‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 174 sur 704 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

d’une autre tromperie du même nécromancien, au moyen de laquelle IL TUA un plus grand NOMBRE DE TOLTÈQUES.

Ce même nécromancien eut recours encore à une autre supercherie. Il s’assit au milieu de la place du tianquiztli, disant s’appeler Tlacauepan , autrement dit Cuexcotzin. Il portait sur la paume de la main un tout petit enfant, qu’on disait être Uilzilopochtli et qu’il faisait danser. A cet aspect, les Toltèques se levèrent pour mieux voir; ils se pressaient les uns les autres, et plusieurs moururent étouffés ou malmenés à coups de pied. Ce fut à plusieurs reprises que les Toltèques se donnèrent ainsi la mort en se pressant. Ledit nécromancien leur demanda alors : « Qu’est-ce donc? Quelle ruse est-ce là? Ne le voyez-vous pas? Cet homme qui fait danser le petit enfant est un trompeur; tuez-le à coups de pierre. » Ils obéirent et tuèrent, en effet, à coups de pierre le nécromancien et le petit enfant. Après qu’ils l’eurent tué, le corps du nécromancien commença à sentir mauvais et les émanations corrompaient l’air et apportaient aux Toltèques une mauvaise odeurdontplusieurs mouraient, et le nécromancien dit alors aux Toltèques : « Jetez loin d’ici ce cadavre, parce que plusieurs d’entre vous périssent de l’odeur qu’il exhale. » Les Toltèques, se préparant à obéir, attachèrent le corps puant avec des cordes pour l’emmener bien loin. Mais ils eurent beau se figurer que ce serait un travail facile; le corps pesait tellement, qu’il leur devint impossible de l’emporter hors de Tullan, et alors, un crieur se mit à appeler en disant ; « O Toltèques ! venez tous ; apportez vos cordes pour attacher ce mort et l’emmener hors de la ville.» S’étant réunis, ils attachèrent le cadavre et commencèrent à l’emmener en le traînant, et ils se disaient : « Allons, courage ! traînons ce mort. » Mais il pesait tant qu’il devenait impossible de le mouvoir. Les cordes se rompaient et alors ceux qui les tenaient tombaient et mouraient subitement, en se massant les uns sur les autres. Quand on vit qu’il n’était pas possible de traîner le mort, le nécromancien dit aux Toltèques : « Toltèques, ce mort veut un couplet de chanson. » Et il le chanta, et puis il ajouta :« Traînez maintenant le nécromancien Tlacauepan. » Ce fut en chantant le couplet qu’ils recommencèrent à tirer sur le mort, en ajoutant des cris désordonnés à la chanson. Mais de temps en temps une corde se rompait, devenant ainsi une cause de mort pour ceux qui la tenaient ; mouraient aussi ceux qui, en se poussant , tombaient les uns sur les autres. Ce fut de cette manière qu’ils conduisirent le cadavre jusqu’à

HISTOIRE DES CHOSES

la montagne, et ceux qui en revinrent n’eurent pas conscience de ce qui était arrivé, parce qu’ils étaient comme en état d’ivresse.

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