CHAPITRE VIII
DES COUTUMES QUE l’oN SUIVAIT DANS L’ÉTABLISSEMENT DU CalmCCaC OV S’ÉLEVAIENT, DÈS LEUR ENFANCE, LES PRÊTRES ET MINISTRES DU TEMPLE.
La première coutume était que tous les ministres des idoles qui s’appelaient tlama''azque couchassent dans la maison du calmecac.
La seconde consistait en ce que tous s’occupassent à la balayer et nettoyer à quatre heures du matin.
La troisième, c’était que les enfants déjà un peu grands allassent chercher des épines de maguey.
La quatrième, que, lorsqu’ils étaient un peu plus âgés, ils allassent cueillir, à la forêt, le bois nécessaire à l’entretien du feu que l’on faisait chaque nuit. Lorsqu’on exécutait quelque travail en argile, qu’on construisait des murailles, qu’on faisait du labour, qu’on creusait des fossés, ils partaient tous en corps au point du jour. Il ne restait plus à la maison que ceux qui devaient la garder ou porter le manger. Personne ne manquait à l’appel et ils se livraient au travail avec la meilleure entente et en bon ordre.
La cinquième coutume, c’est qu’ils cessassent le travail un peu de bonne heure pour se rendre à leur monastère, s’adonner au service des dieux et aux exercices de pénitence; mais avant tout ils se baignaient. Au coucher du soleil, ils commençaient à préparer les choses dont ils avaient besoin pour se mettre en route à onze heures de la nuit, séparément, chacun tout seul, portant les épines de maguey, une conque marine pour sonner en chemin, un encensoir en terre cuite ainsi qu’une bourse contenant l’encens, et des torches de sapin. C’est de la sorte que chacun allait tout nu placer les épines de maguey dans les lieux que sa dévotion lui dictait. Ceux qui aspiraient à une grande pénitence s’en allaient jusques aux forêts, aux sierras et aux rivières; ceux qui étaient déjà un peu grands faisaient une demi-lieue. Quand ils étaient arrivés à un endroit déterminé, ils prenaient les épines de maguey et les piquaient dans une pelote de foin. Cela fait, chacun revenait, solitaire, en sonnant de sa conque marine.
La sixième coutume imposait aux ministres des idoles de ne jamais dormir deux ensemble sous la même couverture, mais chacun à part et à distance.
La septième coutume consistait à préparer le manger dans la maison môme du calmecac, parce qu’ils possédaient une rente commune qui servait à cet objet. Si l’on portait à quelques-uns des mets de leurs familles, tous en prenaient leur part.
HISTOIRE DES CHOSES
La huitième coutume les obligeait tous à se lever à minuit pour la prière. Celui qui ne se réveillait pas et restait couché était puni países compagnons qui le piquaient avec des pointes de maguey aux oreilles, à la poitrine, aux cuisses, aux jambes et par tout le corps, en présence de tous les ministres des idoles, pour qu’il apprît, à ses dépens, à mieux se conduire.
La neuvième coutume, c’est que personne n’était arrogant, ne se permettait aucune offense contre ses camarades et ne devait jamais désobéir à la règle et aux habitudes qui étaient dans les usages de la maison. Si quelqu’un s’enivrait, prenait une concubine ou se rendait coupable de quelque autre délit criminel, on lui donnait la mort, soit par le garrot, soit en le brûlant vif, soit encore à coups de flèche. Lorsque la faute commise était vénielle, on lui piquait les Oreilles et d’autres parties du corps avec des épines de maguey ou quelque poinçon aigu.
La dixième coutume s’adressait aux enfants que l’on châtiait en leur piquant les oreilles ou en les fouettant avec des orties.
La onzième coutume imposait à tous les ministres des idoles l’obligation de se baigner à minuit dans une fontaine.
La douzième coutume, c’est que, les jours de jeûne, tous, grands et petits, devaient jeûner, ne prenant aucun aliment jusqu’à midi. Quand c’était le jeûne appelé atamalqualo ^ , ils jeûnaient au pain et à l’eau. Quelques-uns ne prenaient aucun aliment dans le jour, mais seulement au milieu delà nuit suivante; d’autres ne mangeaient qu’à midi et seulement une fois par vingt-quatre heures. Ceux-ci ne prenaient rien, pas même de l’eau, pendant la nuit, parce qu’ils prétendaient que n’importe quoi, l’eau elle-même, suffisait à rompre le jeûne.
La treizième coutume consistait à donner aux enfants l’habitude de parler bien, de saluer et de faire la révérence. Si quelqu’un parlait mal ou ne saluait pas ceux qu’il rencontrait, passants ou assis, on le corrigeait en le piquant avec des pointes de maguey.
La quatorzième coutume consistait à enseigner à chanter aux élèves tous les versets composant les chants divins, lesquels étaient écrits, en caractères dans leurs livres^. On leur enseignait aussi l’astrologie indienne, l’interprétation des songes et le compte des années.
1. Impersonnel signifiant : on mange le pain fait à l’eau. Voy. la note 3 de la page 187.
2. Je souligne ce passage qui traduit littéralement les mots suivants du texte espagnol : los cuales versos estaban escritos en sus libros por caracteres. Kingsborough appelle l’attention sur leur importance en les écrivant en italiques. Il n’est évidemment fait allusion dans ce passage qu’à l’écriture figurative des anciens Mexicains qui, à l’aide de signes ou caractères syllabiques et même idéographiques, représentaient les divers sons de la langue nahuatl.
La quinzième coutume, c’était que les ministres des idoles fissent vœu de vivre chastement sans aucun commerce charnel avec les femmes, d’être tempérants, de ne point mentir, de vivre dévotement et d’avoir la crainte de Dieu. C’est sur cela que nous arrêtons ici notre récit au sujet des coutumes et des règles dont les ministres des idoles faisaient usage. Il y en avait d’autres qui seront expliquées ailleurs dans ce livre.