‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 249 sur 704 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE CE qu’ils auguraient QUAND ILS ENTENDAIENT, PENDANT LA NUIT,

LES RUGISSEMENTS DES BÊTES FÉROCES OU UN BRUIT PAREIL A LA VIEILLE FEMME QUI PLEURE, ET DE CE QUE LES AUGURES DISAIENT EN PAREIL CAS.

Dans les temps anciens, avant que les Espagnols vinssent dans ce pays, les indigènes se basaient sur un grand nombre de présages pour deviner l’avenir*. En premier lieu, lorsque quelqu’un entendait une bête féroce rugir dans les bois ou quelque bruit résonnant sur la montagne et dans les vallées, il en tirait un mauvais augure, prétendant y trouver l’annonce d’un malheur ou d’un désastre à bref délai, comme par exemple : qu’il mourrait bientôt dans la guerre ou de maladie, que lui ou quelqu’un de ses fils serait fait esclave et que, en résumé, une calamité, n’importe laquelle, devait tomber sur lui ou sur sa maison. Ayant lui-même entendu ce qui motivait son augure, il allait sans retard trouver ceux qui savaient les expliquer et qu’on appelait tonalpouhque. Cet augure ou devin le consolait et cherchait à lui inspirer courage en lui disant : « Mon pauvre fils, puisque tu es venu chercher l’explication du présage dont tu as été témoin ; puisque lu prétends regarder dans le miroir qui explique ce qui t’épouvante, sache bien que c’est l’adversité et la peine que tu dois en augurer. Ce n’est pas parce que je le dis que cela est ainsi, mais bien parce que nos vieillards et nos aïeux l’ont écrit et prétendu. La signification de ton présage est donc que tu es destiné à te voir en la pauvreté et les peines, ou à être frappé de mort. Peut-être se fait-il que celui par qui nous vivons se soit fâché contre loi et qu’il ne veuille plus que tu vives davantage. Attends avec courage ce qui doit te survenir, parce que cela est ainsi écrit dans les livres dont nous faisons usage pour expliquer ces choses à ceux qu’elles concernent. Ce n’est pas moi

1. Plusieurs écrivains ont conservé les traditions indiennes concernant les augures. Les religieux en particulier, les traitant à bon droit comme des superstitions, se sont attachés à les combattre et en ont fait dans leurs confessionnaires l’objet de diverses questions sous la forme suivante: Cuix oliclelzamma oLicletzauhitlac in coati mixpan oquiz? anoco oliclelzanima in netepotlamüizlli? Cuix noce olicmolctzahui in çayolin quiquinaca, in anoco calli nanatzea ? «As-tu pris pour mauvais augure lorsque tu as vu un serpent passant devant loi? ou bien as-tu pris pour mauvais augure un heurt? Est-ce que tu as aussi regardé comme un mauvais présage quand la mouche bourdonne ou que les bois de la maison craquent ? »

qui viens t’inspirer de la crainte, c’est le Seigneur Dieu lui-même qui a voulu que cela retombât sur toi. Il ne faut pas davantage accuser l’animal de ton présage, car il ne sait ce qu’il fait, puisqu’il est privé de raison et d’intelligence. Non, mon pauvre fils, tu ne dois accuser personne; c’est le signe dans lequel tu es né qui traîne avec lui ces mésaventures : la méchanceté de I heure qui a présidé à ta naissance produil actuellement ses fruits en ta personne. Prends courage ; l’expérience te démontrera que c’est nécessaire : prépare-toi à tout soulfrir et, en attendant, pleure et fais pénitence. Prête bien attention à ce que je le dirai sur ce que tu dois faire pour porter remède à ta peine. Fais donc pénitence; va chercher du papier, pour qu’on prépare l’offrande que lu dois faire, achète-le en même temps que de l’encens blanc, de Vulli et les autres objets que lu sais être nécessaires pour une offrande pareille. Lorsque tu auras réuni ce dont nous avons besoin, tu viendras tel jour qui est opportun pour offrir ce qui convient au seigneur dieu du feu. Alors tu t’adresseras à moi, parce que j’arrangerai moimême les papiers et tout le reste, dans les endroits et de la manière qu’il convient de le faire pour cette offrande. C’est à moi qu’est réservé le soin d’y mettre le feu et de le brûler dans ta maison. » C’était de cette façon que répondaient ceux qui étaient consultés sur le susdit présage.

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