‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 75 sur 424 · LA GRAVURE EN MÉDAILLE · texte numérisé non relu

LA GRAVURE EN MÉDAILLE

pour un emploi pratique, comme la monnaie. Cependant ils n'ont pas hésité à s'adresser pour cela à des artistes du premier ordre. C'est ici que se montre un exemple remarquable de l'union intime qui existe quelquefois directement entre le beau et l'utile. On sait que ce qui constitue à proprement parler la monnaie, c'est la suppression de la nécessité de peser le lingot, par l'application sur les fragments de métal d'une empreinte connue qui, sous la garantie des pouvoirs publics, en constate le poids et la composition. Quels que soient les avantages de ce système, il facilite la fraude. Il faut empêcher le plys possible que cette empreinte ne soit imitée. Or, ce qu'oi imite le plus difficilement, c'est le génie, ou, à son défaut, le talent. On rit encore du consul Mummius qui, après le sac de Corinthe, remettant à des rouliers des chefs-d'œuvre d'Apelle ou de Polyclète, leur déclarait qu'ils en étaient personnellement responsables, et que s'ils en perdaient ou en laissaient détériorer quelques-uns en chemin, ils seraient condamnés aies refaire. On comprend donc toute l'utilité pratique d'avoir des monnaies d'un grand mérite artistique. C'est ainsi qu'aujourd'hui on s'adresse de même à des artistes de grand talent pour donner le dessin des billets de banque.

Nous remarquons cependant qu'eu général les monnaies ont un caractère archaïque prononcé, et que chez un même peuple les anciens types se maintiennent d'autant plus, surtout lorsqu'il s'agit des temps reculés, que ce peuple est plus commerçant et qu'il fait un plus grand usage de cet instrument universel des échanges. Cela tient à ce que la monnaie a surtout une valeur d'opinion, et qu'il y a intérêt à lui conserver un aspect bien connu à l'étranger, qui lui donne un cours plus assuré. C'est ainsi qu'on frappe encore, pour le commerce avec certaines peuplades, des florins à l'effigie de Marie-Thérèse d'Autriche. C'est ainsi que, malgré la dépréciation du papier-monnaie italien et quand les espèces françaises faisaient prime, elles n'en étaient pas moins refusées dans bien des villages, même du bassin du Pô.

Les monnaies athéniennes du temps de Périclès (fîg. 59) semblent d'une génération au moins antérieure à Phidias. Elles n'en sont pas moins fort belles. Si les Grecs ont eu des rivaux dans les autres arts, on peut affirmer que dans la gravure

des monnaies ils sont restés incomparables. Cela tient non seulement au génie de leurs artistes, mais à leurs procédés le fabrication. Ce n'était pas à l'aide d'une machine, c'était au marteau que les monnaies étaient frappées, et on sent dans la frappe même la main de l'ouvrier.

Apogée de l'art monétaire en Sicile. Kimon ; Évainètos. — C'est en Sicile que l'art monétaire arriva le plus tôt à son apogée. C'est là qu'il se débarrassa le plus prompteraent de toute trace d'archaïsme. Est-ce à dire qu'il avait pu s'y perfectionner plus tôt parce qu'il y aurait été plus anciennement pratiqué ? Au contraire ; c'est parce que la monnaie n'y avait été importée que par les colons grecs de la seconde période de colonisation, qu'il n'y eut pas les mêmes traditions et les mêmes habitudes commerciales à ménager. Sans doute les Phéniciens s'étaient établis fort anciennement en Sicile ; mais comme ils commerçaient avec des peuples barbares, qu'ils procédaient par échange, et qu'ils allaient justement chercher dans leurs lointains voyages des métaux précieux, ils n'avaient pas un intérêt immédiat à se servir de la monnaie, ni à en répandre l'usage. Aussi n'eurent-ils une monnaie qu'à l'imitation de celle des colonies grecques de l'île.

On peut affirmer que les plus belles monnaies du monde ont été frappées à Syracuse. Déjà, dans le courant du v^ siècle, Euménos et Sosion s'étaient placés au premier rang des graveurs de leur temps ; mais ils furent dépassés dès la fin du siècle j)ar Kimon et Evalnétos, qui travaillaient pour Denys l'Ancien. Dans aucun temps, dans aucun pays on n'a fait de monnaies plus belles que lespentecontalitrade Kimon et d'Évainétos. S'il fallait choisir entre ces deux noms, Évainétos devrait être mis au premier rang : c'est le plus grand des graveurs en médaille de tous les temps et de tous les pays. On peut distinguer chez lui deux manières. A ses débuts (fin du V* siècle), son style et scn faire participent de ceux d'Eu-

KIMON; EVAINETOS, THfiODOTOS

ménos; il a encore quelque raideur, quelque dureté. « C'est Raphaël dans sa première manière, encore sous l'influence du Pérugin. Peu à peu sa manière s'assouplit; il gagne de la douceur et de la liberté, mais en gardant toujours un accent de grandeur simple et de sévérité jusque dans la grâce, qui atteint au sublime. » (Lenormant.) Les médailleurs siciliens se rattachent à l'école dorienne. à la précision et à la science du modelé de Polyclète. Syracuse et les plus importantes des colonies de Sicile

Fig. 67.— Monnaie de Syracuse, gravée par Èvainétos.

étaient d'origine dorienne, et la lutte acharnée que Syracuse et ses alliées avaient soutenue contre Athènes au V* siècle s'était opposée à ce que l'art attique y répandît comme ailleurs son influence.

Les successeurs d'Évainétos. Théodotos de Glazomène. — Dans la génération suivante, on représenta souvent sur les monnaies des têtes de face, chose qu'ÉvainétoR et ses contemporains ne s'étaient permis qu'exceptionnellement. C'était une conséquence des progrès analogues de la peinture. C'est ce que l'on voit sur les œuvres de Théodotos de Clazomène (vers 353). Théodotos subit certainement l'influence de l'école de Scopas, qui justement sculptait non loin de là le Mausolée. Mal

gré l'd beauté de ces œuvres, les Grecs comprirent que c'était surtout le profil qui convenait à la gravure en monnaie. Là encore l'art et l'utilité pratique étaient d'accord. Car les têtes de face devaient présenter un plus haut reîief, ce qui amenait une usure et une perte par le frai

plus rapide et plus considérable ^

Apogée de la céramique : les vases à reliefs; le vase de Gumes^ — Un art qui pour la composition a plus d'un rapport avec la gravure en médaille , la céramique, qui recherche aussi la simplicité des formes et des sujets, comme la netteté de la ligne, arrive également alors à son apogée , et c'est le style attique qui tend à prédominer dans toute la Grèce « Alors, dit M. Collignon, les formes robustes font place aux formes juvéniles, les poses sont charmantes de simplicité et de naturel... Les artistes ne dédaignent pas d'orner de fort petits vases servant de jouet aux enfants, et ils les décorent de compositions dont les jeux de l'enfance forment les motifs. » Après une période de transition pour laquelle nous signalerons le vase de Brygos (la Dernière

. — Vase de Darius. (Naples.)

1. Les Grecs ont aussi fait d'admirables gravures au burin sur bronze comme «u le voit par les miroirs qui nous sont parvenus. X, Collignon, Archéologie grecque, p. 294 et suiv.

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