‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 64 sur 424 · LE JUPITER OLYMPIEN · texte numérisé non relu

LE JUPITER OLYMPIEN

Fig. 54.

Parthénon : fronton oriental, les Kharites.

alors les affaires de la république, s'en prenaient à ses amis, essayant de les déshonorer ou de les faire souffrir, pour déconsidérer ou attrister Périclès lui-même.

Phidias fut accusé de malversations. Mais il put facilement sej"'stifier. De mémecriT^ '^'^ «^nmerncment espagnol accusait naguère d'hérésie et faisait livrer à l'inquisition ceux qu'il voulait perdre plus sûr^-ment, les ennemis de Phidias l'accusèrent d'impiété. « Sui le bouclier de ).• déesse, où est cise Ice la Victoire de Thésée sur les Amazones , il s'est, disent-ils, représenté luimême sous les traits d'un vieillard qui soulève un rocher. Le grand âge qu'il s'est attribué n'empêche pas de le reconnaître. Il ne s'en est pas tenu là. Il y a aussi plac« son ami Périclès. Vainement la main levée pour lancer le javelot cache une partie de la figure. On ne peut nier que ce soit lui. » Phidias crut devoir quitter Athènes; mais cet exil profita à sa gloire.

Le Jupiter Olympien. — Il se retira en Élide, et les prêtres d'Olympie lui confièrent l'exécution en or et en ivoire de ce Jupiter Olympien qui passa pour une des merveilles du monde. Le dieu, quoique assis, avait 9™, 25, son piédestal ayant déjà 3 mètres de hauteur. Il est resté le type de Jupiter, le type du dieu suprême, unissant la majesté à It douceu?, la puissance à la sérénité.

Aucune œuvre n'a été entourée d'un respect plus profoa^ et plus durable. Par la beauté de son Jupiter Olympien, disait Quintilien, Phidias a rehaussé l'idée que la religion nous donnait de cette divinité. Dion Cbrreostome affirioaif

yO HISTOIRE DSS BfiAUX-ARTS

que quand on l'avait rue il étuit impossible de se figurer la Dirinité autrcmeut. Les esprits les plus austères ne pouraient rester insensibles à celte beauté, et c'est Ëpictète qui nou» apprend que l'on considérait comme un malheur de moarir sans l'avoir vue. Cette statue faisait comprendre aux païens quelque chose de l'unilé de la puissance divine. Raul-Emile, aprè:»

Fig .^5 — P;irtli«non : Demétw at Core, frontou est

r ydna, sacrifie au Jupiter d'Olympie, comme il aurait sacrifié dU Capitole. iMuniraius, vainqueur de la ligue achéenne, con- ^4cra à l'extérieur du temple vingt et un boucliers dorés (146). Ce n'est pas la nature seule qui fournit à Phidias son mo- <';'le; mais, comme le dit Cicéron, dans son âme même résidait un certain type de beauté. C'est ce modèle intérieur qu'il contemplait; c'est sur lui qu'il dirigeait son art et sa main. Fliidias pouvait dire lui-même qu'il avait pensé à ce passage d'Homère : « Le fils de Krono? abaissa ses noirs sourcils; ■a chevelure s'agita sur sa tête immortelle, et le vaste 01ymp<

ÉCOLE ATTIQUË. - ALGAMéiNES; P/ïONIOS lit

trembla. » On racoutait aussi que, lorsque la statue fut achevée, Phidias, couteiuplant son œuvre avec une émotion profonde, se tint un instant debout devant la divinité qu'il avait pour ainsi dire évoquée, et supplia le dieu de lui faire eonaaitre par un signe de sa puissance s'il était content de ce que son artiste avait fait.

Quoique le temps fût serein, un éclair jaillit tout à coup par l'ouverture du toit, et la foudre tomba aux pieds mêmes de Phidias sans -ui faire du mal. Le dieu avait répondu. L'endroit où le pavé du temple avait été frappé fut marqué par une plaque de marbre noir sur laquelle on plaça une urne d'or*.

Phidias mourut quelques années plus tard (431), encore en exil, maii plus heu peux que Périclès ; car il ne vit pas les malheurs de p.^ r^^ son pays, lespremier échecs d'Athènes dans la guerre du Péloponèse, et cette terrible peste qui devait emporter, deux ans après, le gram". homme d'État dont il avait été l'ami.

Contemporains et disciples de Phidias. École attique. Agoracrite, Alcaménes, Paeonios. — Autour de Phidias se pressent un grand nombre d'arîistes, rlont plusieurs l'aidèrent dans ses travaux, et qui partout ailleurs seraient au premier rang, tels qu Agoracrite, auteur de la Némésis de Rhamnus; Colotès, Praxias, surtout ^/ca/;2C'nes. Alcaménes de Lemnos avait fait les statues colossa-

Jupitcr ,.iOUV« à Ot.-Irolti

1, Les chroniques du moyen âge contiennent plus d'une légende analogue, par exemple l'anecdote qu'on raconte du moine de Saint-Gall Tatilo (ix* %.\,

les de Pallas el d'Héraclès, la déesse du bon conseil et le dieu de la force, que Thrasybule avait dédiées dans le temple d'Héraclès à Thèbes, parce que c'était de Thèbes que Thrasybule était parti avec ses compagnons, pour délivrer Athènes de la tyrannie des Trente. Pausanias lui attribue le fronton occidental d'Olympie. On a contesté cette affirmation. En tous cas, quoique l'œuvre soit puissante el fasse penser à Eschyle, les inégalités et les incorrections de certaines parties ne permettent pas d'en attribuer au rival de Phidias l'exécution complète. Nous savons au contraire avec certitude, par l'inscription du piédestal, que Pxonios de Mendé* en Thrace était l'auteur de la Victoire colossale consacrée par les Messéniens de Naupacte, et dont l'exécution se place entre 425 et 420 av. J.-C. Cette statue se distingue par la puissance et la vie plus que par la noblesse. Quel que soit son mérite, elle ne peut faire oublier les Victoires en haut-relief du temple de la Victoire Aptère, où ap])araît dans toute son élégance « la tradition attique élargie par Phidias ». Ces œuvres, ainsi que les cariatides duPandroséion, qui sont restées les chefs-d'œuvre du genre, nous montrent que Phidias avait laissé des disciples immédiats d'autant plus dignes d'un tel maître, qu'ils s'inspiraient de ses exemples, sans l'imiter servilement.

École d'Argos. — Polycléte : le a Doryphore », la Junon d'Argos; le concours d'Éphèse. — Les qualités propres à l'école d'Argos trouvent alors leur plus haute expression dans Polycléte, qui est à cette école particulière ce que Phidias est à l'art grec tout entier. Quelques-uns le mettaient même au-dessus de Phidias et voyaient en lui le sculpteur le plus complet, celui qui à la science la plus

1. Le Lonvre possède deux l'-^r métopes d'Olympie; elles proviennent de l'expédition de Morée de 1828. Sans sortir du Péloponèse, nous rappellerons les sculptures du temple de Bassae (Musée Britannique). Comme l'ensemble des sculptures décoratives d'Olympie, elles sont loin des œuvres attiques, et on y remarque également, comme on l'a dit, x quelque rudesse provinciale ».

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