‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 111 sur 704 · Deamatl, papier, etcalli, maison, case · texte numérisé non relu

Deamatl, papier, etcalli, maison, case

2. Ou teooinaU, vase de terre, tasse profonde ; en espagnol tecomate.

endroit. Un grand nombre de vieux soldats étaient là attendant l’arrivée du fils de la déesse, jeune homme fort et robuste. Ils le plaçaient au milieu d’eux et ils se mettaient à courir à pas précipités; car ils devaient apporter à un cerro nommé Popolltemi, qui se trouvait aux frontières de leurs ennemis, la peau de la cuisse de la victime dont Cinleotl avait la tête coiffée et la figure couverte comme d’un masque. Un grand nombre de soldats et d’hommes de guerre les suivaient dans leur course précipitée. Quand ils arrivaient à l’endroit où l’on devait laisser la peau de la morte, qu’on appelait bien souvent l’en-

nemi venait à leur rencontre. On se battait et il y avait des morts. On déposait la peau Je la cuisse dans un donjon qui s’élevait sur la ligne frontière et l’on revenait sur ses pas, tandis que l’ennemi reprenait aussi son chemin de retour.

Lorsque tous ces jeux et toutes ces cérémonies étaient finis, on conduisait le représentant de la déesse Toci à l’édifice appelé Atempan^. Le roi s’y asseyait sur son trône, ayant sous lui une peau d’aigle avec toutes ses plumes, et une peau de tigre pour dossier. Là se trouvaient rangés tous les hommes de guerre, les capitaines et valeureuses gens en tête, les vieux soldats au centre, et les jeunes recrues derrière tous les autres. Ils défilaient dans cet ordre devant le roi, comme s’il avait été question d’une revue, en témoignant du plus grand respect. Le roi avait près de lui un grand amas de rondadles, d’épées, d’attributs guerriers en plumes, de mantas et de ceintures. Pendant le défilé il faisait donner à chacun de ces armes et de ces attributs: ce qu’il y avait de mieux et déplus riche, des mantas et des ceintures, aux principaux personnages. En recevant leurs parts ils s’empressaient de se mettre à l’écart pour s’en parer. Il donnait à ceux du centre ce qui avait le moins de valeur, el les restes étaient pour ceux qui occupaient les derniers rangs. Après que tous s’étaient couverts des armes qu’ils venaient de recevoir, ils passaient encore devant le roi, dans leur nouvel accoutrement, en faisant des démonstrations respectueuses au moment du passage.

Quand cela était fini, tous ces gens-là s’en allaient à la cour de la déesse Toci, où l’on célébrait un areyto. Il était bien entendu du reste que tous ceux qui venaient de recevoir des armes devaient mourir avec elles en combattant. Ce bal se faisait sans chanter et sans les mouvements ordinaires de danse. On marchait seulement, en levant et en abaissant les bras au son du tambour, en portant des fleurs à

1. C’est-à-dire face, enveloppe {xayacatl), de la morte (micqui). Les deux éditions portent ine.xayacaU.

'î. « Sur le bord de l’eau ; • de atentli, rive, uni à la postposition pan.

138 HISTOIRE DES CHOSES

la main. Tous les danseurs avaient Tair de fleurs vivantes et faisaient l’admiration des spectateurs. Les femmes qui y assistaient versaient fies pleurs en disant: « Nos fils, que voilà si brillamment parés, « seront à l’avenir obligés à marcher, si l’on proclame la guerre. '< Pensez-vous qu’ils en reviennent? Peut-être ne les reverrons-nous « jamais plus. » Et c’est ainsi qu’elles s’alarmaient les unes les autres et vivaient dans l’angoisse à propos de leurs enfants. Le représentant de la déesse Tod, ses dévots et les guérisseuses dansaient à part, derrière ceux qui faisaient Vareijto, dans lequel on chantait sur un ton très aigu, et qui commençait au milieu du jour. On faisait, le lendemain, le même divertissement auquel tout le monde assistait, car beaucoup de gens n’étaient pas allés à celui de la veille. A propos de la revue que l’on faisait ce jour-là, tous les grands personnages et les nobles se vêlaient richement et le roi se mettait à leur tête, couvert d’ornements précieux. L’or était sur eux si abondant qu’il éblouissait dans la cour sous les rayons du soleil.

Sur le tard, lorsque Vareyto était fini, les satrapes de la déesse Chicóme coati sortaient revêtus des peaux des captifs qu’ils avaient tués la veille; on les appelait tototectin. Ils montaient au haut d’un petit temple nommé le plateau deUüzilopochtli, et de là ils lançaient du maïs de toutes couleurs, blanc, jaune, rouge et brun, et des graines de calebasse sur les gens qui étaient en bas. Tous se pressaient pour s’en saisir et, à ce propos, on voyait se malmener à coups de poing les jeunes filles qui étaient au service de la déesse Chicóme coati et qu’on appelait ciuatlamacazque . Chacune d’elles portait sur son dos sept épis de maïs rayés d'ulli fondu, enveloppés de papier blanc et enfermés dans une belle manta. Elles portaient aux jambes et aux bras des plumes appliquées au moyen d’une matière adhésive, et elles étaient fardées avec de la marcassile. Elles chantaient avec les satrapes de la déesse Chicóme coati, qui guidaient le chant. Après cela les satrapes s’en retournaient à leur sacristie. Bientôt, un d’eux descendait du haut du temple de Uilzilopochtli, portant à la main un panier en bois plein de craie blanche moulue et de plumes blanches ressemblant à du coton. Il le déposait en bas en un endroit appelé Coaxalpan'-, espace situé vers le bas de l’escalier, auquel on arrivait par cinq ou six marches à partir de la cour. Aussitôt qu’on le voyait déposer là son panier, un grand nombre de soldats qui attendaient ce moment prenaient aussitôt la course, à qui arriverait le premier, pour prendre ce qu’il contenait. C’est là qu’on voyait quels étaient les meilleurs coureurs et les plus alertes. Ils tombaient sur le panier

1. De coati, serpent, et xalli, sable, avec la postposition pan.

et ils prenaient à mains pleines tout ce qu’il y avait de craie et de plumes. Quand ils avaient tout pris, ils s’en retournaient au point de départ en courant. Celui qui était revêtu de la peau de la femme morte et qui était le représentant de ta déesse Toci assistait à ce pillage de plumes et de craie. Quand les pillards en avaient fini, il se mettait à courir après eux comme pour les poursuivre, tandis que tout le monde l’accompagnait avec des cris, et lorsqu’il passait comme en fuyant à travers les assistants, ceux-ci lui crachaient dessus et lui lançaient tout ce qu’ils avaient à la main Le roi lui-même se mêlait à cette débâcle un p|tit instant et il entrait dans son palais en courant. Tout le monde en Taisait autant et, de cette manière, tous abandonnaient le représentant de la déesse Toci, à l’exception de quelques-uns qui se réunissaient à des satrapes pour le conduire à l’endroit appelé Tocitillun\ où il devait se dépouiller de la peau et la laisser pendue à un donjon qui s’y trouvait. On la tendait très bien, les bras ouverts et la tête relevée, bien en vue du chemin. C’est ainsi que s’achevaient la fête et les cérémonies d’ochpmiiztli.Tei est le récit de cette fête.

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