‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 186 sur 704 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE LA MANIÈRE DE VIVRE ET DES EXERCICES DE CEUX QUI ÉTAIENT ÉLEVÉS DANS LE telpochcalH.

Lorsque l’enfant était entré dans la maison du telpochcalH, on lui donnait la charge de balayer et de nettoyer la maison, allumer le feu et accomplir les pénitences auxquelles il s’était voué. On avait la coutume que tous les adolescents, au coucher du soleil, fussent danser à la maison appelée cuicacalco; l’enfant allait y danser avec eux. Quand il arrivait à quinze ans, les adolescents plus grands l’emmenaient avec eux au bois chercher les bûches nécessaires au telpochcalli et au cuicacalco. On le chargeait d’un ou de deux gros morceaux de bois, pour s’assurer s'il serait déjà propre à résister aux fatigues du combat. Si on reconnaissait en lui cette aptitude, on l’emmenait à la guerre en l’obligeant à porter les rondaches sur ses épaules. S’il arrivait à se montrer bien élevé et à exceller dans les bonnes manières ainsi que dans les exercices auxquels il était obligé, on le choisissait pour maître des adolescents en lui donnant le titre de tiachcauhh S’il était courageux et habile, on l’élisait pour conduire tous les adülcscenls et pour les châtier ; il s’appelait alors telpochtlato . S’il était valeureux et s’il avait fait quatre captifs à la guerre, on le nommait tlacatecatl, tlacochcalcatl ou quauhtlalo^, qui étaient chargés de l’administration du lieu. On l’élisait aussi achcauhtli: c’était alors

1. chef, principal. Ce mot a la même racine que achcauhlh qui est quatre lignes plus loin, de achto, premier.

2. « Qui soumet les gens [llacall], arrange les flèches [tiacochiU) ou commande. «

ce que sont aujourd’hui nos alguazils; il portait le gros bâton de justice et il était chargé d’arrêter les délinquants pour les mener en prison. C’est ainsi que montaient en grade les jeunes gens élevés de la sorte. Ils étaient, du reste, très nombreux dans ces établissements, parce que chaque paroisse avait dix ou quinze telpochcalli. La vie qu’ils menaient était fort dure. Ils ne dormaient pas ensemble, mais bien séparément. Dans chaque maison des telpochcalli, on punissait ceux qui n’allaient pas coucher dans l’établissement, bien qu’ils mangeassent dans leurs propres maisons. Ils allaient travailler tous ensemble partout où ils avaient de l’occupation, soit pour faire des briques ou des édifices, soit pour labourer, creuser des fossés ou faire des canaux. Pour tout cela, ils allaient ensemble ou se répartissaieut par groupes , ou se rendaient en commun au bois pour y charger sur leurs épaules les bûches nécessaires au cuicacalco et au telpochcalli. Quand ils avaient une occupation pénible, ils la cessaient un peu avant le coucher du soleil. Ils allaient alors chez eux pour se baigner et se teindre tout le corps, à l’exception de la figure. Ils se paraient ensuite de leurs mantas et de leurs colliers. Les hommes braves s’ornaient de colliers d’or et d’autres faits avec des escargots de mer appelés chipolii. Au lieu de se peigner, ils faisaient hérisser leurs cheveux, pour se donner un aspect féroce. Ils se traçaient sur le visage des raies avec une teinture mêlée de marcassite. Ils se mettaient aux trous des oreilles des turquoises appelées xiuhnacochtli' . Ils paraient leurs têtes de plumes blanches en forme de panaches, et ils se couvraient de mantas de maguey nommées chalcaayatP, lesquelles étaient lissues de fils tordus de maguey peu rapprochés, de manière à former comme un filet, sur lequel on attachait, de distance en distance, de petits escargots de mer. Les hauts personnages faisaient usage de mantas semblables, mais les escargots étaient en or. Les guerriers valeureux, qui s’appelaient quaquachictin, s’attachaient aux mains de grosses pelotes de coton. Les garçons du calpulli ava.ient la coutume d'allumer les feux tous les jours, au coucher du soleil, dans la maison de cuicacalco et ils dansaient tous ensemble jusques après minuit, ayant le corps presque nu, car ils ne se couvraient que de la manta chalcaayatl. Après le bal, tous s’en allaient coucher, chacun dans son quartier, aux maisons des telpochcalli. Ils y rentraient ainsi chaque nuit, et ceux qui vivaient en concubinage s’en allaient dormir avec leurs amies.

1. De xiuill, turquoise, et nacochlii, pendant, boucle d'oreille.

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