‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 291 sur 704 · De ayauitl, nuée, brouillard, et mictlan, enfer · texte numérisé non relu

De ayauitl, nuée, brouillard, et mictlan, enfer

2. Tlacatecutli signifie seigneur des gens, et tlacochtecutli, seigneur des flèches.

HISTOIRE DES CHOSES

dlfjnilé. C’est Noire-Seigneur qui l’a voulu; c’est un effet de sa misé- )‘icorde, car tout est à lui, tout est un don do lui, et tout vient de sa main. Personne ne doit dire : je veux être ceci, je veux avoir cette dignité; puisciue personne n’est libre de choisir ce qu’il désire; Dieu seul donne ce qu’il veut et à qui il lui plaît, sans avoir besoin de conseil ni d’autre chose que sa volonté.

Écoulez encore une autre tristesse et angoisse qui m’afflige, à minuit, lorsque je me lève pour prier et faire pénitence. Mon cœur monte et descend d’une pensée à une autre, pareil à l’homme qui s’élève au haut d’une montagne et s’abaisse au fond des vallées, parce qu’aucun de vous ne me donne de la satisfaction et du contentement. Toi, N...., qui es l’aîné, lu ne témoignes d’aucun amendement favorable dans tes habitudes ; je ne vois en toi que futilités et enfantillages ; lu ne te montres avec aucune des qualités de la primogéniture. Quant à loi, N...., qui es le second, et toi N...., qui es le troisième, je ne vois non plus en vous rien qui indique votre bon sens; vous ne vous attachez nullement à être des hommes; on dirait que vous ne voulez prendre aucun soin de vous-mêmes, parce que vous êtes et que Dieu vous a faits les cadets. Que deviendrez-vous dans ce monde? Remarquez que vous descendez de parents nobles et de seigneurs, nullement de jardiniers ou de bûcherons. Je le répète, que deviendrez-vous? Voulez-vous être des marchands qui portent un bâton à la main et une charge sur les épaules? Voulez-vous être laboureurs ou terrassiers, jardiniers ou hùcherons? Je veux vous dire ce que vous devez faire; écoulez-le et prenez-en note.

Appliquez-vous à Vareyto, à l’atabal et aux grelots ; apprenez à chanter; vous réveillerez ainsi le peuple et vous ferez plaisir à Notre-Seigneur Dieu qui est en tous lieux. Vous emploierez ces moyens pour lui demander ses faveurs, et c’est ainsi que vous mettrez la main au sein de ses richesses, car celui qui prend l’habitude de chanter et de jouer des instruments demande par cela même les grâces de Notre-Seigneur Dieu.

Efforcez-vous de connaître quelque métier honorable comme l’est celui de fabriquer des objets en plumes, ou quelque autre art mécanique ; car ces choses peuvent servir â gagner la subsistance dans des moments de besoin.

Portez vos soins surtout vers ce qui concerne l’agriculture, attendu que la terre produit toutes choses, sans demander à hoire ni à manger, se suffisant à elle-même pour les faire naître. Vos prédécesseurs prirent soin de savoir et de faire ces choses-là; car, quoiqu’ils fussent hidalgos et nobles, ils ne négligèrent pas de faire labourer et cultiver leurs héritages, et ils nous informèrent que leurs aïeux

