‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 164 sur 704 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE l’origine des DIEUX.

11 n’y a point de récit clair et véridique sur l’origine des dieux. On ne sait même rien à son sujet. Ce qu’on dit seulement, c’est qu’il existe un endroit appelé Teoimacan *, dans lequel, de temps immémorial, tous les dieux se réunirent et se demandèrent : « Qui doit gouverner et diriger le monde? Qui sera le soleil? » (11 est question de ce point dans un autre passage de ce livre.) Aussitôt que le soleil naquit et parut, tous les dieux moururent et pas un d’eux ne survécut, ainsi qu’on le verra plus loin, livre VIT, chapitre ii.

§ 1. — Delà naissance de (Jitzüopochili.

Voici ce que les vieillards indigènes savaient et nous ont dit de la naissance et du commencement du diable appelé Uitzilopochtli, auquel les Mexicains rendaient de grands honneurs et qu’ils entouraient d’une extrême vénération. Il existe une sierra nommée Coatepec^, près de la ville de Tulla; là vivait une femme du nom de Coatlicue, mère d’un certain nombre d’indiens appelés Centzonuitznaua , qui avaient une sœur nommée Coyolxauhqui Cette femme Coatlicue

1. « Lieu où arrivent les dieux »; de teotl, dieu, et iua, arriver, envoyer, avec le suffixe cnn. Ville située au N. de Mexico.

2. De coall, serpent, et tepetl, montagne, avec le suffixe c.

:i. C’est-à-dire grande femme parée à la mode antique.

HISTOIRE DES CHOSES

balayait cliaque jour sur la sierra de Coaiepec, pour faire pénitence. Il arriva un jour que, tandis qu’elle balayait, une petite boule de plumes, semblable à une pelote de fil, tomba sur elle. L’ayant prise, elle la plaça sur son sein, près du ventre, au-dessous de ses jupons. Après avoir fini de balayer, elle voulut la reprendre et ne la trouva plus. Or, on prétend qu’elle on devint enceinte. Les susdits Indiens Ccalzonuilznaua, voyant leur mère grosse, se fâchèrent furieusement et demandèrent : « Qui donc l’a rendue enceinte? Qui nous a couverts de honte et d’infamie? » De son côté, la sœur Coyolxaiihqui leur disait : « Frères, tuons noire mère, parce qu’elle nous a deshonorés en se rendant enceinte à notre insu. »

En apprenant ces choses, Coallicue en eut un grand chagrin et s’effraya; mais l’enfant qu’elle avait dans son sein lui parlait et la consolait en disant : « N’aie point peur; je sais ce que j’ai à faire. » Ayant entendu ces paroles, Coallicue sentit son cœur se calmer et elle en ]ierdit son chagrin. D’autre part, comme les Indiens Cenlzonuitzmtna s’étaient confirmés dans le dessein de tuer leur mère, pour le déshonneur et l’infamie qu’elle leur avait intligés, ils continuaient à vivre très animés contre elle, de môme que leur sœur Coyolxanhqui , laquelle les harcelait sans cesse, pour qu’ils donnassent la mort à leur mère. Lesdits Indiens donc s’étaient armés et ils se préparaient à combattre, en arrangeant leurs cheveux en torsades et en les attachant â la manière des vaillants guerriers. Mais l’un deux, appelé Quauitlicac, (jui jouait le rôle de traître, allait rapporter aussitôt tout ce que disaient les Indiens Centzonuitznaua , à Uilzilopochtli qui était encore dans le ventre de sa mère et qui répondait : « Oh! mon oncle, regarde bien ce qu’ils font, écoute ce qu’ils disent, parce que je sais bien ce ijue je dois faire. » Toujours est-il, qu’après avoir pris la résolulion de tuer Coallicue, les Indiens CenlzoJiuüznaua partirent pour aller à l’endroit où se trouvait leur mère. A leur tète marchait leur sœur Coyolxanhqui. Ils étaient armés de toutes armes et ornés de papiers, de grelots et de dards, comme il convenait.

Quauitlicac monta à la sierra pour dire à Uitzilopochlli que les Indiens Cenizo nuüznaua venaient dans le dessein de le tuer. Uilzilopochtli lui dit : « Regarde bien où ils sont en ce moment. » Quauitlicac répondit qu’ils arrivaient à l’endroit appelé TzornpantitlanC Uitzilopochlli demanda alors : « Où sont-ils arrivés maintenant? » et Quauillicac lui dit qu’ils arrivaient à Coaxalco^. Et Uilzilopochtli demanda encore : « Où sont-ils arrivés? » Et la réponse fut qu’ils arri-

