Dans la maison {calli) de fleurs [xochill
5. « Près des bois » de quauül, arbre, bois, uni à la postposition nauac, auprès; i Cuernavaca, dans l’État de Mexico.
furent généralement habiles dans les arts mécaniques que l’énergie inspire; car, parmi eux, la force était la plus estimée de toutes les vertus et c’est par elle qu’ils s’élevaient au sublime de la valeur. Ils y puisaient l’habitude de grands exercices, ainsi qu’il apparaîtra dans plusieurs passages de cet écrit. En fait de religion et de culte de leurs dieux, je crois qu’il n’y a jamais eu dans le monde d’idolâtres plus portés à révérer leurs divinités que ne l’ont été les Indiens de la Nouvelle-Espagne, au prix de tant de sacrifices. Ni les Juifs ni aucun autre peuple ne se sont soumis au joug d’autant de cérémonies que les indigènes de ces pays dans le long cours d’un grand nombre d’années, ainsi qu’on le verra dans cet ouvrage.
Pour ce qui est de l’origine de ces Indiens, les vieillards prétendent qu’ils vinrent du Nord. La vérité est qu’il arriva quelques vaisseaux. On ignore qu’elle en était la forme ; on sait seulement, par la tradition qui existe chez les indigènes, que les premiers de leur race sortirent de sept cavernes et que celles-ci sont précisément ces navires ou galères sur lesquels arrivèrent les premiers hommes qui ont peuplé celte terre, ainsi qu’il ressort de la vraisemblance de certaines conjectures. Ces hommes vinrent d’abord de la direction de la Floride, en côtoyant le rivage jusqu’à venir débarquer au port de Panuco, appelé par eux Panco, ‘ ce qui veut dire: lieu où abordèrent les gens qui avaient passé l’eau. Ils venaient à la recherche du Paradis Terrestre; ils se faisaient appeler Tamoanchan^, ce qui veut dire : Nous cherchons notre demeure, et ils s’établissaient tout près des plus hautes montagnes qu’ils rencontraient. Certes, ils n’étaient pas précisément dans l’erreur, lorsqu’ils marchaient à la recherche du Paradis Terrestre dans la direction du Sud, parce qu’il est de croyance entre les sages que ce paradis se trouve sous la ligne équinoxiale. Ils ne s’abusaient pas davantage en le plaçant sur une très haute montagne, puisque les auteurs ont dit que le Paradis Terrestre, qui n’est autre chose qu’une montagne élevant son sommet presque jusqu’à la lune, se trouve situé sous l’équateur. II paraît qu’eux ou leurs aïeux reçurent à ce sujet de Dieu, du démon ou de la tradition, des prophéties qui vinrent de génération en génération jusqu’à leur époque. Ils allaient donc à la recherche de ce que l’homme ne peut rencontrer par lui-même; mais il était dans les desseins de Notre Seigneur Dieu que ce pays désert se peuplât et que quelques-uns de ses habitants arri-
1. De pano, traverser, passer un cours d’eau à pied, à la nage ou dans un bateau.
2. Ce mot serait , d’après Sahagun, une altération ou un équivalent de l’expression : lictemoa (ochan, nous cherchons notre demeure. Dans tous les cas, le terme est resté pour désigner une localité septentrionale dont on ignore le véritable emplacement, et d’où seraient venus les anciens Mexicains. Voy. le prologue du livre VIII.
vassenl plus lard à peupler le Paradis Céleste, ainsi que nous le voyons actuellement par expérience.
Mais je ne sais pourquoi je m’arrête à ces suppositions. Ce qui est certain, c’est que ces indigènes sont nos frères, issus de la souche d’Adam comme nous-mêmes; ils sont notre prochain que nous devons aimer comme nos personnes quidquid sü. Ce qui nous fait supposer ce qu’ils furent dans les temps passés, c’est l’habileté qu’ils montrent aujourd’hui dans la pratique des arts mécaniques. Ils ont aussi une grande aptitude pour apprendre les arts libéraux et la sainte théologie, ainsi que l’expérience l’a démontré chez ceux qui ont été instruits dans ces connaissances. On sait aussi ce qu’ils sont dans les choses de la guerre; car nous avons pu voir, en faisant la conquête de ce pays et dans d’autres guerres qui lui sont postérieures, à quel point ils supportent la faim, la soif, le froid et les veilles, et avec quelles agilité et résolution ils se jettent tête baissée dans n’importe quelle entreprise périlleuse. Ils n’auraient pas moins d’aptitude pour les pratiques de notre christianisme, s’ils y fussent élevés convenablement. Il paraît hors de doute qu’en ce temps-ci et dans ce pays Notre Seigneur Dieu destine ces Indiens à dédommager l’Église de ce que le démon lui a dérobé en Angleterre, en Allemagne, en France, en Asie et en Palestine. Nous en devons rendre grâce à Notre Seigneur et travailler avec foi dans sa Nouvelle-Espagne.