avaient fait de même. Si vous vous attachiez seulement à soigner votre hidalguia et votre noblesse, sans souci des dioses susdites et surtout de l’agriculture, avec quoi alimenteriez-vous les gens de votre maison? Et avec quoi vous entretiendriez- vous vous-mêmes? Je n’ai vu nulle part que quelqu’un se nourrisse de sa noblesse et de son hidalguía. Il vous importe seulement de porter vos soins sur les choses nécessaires au corps comme sont les subsistances, car c’est le fondement de notre vie. Ce n’est pas sans raison qu’on les appelle tonacaijo tomio'-, c’est-à-dii’e notre chair et nos os, parce que c’est avec cela que nous nous nourrissons, que nous réparons nos forces, travaillons et marchons. C’est là que nous puisons notre joie et notre divertissement; on peut dire que la nourriture du corps fait les seigneurs et les administrateurs des armées ; il n’est pas d’homme au monde qui n’ait besoin de manger et de boire, puisqu’il a des intestins et un estomac; pas de seigneur ni de sénateur qui ne mange et boive; pas de soldat ni de combattant qui n’ait besoin de son havresac. Les subsistances donnent du poids à tous ceux qui vivent et la vie à tout le monde, et de cette façon la population s’étend en tous lieux. Les aliments corporels sont pour tous ceux qui vivent l’espoir de l’existence. Prenez donc soin, mes enfants, de semer vos maïs, de planter vos magueys et vos tunas, parce que, comme les anciens l’ont dit, le fruit est la joie des enfants, car il les réjouit, rafraîchit et apaise leur soif. Et toi, mon garçon, tu ne désires pas de fruits ? Et d’où les aurastu si tu ne plantes pas et si tu ne les produis dans tes héritages? Remarquez donc, mes enfants, la fin de mon discours ; inscrivez-la dans votre mémoire et dans votre cœur.

J’aurais encore bien des choses à vous dire, mais ce serait à n’en pas finir; je n’ajouterai que deux paroles dignes d’être notées, que les anciens nous ont recommandées. Premièrement, prenez bien soin d’être les amis de Dieu qui est partout, invisible et impalpable ; il importe que vous lui fassiez abandon de votre corps et de votre cœur. Mettez votre attention à ne pas vous écarter de ce chemin; ne présumez pas de vous-mêmes; ne laissez pas l’orgueil pénétrer dans votre cœur et que votre âme ne désespèrent ne s’intimide jamais. Soyez au contraire humbles de cœur et mettez votre espérance en Dieu. Sans cela il s’irriterait contre vous, attendu qu’il pénètre tous les secrets, et il vous imposerait le châtiment qu’il jugerait convenable. Secondement, vivez en paix avec tout le monde, ne soyez insolents ni irrévérencieux

1. De noacarjoU, chair; en composition ; noacayo, ma chair ou mon corps; monacayo, ta chair, etc., et de omioll, os; en composition ; nomio (pour no-omio), mon os; etc. Le mot subsistance se dit lonacayoU.

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envers personne. Ayez du respect et de la déférence pour tous; ne soyez jamais impertinents avec qui que ce soit. Ne faites affront à personne et ne donnez point à entendre tout ce que vous savez. Quoi qu’on dise de vous, ne vous écartez pas d’une humble contenance. Renfermez-vous dans le silence ; laissez-vous humilier autant qu’on voudra et ne dites pas une parole. N’imitez pas le serpent : ne provoquez personne; évitez la grossièreté, soyez patients et modérés, sachant que Dieu vous voit, qu’il répondra pour vous et vous vengera. Soyez modestes avec tout le monde, et vous obtiendrez ainsi que Dieu répande sa grâce sur vous et vous fasse honneur.

En troisième lieu, vous devez prendre soin de ne pas gaspiller le temps dont Dieu vous permet de disposer en ce monde; ne perdez ni un jour ni une nuit, car le temps nous est aussi nécessaire que la nourriture. Adressez vos soupirs et vos prières à Dieu, en tout temps, en lui demandant ce dont vous avez besoin; occupez-vous jour et nuit de choses utiles; ne vous esquivez pas du temps qui passe.

Que ce que j’ai dit vous suffise; en le disant j’ai fait mon devoir. Peut-être l’oublierez-vous, ou n’en ferez-vous qu’un vain usage. Agissez, en tous cas, comme il vous plaira ; j’ai fait, quant à moi, ce queje devais. Lequel de vous s’appliquera mes paroles? Ce sera-t-il toi qui es l’aîné, ou toi qui es le second, ou toi qui es le troisième? Sera-ce enfin toi, le plus jeune, qui seras le plus avisé, prudent, intelligent et, comme on dit, le devin de la famille? Est-ce toi qui sauras pénétrer les pensées des autres, voir les choses de loin, les comprendre, les inscrire et les garder dans ton cœur sans les communiquer à personne? Celui de vous qui agira ainsi se fera du bien à lui-même et vivra de longues années sur la terre.

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