1. De tzompantli, pieu patibulaire, et lian, auprès, suffixe de noms de lieu.

2. De coati, serpent, et xalli, sable, avec co, dans, suffixe de noms de lieu.

valent à l’instant à Pellac. Et Uilzilopochlli demanda de nouveau à QnauilUcac ; « Et actuellement où sont-ils? » Il répondit qu’ils étaient arrivés au milieu de la sierra. Et de nouveau UUzilopocluU demanda : « Où sont-ils déjà? » Et la réponse fut qu’ils étaient très près de lui et que devant eux marchait la susdite Cotjolxauhqui. Mais voilà qu’au moment où les Indiens Ceiitzonuitznaua arrivaient, Uitzilopochtli naquit, portant une rondadle bleue, appelée teneuch, avec un dard de môme couleur; sa figure était peinte et sa tête surmontée d’un ornement en plumes qui s’y trouvait collé; sa jambe gauche était frêle et couverte déplumés; ses cuisses et les bras étaient également peints en bleu. UilzilopochtU ordonna à un nommé Tochancalqui^ de mettre le feu à un serpent fabriqué en bois de pin, appelé xiuhcoatl. Celui-ci l’alluma et ce fut avec cela que Coijolxauhqui fut blessée et mourut, mise en pièces. Sa tête resta sur cette sierra de Coatepec. Uitzilopochllise leva alors, prit les armes et se mit à la poursuite des CentzonuUznaua, qu’il chassa de la sierra jusqu’en bas, en combattant toujours et faisant quatre fois le tour de la montagne. Us ne purent ni se défendre, ni rien faire contre lui. Aussi furent-ils complètement vaincus et plusieurs d’entre eux en moururent. Ils eurent beau prier et supplier Uitzilopochtli à.a ne plus les poursuivre et de cesser le combat; celui-ci ne voulut plus rien entendre, ni permettre qu’aucun d’eux restât en ce lieu. Il les tua donc presque tous. Un petit nombre seulement échappa, prit la fuite et se rendit en un point appelé ^ Il

s’empara de beaucoup de dépouilles et prit leurs armes qui portaient le nom d’anecuhiotl.

Uitzilopochtli s’appelait aussi TetzauitU, parce qu’on disait que Coatlicue était devenue enceinte d’une pelote de plumes, et qu’on ne savait pas quel était son père. Les Mexicains l’ont tenu en grand respect, l’ont honoré de différentes manières, l’ayant pour dieu de la guerre, parce qu’il les favorisait grandement dans le combat. Les cérémonies que les Mexicains faisaient en l’honneur de Uitzilopochtli furent copiées de celles dont l’usage avait prévalu dans la sierra même de Coatepec.

S 2- — Comme quoi les Mexicains honoraient Uitzilopochtli comme dieu.

On dit aussi que, à propos de la solennité de la fête appelée pan quetzalizlli, qui se célébrait en son honneur, les Mexicains prenaient

1. C est-à-dire habitant [calqui) de notre maison [ctianlli, en composition : nochan¡ ma maison; mochan, ta maison; etc.).

2. Vers le Sud ou le Sud; de uilzlli, pointe, épine, et la postposition lian ou llampa.

.5. Chose épouvantable, scandaleuse; de lelzauia, effrayer, étonner, scandaliser.

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de la graine' de bielles el la nelloyaienl très bien, ôlanl les pailles el les graines ôlrangères appelées et tezcauavhlli \ On la monlail finement el, quand la farine était devenue très déliée, on en faisait une masse qui servait à fabriquer le corps de Uilzilopochlli. Le lendemain, un homme qui prenait le nom de Quetzalcoatl lançait au corps de Uitzilopochtli un dard muni d’une pointe en pierre, dont il lui traversait le cœur, en présence du roi ou seigneur et d’un familier dudit Uitzilopochtli, qui s’appelait Teohua. Se trouvaient aussi présents quatre grands-prêtres et quatre des principaux directeurs qui avaient mission d’élever la jeunesse, dont le collège s’appelait telpochtlatoque'^. C’était donc en leur présence que l’on tuait le corps de Uitzilopochtli et, aussitôt après, on le mettait en morceaux d’autant plus aisément qu’il était fait de graines de blettes ; le cœur en était séparé pour être offert au seigneur ou roi, et tout le corps et les morceaux qui en résultaient, assimilés à la propre substance du dieu, étaient répartis, par portions égales, entre les natifs de Mexico et ceux de Tlatelolco. Ceux de Mexico qui étaient ministres de Uitzilopochtli et s’appelaient calpules, en prenaient quatre morceaux; ceux du Tlatelolco en prenaient autant pour les ministres qui portaient le même nom. C’était ainsi que les pièces du corps de Uitzilopochtli étaient réparties entre les Indiens des deux quartiers et les ministres des idoles appelés calpules, lesquels mangeaient le corps de Uitzilopochtli chaque année : selon la coutume qui s’était établie parmi eux, chacun mangeait un morceau du corps de ce dieu. Ceux qui faisaient cette communion étaient jeunes et disaient que c’était le corps de dieu qui s’appelait Teoqualo^,ci ceux qui recevaient et mangeaient le corps de Uitzilopochtli s’appelaient ministres du dieu.

^3. — De la pénitence à Inq^ielle s'obligeaient ceux qui recevaient le corps

(le Uitzilopochtli.

Les jeunes hommes qui recevaient le corps de Uitzilopochtli s’obligeaient à être au service de ce dieu une année entière. Ils allumaient et dépensaient chaque nuit une grande quantité de bûches et torches, au nombre de plus de deux mille, qui leur coûtaient dix grandes manias appelées quachlti : ce qui était pour eux une grande charge et un grand dérangement. Chacun était obligé de payer une grande manta et cinq petites appelées tequachtli, un panier de maïs et cent épis du même. Ceux qui ne pouvaient payer et trouvaient ce tribut trop

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