DANS SON CŒUR COMME UNE CHOSE DES PLUS PRÉCIEUSES
ELLE COMMENÇAIT ENSUITE A l’ÉCLAIRER AU SUJET DE LA MANIÈRE DE SE COSTUMER, DE PARLER, DE REGARDER ET DE MARCHER, LUI RECOMMANDANT DE NE PAS s’occuper DE LA VIE DES AUTRES ET DE NE POINT RÉPÉTER LE MAL qu’elle ENTENDRAIT DIRE d’aUTRUI.
CES DEUX DISCOURS PRONONCÉS EN CHAIRE SERAIENT PLUS UTILES QUE BIEN DES SERMONS AUX JEUNES GENS DES DEUX SEXES,
POURVU qu’ils fussent dits DANS LE LANGAGE ET LE STYLE QU’ON VOIT ICI.
{Mutatis mutandis.)
Ma fille chérie, ma très aimée petite tourterelle, tu as entendu et noté les paroles que ton seigneur père L’a adressées. Elles sont précieuses et telles qu’on en entend et qu’on en dit rarement de semblables ; elles sont sorties du cœur et des entrailles où elles étaient dès longtemps thésaurisées. Ton père bien aimé sait fort bien que tu es sa fille, engendrée par lui, son sang et sa chair, et Dieu Notre-Seigneur sait qu’il en est ainsi. Quoique tu sois femme, tu es l’image de ton père. Que pourrais-je ajouter, ma fille, à ce qui a déjà été dit? Que pourrais-tu entendre au delà de ce que tu as entendu de ton seigneur et père, qui t’a abondamment parlé de ce qu’il t’appartient de faire et d’observer? Il n’y manque rien de tout ce qui te convient. Néanmoins, afin d’accomplir mes obligations envers toi, je veux t’adresser aussi quelques paroles. Ce que je te recommande d’abord beaucoup, c’est que tu conserves et que tu n’oublies pas ce que ton seigneur père t’a dit, parce que ce sont des choses d’autant plus précieuses que les personnages de son rang n’ont pas l’habitude de les prodiguer. Ce sont là des paroles de roi et de sage, dignes d’être appréciées à l’égal des pierres riches très bien taillées. Garde-les donc dans ton cœur et inscris-les dans tes entrailles. Si tu vis, par la grâce de Dieu, ce sera avec les mêmes paroles que tu endoctrineras tes enfants, si Dieu t’en donne. Ce queje veux te dire en second lieu, c’est que je t’aime beaucoup et que tu es ma fille chérie. Souviens- toi que je t’ai portée neuf mois dans mon sein, que tu es née et que tu as été élevée dans mes bras. Je te couchais dans ton berceau, je te plaçais ensuite sur mes genoux et je t’ai nourrie de mon lait. Je te dis tout cela pour que tu saches que moi et ton père t’avons engendrée
et que maintenant nous t’instruisons dans la saine doctrine. Prends soin de recueillir nos paroles et de les garder dans ton cœur.
Fais en sorte que tes vêtements soient modestes comme il convient ; ne t’habille pas avec des choses voyantes et très travaillées ; car cela signifie vanité, peu de tête et folie. Il ne convient pas davantage que tes vêtements soient vils, sales ou déchirés, ainsi que cela arrive aux gens du bas peuple; attendu que ces haillons ne conviennent qu’à des vilains et à des gens qui se tournent eux-mêmes en ridicule. Tu dois t’habiller modestement et avec propreté, de manière à ne paraître ni vile ni fantasque. Lorsque tu parleras, ne te presse pas; prononce peu à peu et avec calme ; que ta voix ne soit ni trop basse ni trop élevée, mais d’un ton moyen. Quand tu salueras et dans ta conversation, tu ne parleras pas du nez, ni en fausset; ta parole devra être sans prétention, le ton modéré et clair. Qu’il n’y ait jamais aucune recherche dans ton discours.
