‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 185 sur 704 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

COMMENT LES GENS DE BASSE EXTRACTION CONFIAIENT LEURS FILS A LA MAISON QU’ON APPELLE telpOCllCalli, ET DES HABITUDES QU’ON LEUR INSPIRAIT.

Lorsqu’il naissait un enfant, ses père et mère le vouaient et l’offraient à la maison des idoles, appelée calmecac, pour qu’il en devînt l’un des ministres, à l’âge requis. En l’offrant, leur intention était qu’il y fût élevé avec les autres garçons pour le service du pays et pour les choses de la guerre. Mais avant de le porter au telpochcalli, les parents préparaient un bon repas et y invitaient les maîtres qui étaient chargés d’élever les enfants et de les instruire dans les coutumes qui étaient pratiquées dans cette maison. Après le banquet, les parents de l’enfant adressaient aux maîtres l’allocution suivante : « C’est Notre Seigneur, créateur du ciel et de la terre, qui vous a con- « duits ici pour vous faire savoir qu’il lui a plu de nous gratifier « d’un fils, qui nous est né et qui est notre joyau précieux ou notre « plume riche. Pept-être aura-t-il la chance de vivre et de croître ; il « est garçon et il ne convient point que nous le dressions à un métier « de femme en le conservant dans notre demeure. Aussi vous le don- « nons-nous pour votre fils ; car vous avez la charge d’élever les ado- « lescents et de leur montrer les pratiques propres à en faire des « hommes valeureux, sachant servir dans les combats les inlérêts « des dieux Tlaltecutli et Tonatiuh^, qui sont la terre et le soleil. C’est « pour cela que nous offrons notre enfant au Seigneur Dieu tout- « puissant Yaotl, autrement dit Titlacauan ou Tezcatlipoca. Peut-êire « grandira-t-il et vivra-t-il dans la grâce de Dieu en entrant dans la « maison de la pénitence et des pleurs, qui s’appelle telpochcalli.

1. Pluriel^de tzinl?on¡ petit oiseau qui voltige de fleur en fleur.

Tlaltecutli vient de tlalli, terre, et teculli, seigneur; — Tonaliuh signifle soleil.

« Nous vous le livrons dès aujourd’hui, pour qu’il reste dans cette « maison où s’élèvent et d’où sortent les hommes de valeur; car « c’est là qu’on arrive à mériter les trésors de Dieu, au moyen de la « pénitence, en demandant miséricorde et la faveur de gagner des « victoires, pour pouvoir devenir homme marquant et doué des qua- « lités nécessaires au gouvernement du bas peuple. Quant à nous,

« parents indignes, pourrions-nous par nos simples pleurs et péni- « tences obtenir que cet enfant s’élève et vive? Non, certainement;

« car nous sommes sans mérite, vieux et caducs. C’est pourquoi nous « vous supplions humblement de le recevoir et prendre pour fils, « afin qu’il entre et vive dans ce telpochcalli avec les enfants d’autres « personnages, qui y sont élevés. »

Les maîtres des enfants et des adolescents répondaient comme il suit : •« Nous nous tenons pour honorés des paroles que vous nous « avez fait entendre. Ce n’est pas à nous que vous adressez cette allo- « cution et cette demande, mais au Seigneur Dieu Yaotl, dont nous « représentons la personne. C’est à lui que vous portez et que vous « offrez votre fils, votre pierre précieuse et votre plume riche, et c’est « nous qui le recevons en son nom. Lui seul sait ce qu’il lui plaira « d’en faire. Quant à nous, serfs indignes et caducs, nous attendons, « avec une espérance mêlée de doute, ce qui doit arriver et ce « qu’il plaira à Dieu de disposer pour votre fils, conformément aux « faveurs qu’il lui réserve comme conséquence de ses déterminations, « toujours prises avant le commencement du monde. Nous ignorons « certainement les dons, les qualités et les conditions qui lui furent « dès lors assignés. Nous ne savons pas davantage quelles furent les « grâces qu’il accorda à cet enfant quand il fut baptisé. Nous igno- « rons encore le signe bon ou mauvais sous lequel il est né et a reçu « le baptême. Nous ne pouvons pas, nous autres humbles serfs, devi- « ner ces choses. Personne, parmi ceux qui naissent en ce monde, ne « reçoit son sort sur cette terre. Nous l’apportons, en réalité, avec nous- « mêmes en naissant, car il nous fut assigné avant le commencement « du monde. Pour conclure, nous dirons que nous recevons votre « enfant pour qu’il fasse son service en balayant et en s’employant à « nos basses occupations dans la maison de Notre Seigneur. Nous « désirons et nous prions que de Notre Seigneur Dieu lui viennent les « richesses. Nous désirons aussi que dans cette maison se voient « manifestement, et au grand jour, les dons et les faveurs dont Notre a Seigneur l’orna et l’embellit avant le commencement du monde. « Nous ignorons si, par aventure. Dieu le reprendra et lui enlèvera la « vie pendant son enfance, et si nous n’aurons pas mérité qu’il « vive longtemps en ce monde. Nous ne savons rien avec certi-

HISTOIRÈ DES CHOSES

« tilde et nous pouvons seulement assurer, pour vous consoTer, qu’il « est impossible de dire : il sera ceci, il sera cela; cette autre chosè « arrivera; il sera estimé, il sera honoré; il vivra sur la terre. Peut- « être qu’à cause de nos indignités, il sera vil, pauvre, méprisé dans « ce monde, ou même, qui sait? voleur, adultère ou affligé d’une vie « pénible et pleine de fatigue. Nous ferons donc ce qui est de notre « devoir : nous l’élèverons, nous l’instruirons comme ses père et « mère; mais nous ne pouvons certainement pas pénétrer dans « son intérieur et lui mettre notre cœur ; vous ne le pourriez pas « vous-mêmes, qui êtes ses parents. Ce qui est possible, c’est que « vous n’oubliiez point de le recommander à Dieu par des prières et « par des laimes, pourquoi daigne nous faire connaître sa volonté. »

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