DE LA FÊTE ET DES SACRIFICES QUI SE FAISAIENT AUX CALENDES
DU TREIZIÈME MOIS APPELÉ tepeÜhuitl. :
Le treizième mois s’appelait tepeilhuill. A propos de la fête qu’on y faisait, on couvrait avec une pâte de blettes des hâtons auxquels
l’aulel sur lequel s’accomplissait le sacrifice portait sans doute le même nom teccalco, qui paraît surtout désigner le tribunal civil (Voy. livre VIII, chap. xv et xxv). Il vaudrait peutêtre mieux lire ici ; llccalco, la maison [caili] du feu [lletl), avec la posposition co, sur.
1. Impersonnel signifiant -, on lève (juica) les mains (maill).
on avait donné une l’orme de serpent, ün figurait aussi, en pâte de blettes, des montagnes reposant sur des morceaux de bois appelés eecatontin, qui avaient la forme de fillettes. On étendait, par devant, de petites masses de blettes rondelettes et allongées, comme formant bordure, qu’on appelait yomio'-. Ces images étaient élevées en l'honneur des hautes montagnes au sommet desquelles se forment les nuages, et en mémoire de ceux qui étaient morts noyés ou frappés de la foudre, ainsi que des personnes dont les corps avaient été enterrés au lieu d’être brûlés. Ces simulacres de montagne reposaient sur des rouleaux de foin attachés avec des cordes de chiendent et repliés sur eux-mêmes en spirales, qu’on gardait d’une année à l’autre. La veille de la fêle, on apportait ces rouleaux à la rivière ou à la fontaine pour les y laver et, pendant le trajet, on les accompagnait au son des conques marines ou des siftlets aigus sortis d’instruments en terre cuite. Ces lavages se pratiquaient au moyen de feuillages de cannes vertes dans des oratoires situés au bord de l’eau, en des points appelés ayauhcalli. Quelques personnes se livraient à cette pratique dans de l’eau qui coulait près de leurs maisons. Celle opération étant terminée, on apportait les rouleaux aux maisons, avec la même musique, et l’on s’occupait à bâtir sur eux les images des montagnes, ainsi que c’est dit plus haut. Cela se faisait quelquefois de nuit, avant le lever du jour. La tête qui terminait cet emblème était à deux faces, représentant, d’une part, la figure humaine et, d’autre part, un serpent. Celle-là était couverte d’ulli fondu et portait sur les deux joues des petites tortillas faites de pâte de bielles jaunes, avec du papier appelé Leleuitl mis par-dessus. Une couronne, surmontée de panaches, s’élevait sur cette tête, ün dressait également les emblèmes des morts sur ces rouleaux de foin. Les uns et les autres étaient apportés, au point du jour, à leurs oratoij’es et placés sur des lits faits avec des joncs ou des]soucbets. Aussitôt qu’ils y étaient déposés, on leur faisait l’offrande des choses à manger : tamales, mazamorra, friture faite avec de la poule ou du chien, et ensuite, on les encensait avec de l’encens mis dans une main en terre cuite, formant cuiller, toute pleine de braise. On appelait celte cérémonie calonoac^. Les gens riches chantaient et buvaient du pulque en l’honneur de ces dieux, et en mémoire de leurs défunts. Les pauvres se limitaient à l’offrande des choses à manger que nous venons de dire.
On tuait quelques femmes dans cette fête en l’honneur des dieux
1. C’est-à-dire son os; de omioU, en composition ; nomio (pour no-omio), mon os, Un os dema personne; etc.
2. Impersonnel signifiant : on reste dans les maisons; de calU, maison, et onoc, demeurer^ Voy. la note 3 de la page %.
des montagnes. L’une d’elles s’appelait Tepexoch elles autres successivement Matlalcue ^ Xochitecatl et Mayauel'. Cette dernière était l’idole des magueys. En tête de ces lemmes, il y avait un homme auquel on donnait le nom de Mihiauatl. 11 était la représentation vivante des serpents. Tous portaient des couronnes de papier tacheté à'ulli fondu. Milnauatl, le représentant des couleuvres, était orné de la môme façon. Ces femmes et cet homme étaient conduits comme en procession dans des litières portées sur les épaules. Cette promenade était appelée, pour ce motif, la promenade des litières. Tout le monde chantait pour accompagner le chant des porteurs. Ces femmes étaient très bien arrangées, avec leurs jupons et leurs péplums ornés de broderies, et leurs figures fardées. Lorsque l’heure du sacrifice était venue, on mettait sur des litières les femmes et l’homme qui devaient mourir et on les montait au sommet du temple. Aussitôt qu’ils y étaient arrivés, on les faisait sortir des litières, on les couchait l’un après l’autre sur le billot de pierre, on leur ouvrait la poitrine avec l’instrument d’obsidienne et on leur arrachait les cœurs (jui étaient offerts au dieu Tlaluc. Les corps étaient ensuite descendus à la traîne par les marches du temple, lentement, toujours tenus à la main. Quand ils étaient parvenus en bas, on les portail à l’endroit destiné à recevoir les têtes. Là, on les leur coupait et on les fixait à des perches dont la pointe s’enfoncait dans les tempes. Les corps étaient apportés aux quartiers dont ils provenaient et, le jour suivant, qui était appelé texhiilo^, on les mettait en morceaux et on les mangeait. Les images des montagnes étaient en môme temps mises en pièces dans toutes les maisons où l’on en avait fabriqué. Les fragments, d’abord placés sur les terrasses®, pour s’y sécher au soleil, étaient ensuite mangés journellement. On couvrait les rondelles de foin, qui en avaient formé la base, avec les papiers dont ces images des montagnes avaient été ornées, et chaque propriétaire les pendait aux poutres de l’oratoire de sa maison. Ils y restaient une année entière, jusqu’à l’époque d’une autre fête et, alors, on les apportait aux oratoires appelés ayauhcalli. On y laissait le papier, tandis que lei rouleaux étaient de nouveau rapportés au domicile, pour en faire offrande aux idoles.
C’est ici que finit le récit du mois et de la fête appelés tepeÀlhuill.
L Ou Mallalicue. Bustamante porte Mallalhuac, et Kingsborough, Mallalquae.