il ne faudrait pas exagérer la valeur de ces rapprochements. Les influences que les arts ont pu exercer les uns sur les autres sont d'autant plus difficiles à déterminer que ces arts sont plus primitifs. Les premiers bégayements de l'art sont à peu près partout les mêmes, et les ressemblances entre divers arts — en dehors de toute imitation — sont d'autant plus grandes que ces arts sont plus rudimentaires.