Il importe, ma fille, que tu mettes de la retenue dans ta démarche. Ne va ni trop vite ni trop lentement, attendu que la marche, quand elle est trop lente, a un air prétentieux, et qu’elle est le signe de peu de calme et d’un esprit inquiet quand elle est accélérée. Quand tu marcheras, donc, tu prendras un juste milieu entre la lenteur et l’allure trop pressée. Cependant, il est des circonstances où il est nécessaire de doubler le pas; tu as de la discrétion et tu sauras juger quand il convient de le faire. Lorsqu’il sera indispensable de sauter une flaque d’eau, tu sauteras honnêtement de manière à ne paraître ni lourde, ni maladroite, ni trop légère. Quand tu passeras dans la rue ou sur un chemin, n’incline pas et ne l’elève pas trop la tête, ne tiens pas ton corps courbé; car tout cela est le signe d’une mauvaise éducation. Tu marcheras droite, avec la tête légèrement baissée. Ne couvre pas ta bouche et ne donne pas à ta figure un aspect de honte. Ne regarde pas d’un air pleurnicheur et ne fais pas en marchant des mouvements fantaisistes avec les pieds; avance dans la rue avec calme et modestie. Ce que tu dois observer encore, ma fille, c’est de ne pas porter tes regards à tort et à travers, de ne point tourner la tête pour voir de toutes parts, de ne point lever les yeux vers le ciel, de ne pas les fixer non plus sur la terre. Quand tu rencontreras quelqu’un, ne le regarde pas d’un air fâché, mais bien avec un aspect de sérénité; de cette façon, tu ne donneras à personne l’occasion de se courroucer contre toi. Donne-toi un visage convenable, de manière à ne paraître ni trop sérieuse ni trop souriante. Fais bien attention aussi, ma fille, de ne pas prendre souci des paroles que tu entendras sur la voie publique; quoi que disent ceux qui vont et viennent, tu ne dois en faire aucun cas. Ne cherche pas à répondre ou à parler, mais
HISTOIRE DES CHOSES
conduis-toi comme si tu n’avais rien entendu; de cette façon, personne ne pourra prétendre avec sincérité que tu aies dit quoi que ce soit. Qu’il ne t’arrive jamais de te farder et d’étendre [des couleurs sur ta figure et sur tes lèvres pour t’embellir, parce que c’est le propre de femmes mondaines et charnelles. Les cosmétiques sont des ingrédients dont font usage les mauvaises femmes qui ont perdu toute honte, toute pudeur et même le bon sens, et qui vaguent comme si elles étaient prises de vin et de folie ; ce sont des prostituées. Certes, pour que ton mari ne se fatigue pas de toi, tu dois soigner ta toilette, te laver et blanchir ton linge ; mais cela demande de la mesure et de la discrétion. Si tu faisais cela tous les jours on pourrait dire de toi qu’il y a excès de propreté et que tu es trop soigneuse de ta personne; on t’appellerait tapepetzon, tinemaxoch^.
Ma fille, voilà le chemin que tu dois suivre; parce que c’est ainsi que nous ont élevées nos aïeules dont tu descends. Les anciennes dames nobles, nos grand’mères, couvertes de cheveux blancs, ne nous ont point dit autant de choses que je viens de t’en dire moi-même; elles ne nous adressaient que quelques paroles en parlant comme il suit : « Écoutez, mes enfants : 11 faut vivre dans ce monde très avisées et avec prudence ». Vois cette comparaison; souviens-fen et tâche d’y puiser un exemple et un modèle pour bien vivre. Dans ce monde nous avançons dans un chemin très étroit, très élevé et très dangereux, situé sur une hauteur considérable et qui, à cause même de son escarpement, se réduit à un sentier très étroit, aux bords duquel se trouvent des ravins sans fond. Pour peu qu’il t’arrivât de dévier d’un côté ou d’autre dans ta marche, tu tomberais inévitablement dans le gouffre. Il importe par conséquent d’y poursuivre ta route avec la plus grande prudence. Ma fille tendrement aimée et ma petite tourterelle, conserve cette comparaison dans ton cœur, ne l’oublie pas ; elle sera ton flambeau pour tout le temps que tu vivras dans ce monde.
