‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 215 sur 704 · DÉJÀ LIVRÉS A DE LOINTAINS TRAFICS · texte numérisé non relu

DÉJÀ LIVRÉS A DE LOINTAINS TRAFICS

Les vieux marchands adressaient aussi quelques exhortations aux jeunes gens qui allaient trafiquer et qui avaient déjà l’expérience des voyages et de leurs difficultés. Ils traitaient en peu de mots les points qui vont suivre : « Jeune homme qui êtes ici présent, vous n’êles pas « un enfant; vous avez déjà l’expérience des voyages, de leurs peines « et des périls de ce métier qui transporte d’un village à l’autre. « Vous connaissez déjà les chemins et les lieux habités où vous « voulez aller encore une fois. Nous ignorons ce qui arrivera ; nous « ne savons même pas si nous aurons la chance de vous revoir. Peut- « être que vous perdrez la vie dans quelqu’un de ces villages ou de « ces lieux écartés. Quoi qu’il vous arrive, vous vous souviendrez des « conseils et des larmes de vos pères qui vous aiment comme leur « enfant et qui désirent être dignes du plaisir de votre retour et de « vous revoir ici sain et prospère. Courage donc, mon flls; partez et « bonne chance ! Nous n’ignorons pas que les peines ne vous manque- « ront point en route, car le chemin est par lui-même rude et fatigant. « Prenez soin de ceux qui vous suivent, ne les abandonnez point, ne « les délaissez pas, ne vous éloignez pas de leur compagnie; voyez- « les et traitez-les comme vos frères cadets. Avertissez-les de ce qu’ils « doivent faire, quand vous arriverez aux lieux de repos, pour qu’ils « recueillent de l’herbe et forment des sièges qui serviront au délasse- « ment des plus âgés. Nous avons déjà donné nos avis à vos cama- « rades qui n’ont jamais été trafiquer en parcourant les chemins vers « lesquels vous allez partir. C’est pour cela qu’il n’est pas nécessaire « d’allonger davantage ce discours. Voilà, mon fils, ce que nous avions « à vous dire en peu de mots. Allez en paix et faites votre métier avec « courage. »

Lorsque les vieillards avaient fini de parler, le jeune homme faisait cette courte réponse : « Je considère. Messieurs, que vous m’avez fait « une grande faveur en m’adressant vos consolations, sans que j’aie « rien fait pour les mériter. En me parlant comme vous venez de le « faire, vous avez rempli le rôle de pères, comme si j’étais né de vos « entrailles. Ce que vous m’avez ditest sorti du trésor de votre cœur « comme si c’était de l’or, des pierres précieuses, des plumes riches, « et c’est à leur prix que j’estime vos paroles. Je ne les oublierai « jamais et je les garderai comme un trésor dans mon cœur et dans

HISTOIRE DES CHOSES

« mes entrailles. Ce que je vous demande en grâce, c’esl que, pendant « mon absence, il ne manque jamais quelqu’un dans ma maison pour « balayer et faire du feu. Là, vont rester mon père, ma mère, ma « sœur ou ma tante. Je vous supplie de vous charger de leur protec- « tion, de manière à éviter qu’il leur soit fait aucune offense. S’il « plaisait au Seigneur de mettre un terme à mon existence pendant « ce voyage, ce qui est dit soit dit, et je pars consolé. »

Après ce discours, toutes les personnes présentes, hommes et femmes, se mettaient à pleurer en prenant congé de celui qui s’en allait, et ensuite tous commençaient à manger et à boire.

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