ÉTAIENT HEUREUX
Le septième signe s’appelait ce quiauill. On disait qu’il était malheureux. Déjà, au premier jour, les déesses qui s’appelaient Ciuateteo descendaient sur la terre apportant aux enfants un grand nombre de maladies. Aussi les pères ordonnaient-ils rigoureusement à leurs fils de ne point sortir de leurs maisons. Ils leur disaient: « Ne sortez point de chez vous, parce que, si vous sortez, vous rencontrerez les déesses Ciuateteo qui descendent actuellement sur la terre ». Les pères et mères avaient réellement peur qu’ils fussent pris de paralysie, s’ils allaient quelque part. Pendant que ce signe régnait, on faisait des offrandes à ces déesses dans les oratoires, qui étaient très nombreux en différents endroits, et on couvrait de papiers leurs statues.
C’était aussi pendant la durée de ce signe que l’on faisait périr ceux qui étaient emprisonnés pour quelque péché criminel qui avait mérité la mort. On tuait aussi les esclaves pour la vie du roi, pour obtenir qu’il vécût un grand nombre d’années. On ne baptisait point ceux qui naissaient aux premiers jours de ce signe; on attendait jusqu’au troisième, appelé ei cipactli. On croyait que ce jour améliorait le sort de celui qui s’y baptisait. Cependant l’on disait que ceux qui naissaient ce jour-là étaient destinés à être nécromanciens, sorciers et jeteurs de sorts. Ils se transformaient en animaux et ils prononçaient des paroles propres à jeter un sort sur les femmes et à faire tourner les cœurs à ce qu’ils désiraient. Ils faisaient encore bien d’autres maléfices. Ils se mettaient aux gages de ceux qui voulaient du mal à leurs ennemis et les haïssaient à mort. Ils faisaient leurs enchantements dans l’obscurité, quatre nuits suivies, qu’ils choisissaient dans un signe malheureux. Ils allaient pendant la nuit aux maisons de ceux qu’ils voulaient frapper de leurs sortilèges. Mais quelquefois on les prenait et ceux qui étaient l’objet de leurs malé-
l. De llacatl, personne, et tecolotl, hibou, chat-huant.
HISTOIRE DES CHOSES
lices, s’ils avaient quelque audace, les malmenaient et leur arrachaient les cheveux du sommet de la tête, ce qui était cause de leur mort aussitôt qu’ils rentraient chez eux. Il est vrai, disait-on, qu’ils pouvaient éviter ce dénouement en se faisant prêter quelque chose, comme de l’eau, du l'eu, ou quelque vase dans la maison où ils avaient été maltraités ; mais celui qui avait arraché les cheveux, s’il était avisé, avait soin de veiller tout le jour à ce que personne n’emportât rien de chez lui, soit à titre de prêt, soit de toute autre façon, et les choses étant ainsi, ce nécromancien était frappé de mort. Ces sorciers, du reste, n’avaient aucun contentement ; ils allaient toujours mal vêtus et de fort mauvaise mine; ils n’avaient point d’amis, n’entraient nulle part, et personne ne les voyait de bon œil. Si c’était une femme qui naissait dans ces jours-là, fût-elle de rang élevé, elle ne se mariait jamais et ne faisait aucun progrès en rien. Elle passait son temps à aller d’une maison à l’autre, et tout le monde disait que c’était pour être née dans ce signe qu’elle vivait en des conditions si mauvaises.