Je n’ai plus qu’une chose à te dire, ma fille, pour terminer mon discours. Si Dieu te donne vie sur la terre pour quelques années, prends soin de ne donner ton corps à aucun homme ; surveille-toi avec la plus grande circonspection, pour empêcher que personne s’empare de toi. Si tu perdais ta virginité et si tu te mariais ensuite avec quelqu’un qui t’aurait demandée, il ne se trouverait jamais à son aise avec toi et il ne te porterait point un amour véritable : il se rappellerait toujours qu’il ne t’a pas trouvée vierge, et cela serait l’occasion continuelle de peines et d’afflictions. Tu n’aurais jamais la paix et tu
]. Tapepctzon (pour ti-apepetson), Ui es une petite perle {apepetztli) \ — iinemaxoch, tu es une fleur, un bouquet,
serais toujours en butte aux soupçons de ton mari. 0 ma fille, ma petite tourterelle bien-aimée ! si tu vis sur la terre, que tu ne sois jamais connue que par un seul homme.
Ce que je vais encore te dire, prends-lc pour un commandement formel. Lorsque qu’il plaira à Dieu que tu prennes un mari, quand tu seras en son pouvoir, ne sois point hautaine, ne le dédaigne jamais et ne permets point à ton cœur de s’incliner d’un autre côté ; ne le menace pas, et que jamais, et en aucun lieu, tu n’aies l’audace de le trahir en devenant adultère. Prends garde de donner ton corps à un autre, parce que cela, ma fille chérie et bien-aimée, c’est une chute dans un précipice sans fond, qui est désormais sans remède. D’après la loi du monde, si cela se découvrait, si tu étais surprise, tu serais punie de mort pour ce délit. Pour servir d’exemple à tous les autres, on te jetterait dans la rue, ta tête y serait écrasée par justice et ton corps traîné sur le sol. Un proverbe a dit de ces femmes : « Tu tâteras de la pierre, tu seras traînée et ta mort servira d’exemple. » Il s’ensuivrait de l’infamie et du déshonneur pour nos aïeux, ces seigneurs et sénateurs dont nous descendons et dont tu naquis. Tu souillerais leur illustre renommée et leur gloire avec l’immondicc et la boue de ton péché. Tu perdrais toi-même ta réputation et ta généreuse noblesse; ton nom serait oublié et abhorré, et on t’appliquerait le proverbe qui dit : « Tu fus enterrée sous la poussière de ton péché. » Remarque bien, ma fille, que tu aurais beau ne pas être surprise par personne : malgré que ton mari ne sût rien de ce qui se passe. Dieu qui est partout t’aurait vue; il se fâcherait contre toi, il réveillerait l’indignation du peuple sur ta personne et il se vengerait à son gré, et alors tu deviendrais percluse ou aveugle par son ordre; ton corps tomberait en pourriture ou tu en arriverais à la dernière misère, parce que tu aurais eu l’audace de te lancer dans une mauvaise action contre ton mari. Peutêtre te donnerait-il la mort et te placerait-il sous ses pieds en t’envoyant en enfer. Notre-Seigneur est miséricordieux sans doute, mais si tu trahissais ton mari, bien que cela ne se sût point et que cela ne devînt pas public. Dieu qui est en tout lieu vengerait ton péché en permettant que tu ne jouisses plus ni de contentement, ni de repos, ni de vie tranquille et en poussant ton mari à être toujours fâché contre toi et à te parler avec colère. O ma fille chérie que j’aime tendrement, fais en sorte de vivre dans ce monde en paix, repos et joie pendant tout le temps que durera ton existence. Ne fais pas d’infamie; ne tache pas ton honneur, et ne souille point le lustre et la renommée des seigneurs nos aïeux dont tu descends ; honore-moi, honore ton père et augmente notre renommée par ta bonne vie. Que
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Dieu te rende heureuse, ma fille, mon aînée ; et prosterne-toi devant Dieu qui est en tous lieux !