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COMME QUOI LES SEIGNEURS, LES PERSONNAGES ET LES GENS DE BON TON

OFFRAIENT LEURS ENFANTS A LA MAISON APPELÉE CalmecaC, ET DES HABITUDES

qu’on LEUR Y DONNAIT.

Les seigneurs, les personnages et les anciens offraient leurs fils à la maison appelée calmecac. Leur intention était qu’ils y fussent élevés pour qu’ils devinssent ministres des idoles. Ils en donnaient pour raison que dans le calmecac il y avait de bonnes mœurs, des principes, des pratiques et une vie rude et chaste , sans qu’on y vît des choses éhontées ou répréhensibles, ni aucune offense aux coutumes des ministres des idoles qui habitaient dans cette sorte de maisons. Le seigneur, le haut personnage ou le riche, quand il voulait offrir son fils, préparait un banquet auquel il invitait les prêtres et les ministres des idoles appelés tlamacazqiie et quaqiiacuiltin, vieillis au service de leur ministère dans le quartier. Là les anciens adressaient une allocution aux prêtres et ministres des idoles, chargés d’élever les jeunes gens, dans les termes suivants : « Seigneurs, minis- « tres de nos dieux, vous avez pris la peine de venir ici dans notre « maison, conduits par Notre Seigneur tout-puissant. Nous vous « faisons savoir qu’il a plu au Seigneur de nous donner un enfant « comme un joyau précieux ou plume riche. Si nous sommes dignes « qu’il s’élève et vive, comme il est garçon, il ne convient pas que « nous le dressions au métier de femme en le maintenant au sein « de la famille. Aussi, nous vous le donnons pour votre fils et nous « v(^us le recommandons dès à présent. Nous l’offrons au Seigneur « Quetzalcoatl, autrement dit Tilpolonqui^ , pour qu’il entre au « calmecac qui est la maison de pénitence et de larmes, où s’élèvent « les seigneurs nobles, parce qu’en ce lieu on devient digne des tré- « sors de Dieu par la prière , par la pénitence , les larmes et les « pleurs, en demandant à Dieu miséricorde et la faveur de ses « richesses. Nous l’offrons dès à présent, afin que, lorsqu’il sera « en âge convenable, il entre et vive dans la maison de Notre Sei- « gneur où l’on inspire les bons principes aux seigneurs nobles , et « pour que notre fils soit chargé de balayer et de nettoyer ladite mai- « son de Notre Seigneur. Pour ces raisons nous vous prions hum- « blement de le recevoir et de le prendre pour fils, afin qu’il entre et

1. Serait-ce pour Tlüpolonqui? de llilli, couleur noire, et polonqui, bien broyée ou qui sent fortement, adjectif verbal tiré de poloni.

HISTOIRE DES CHOSES

« vive avec les autres ministres de nos dieux dans cet établissement « où se font nuit et jour tous les exercices de pénitence, marchant sur « les genoux et sur les coudes, priant, pleurant et soupirant devant « Notre Seigneur. » Les prêtres et ministres des idoles répondaient aux parents de l’enfant de la manière suivante : « Nous avons écouté « votre allocution, bien que nous soyons indignes de l’entendre, au « sujet de votre désir de voir votre fils bien-aimé, votre pierre prête cieuse ou plume riche entrer et vivre dans la maison du calmecac. « Ce n’est pas à nous que cette prière est faite; vous l’adressez au « seigneur Quelzalcoall ou Tilpotonqui, au nom duquel nous venons « de l’entendre. C’est à lui que vous parlez; il sait ce qu’il lui plaira « de faire de votre pierre précieuse et plume riche, et devons qui êtes tf ses père et mère. Quant à nous, indignes serfs, nous attendons ce « qui doit arriver avec une espérance mêlée de doute. Nous ne pou- « vons dire avec certitude : ceci sera ou ceci ne sera pas au sujet « de votre fils ; nous mettons notre espoir en Notre Seigneur tout- « puissant pour tout ce qu’il lui plaira disposer au sujet de cet « enfant. »

Ils prenaient ensuite l’enfant et le portaient au calmecac, tandis que de leur côté ses parents se cliargaient de papiers, d’encens, de maxtli et d’une sorte de collier en or, plumes riches et pierres précieuses, pour présenter le tout à la statue de Quetzalcoatl, qui se trouvait au calmecac. A leur arrivée, on sonnait des instruments et l’on peignait avec de l’encre tout le corps de l’enfant, y compris la figure. On l’ornait de colliers en bois appelés tlacopatli S’il était fils de pauvre, on le parait de fil de coton peu tordu. On lui faisait des incisions aux oreilles et on olfrait à Quetzalcoatl le sang qui s’en épanchait. Si l’enfant était très petit, les parents le remportaient chez eux. S’il était fils du seigneur on d’un personnage, on lui enlevait le collier de tlacopatli, qui restait au calmecac, et ils en donnaient pour raison que l’âme de l’enfant, qui adhérait à ce collier, faisait en son nom les humbles services de pénitence. S’il était déjà en âge de vivre et de résider dans le calmecac, on l’y laissait au pouvoir des prêtres et ministres des idoles, pour qu’il y fût élevé et instruit dans toutes les coutumes de la maison.

l. De tlacotl, tige, arbrisseau, et patli, remède.

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