‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 112 sur 704 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

DR LA FÊTE ET DES SACRIFICES QUE l’oN FAISAIT AUX CALENDES DU DOUZIÈME MOIS APPELÉ tCOlleCO.

On appelait le douzième mois teotleco^, ce qui veut dire : le retour des dieux. Au quinzième jour du mois, on ornait les autels, nommés momoztli, avec des roseaux attachés de trois en trois. Le soin en était laissé aux jeunes hommes qui étaient élevés dans les maisons appelées lelpochcalli, mais ils ne devaient ces honneurs qu’aux temples des dieux L Cependant, ils ornaient également les statues des idoles particulières dans les maisons du peuple. On leur distribuait même pour cela du maïs dont on donnait un panier plein ou quatre épis dans chaque maison. La part était de deux ou trois épis seulement chez les plus pauvres. On appelait ce don cacalotl^ (comme qui dirait cadeau du jour

1. « Auprès de notre aïeule » ; de Toci, notre aïeule, joint au suftixe lian.

‘2. TeoUeco, que l’on devrait écrire en deux mots leoll eco, était la parole consacrée par laquelle un ministre désigné annonçait la venue du dieu Tezcallipoca qui se présentait le premier comme étant le plus jeune, lelpochlli. Eco, arriver, était usité dans les terres chaudes [Compendio del orle du P. Ignacio de Paredes).

d. L’édition de Bustamante porte : rams de las Dionas -, mais l’édition de Kingsborougli dit plus justement à mon avis ; casas de los Dioses.

4. On appelle ainsi une sorte de pincelte en bois servant à manger les grains de maïs torréfiés.

HISTOIRE DES CHOSES

de l’an). On le faisait pour qu’ils pussent le manger torréfié, avec cette particularité que seulement les meilleurs travailleurs et les plus diligents avaient le droit d’en faire usage. Lorsque pendant trois jours on avait ainsi orné de rameaux les idoles, arrivait le dieu appelé Telpochili et Tlamatzincatl. Il était le premier de retour, parce qu’en sa qualité de plus jeune il allait plus vite et faisait plus de chemin. Aussi les offrandes qui lui étaient destinées se faisaient-elles le troisième jour ; elles consistaient en graine de blette torréfiée et moulue, mêlée avec de l’eau et quelquefois avec du miel. On faisait avec cette pâte quatre boules que l’on mettait sur une assiette. Cette offrande, qui était la part de chacun, était apportée au temple et présentée devant l’idole du dieu. A la nuit, on commençait à boire du pulque. Les vieillards, hommes et femmes, disaient qu’ils célébraient ainsi le lavement des pieds du dieu Telpochlli qui venait d’arriver de voyage.

Le quatrième jour, on enlevait les rameaux des autels, et le cinquième jour, c’est-à-dire le dernier du mois,c’était la fête de teolleco, ou du retourdesdieux.Aminuit,on faisait avec unpeudefarinedemaïsun petit monticule bien serré, en forme de fromage, sur un petate. Cela avait pour objet de savoir quand arriveraient les dieux, parce que tout-à-coup apparaissait sur la farine la trace d’un petit pied, en signe de leur retour. Un satrape appelé Teoua' veillait en attendant cette preuve de l’arrivée des dieux. 11 allait et venait plusieurs fois par heure voir le petit monticule et, quand il y voyait le pas signalé, il s’écriait : « Sa Majesté est arrivée! » Les autres satrapes et les minis- *■ tres des idoles entendant cette voix se levaient prestement et se mettaient à donner de leurs cornets et de leurs conques marines, dans tous les temples, dans tous les quartiers et dans tous les lieux habités. C'est ainsi que tout le monde apprenait le retour des dieux et l’on se rendait de toutes parts aux temples pour présenter les offrandes aux nouveaux venus. C’étaient ces mêmes tamales de graine de blette fabriqués la veille. Quand on avait tout offert, on rentrait chez soi, personne ne restait au temple, et, à minuit, on buvait le pulque. Les vieillards, comme nous avons dit, prétendaient laver ainsi les pieds des dieux. Le lendemain arrivaient le dieu des marchands appelé Yacapitzauac ou Yacatecutli et un autre du nom de Ixcoçauhqui ou Xiuhtecutli, qui était le dieu du feu, pour lequel les trafiquants ont une grande dévotion. Ces deux-là arrivaient les derniers, à un jour de distance des précédents.

Quand tout cela était fini, on brûlait vifs plusieurs esclaves sur un grand autel appelé tecalco^ qui avait des marches sur ses quatre faces.

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