‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 285 sur 704 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DE CE QUE LE ROI RÉPOND A CES ORATEURS POUR S’hUMILIER ET LES REMERCIER DE CE qu’ils ont DIT.

« Notre-Seigneur s’est montré miséricordieux et libéral en élisant un indigne qui n’avait aucun mérite. Peut-être ne fait-il en moi qu’une expérience. En voyant que je ne suis nullement propre à. cet emploi, il le donnera sans doute à un autre; car il y a beaucoup de gens qui l’appellent, qui prient chaque jour et pleurent en sa présence et soupirent avec tristesse. Le Seigneur a beaucoup d’amis éprouvés. Nous

verrons bien ce qu’il décidera de faire. Si mes niaiseries arrivent à provoquer le rire, Noire-Seigneur Dieu reprendra, quand il lui plaira, son royaume et sa dignité, après me les avoir enlevés pour les donner à celui qu’il sait en être digne ou à quelqu’un de ceux qui le lui demandent dans leurs ferventes prières. Notre-Seigneur n’a témoigné envers moi que de sa grandeur et de sa libéralité. Ce qui m’arrive ne peut être qu’un songe. Qu’il soit fait ce que Dieu veut et commande ! Que s’accomplisse aussi ce qui a été ordonné et voté par les seigneurs qui m'ont élu ! Qu’ont- ils vu en moi? Ils ont imité la conduite de celui qui cherche une femme habile à filer et à tisser. Ce qu’il y a de certain, c’est que je ne me connais ni ne me comprends aucunement ; je ne sais pas proférer deux paroles bien dites. Ce que je puis assurer encore, c’est qu’on est venu me prendre dans l’ordure et les saletés où je vivais. Peut-être que ce poste où Dieu me place en signe de sa grande libéralité n’était-il nullement fait pour moi. Je reconnais que vous m’avez fait grand honneur par vos paroles. J’ai entendu certainement des choses dignes d’être notées et gravées dans le souvenir, car elles sont belles et de grande valeur, autant que des pierres précieuses et des saphirs ; ce sont de vrais conseils de père et mère, comme on en entend rarement exprimer. Ces paroles méritent de ne pas être oubliées ; aussi me convient-il de les conserver dans mon estime tout le temps que je vivrai; j’aurai soin de les tenir dans mon cœur comme une consolation et dans ma main à titre de soutien dans l’exercice de ma charge. Ce n’est pas seulement envers moi, mais en faveur de tout mon royaume que vous venez de faire une bonne action et que vous avez jjrié Noire-Seigneur Dieu de me venir en aide. Je ne suis pas digne des bonnes i)aroles que vous venez de m’adresser et je ne les attribue nullement à mon mérite. Vous avez aussi élevé la voix en faveur des rois et seigneurs mes prédécesseurs qui gouvernèrent ce royaume et qui honorèrent la Divinité en accomplissant fidèlement leur devoir. Vivez content et prospère. Que Dieu vous donne repos et délassement, car vous avez très bien agi. »

RÉPONSE DE l’orateur A QUI LE SEIGNEUR RÉCEMMENT ÉLU VIENT d’aDRESSER LES PAROLES QUI PRÉCÈDENT.

« 0 notre très précieux seigneur ! Je crois bien que je vous cause de la peine et de l’ennui par mes longueurs; je vous casse peut-être la tête et brise l’estomac par mes niaiseries. Je prie notre Dieu souverain et créateur de vous donner paix, tranquillité et contentement tout le temps que vous vivrez dans ce très heureux emploi qui vous

esl confié. Dieu vous voit du haut du ciel ; les divinités vous regardent du fond de l’enfer, et, ici-bas, dans ce monde, tous vos sujets ont leurs regards tournés sur vous. Dieu seul connaît le temps que doit durer ce règne qu’il vous a confié. C’est en lui que nous mettons nos espérances pour l’accomplissement de sa volonté, car il est le gouverneur suprême, le possesseur de tous les secrets et le distributeur de tous les dons. O très heureux seigneur! je désire que vous viviez et régniez de longues années. »

Les rois avaient toujours à leurs cotés des orateurs habiles, pour parler et répondre autant qu’il serait nécessaire. Us en usaient ainsi dès les premiers moments de leur élection. Lorsque ceux-ci recevaient l’ordre de répondre, ils disaient ce qui suit.

Page 1