‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 314 sur 704 · CHAPITRE XXVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIll

DES SOINS QUE PRENAIT l’aCCOUCHEüSE, A l’HEURE DE l’ACCOUCHE.MENT, POUR QUE LA FEMME ENCEINTE ACCOUCHAT SANS DIFFICULTÉ,

ET DES REMÈDES Qu’ELLE LUI APPLIQUAIT SI l’aCCOUCHEMENT ÉTAIT MAUVAIS.

Le temps de l’accouehemenl étant arrivé, les iils et les tilles des seigneurs nobles, des riches et des marchands faisaient appeler l’accoucheuse qui venait résider avec eux quatre ou cinq jours avant l’événement, en attendant l’heure de la délivrance. Lorsque commençaient les douleurs de l’accouchement, les accoucheuses préparaient elles-mêmes, disait -on, les mets de l’accouchée ou de la femme enceinte. Lorsque les douleurs étaient bien manifestes, on donnait un bain à la femme en couches et on lui faisait boire la racine pulvé^ risée du ciuapatli^ qui a la propriété de pousser l’enfant au dehors. Si les douleurs devenaient violentes, on lui donnait aussi à prendre un demi-doigt de la queue pulvérisée de l’animal appelé tlaquatzin^. Avec cela l’accouchement devenait facile, parce que la queue de cette bête possède une grande vertu cxpulsive. Une fois, un chien mangea à la dérobée un de ces animaux qu’on appelle tlaqualzin, et aussitôt il lâcba par l’anus foules ses entrailles, de sorte qu’il ne lui resta rien dans«le corps. Egalement, si quelqu’un mangeait ou buvait pulvérisée une queue entière de cette bête, il rendait, sans retard, par en bas, tous ses boyaux. Aussi, lorsqu’après avoir bu les deux remèdes susdits, la femme n’accouchait pas, l’accoucheuse et ceux qui l’accompagnaient en tiraient le pronostic qu’elle devait mourir; ils se mettaient tous à pleurer et l’accoucheuse disait : « Mes fils et mes filles, (jiie nous adviendra-t-il maintenant, bonté divine ! L’affaire devient bien dangereuse; prions Notre-Seigneur, qui est partout, qu’il ne nous arrive pas malheur. » Ensuite, elle relevait la femme en couches en lui prenant la tête des deux mains, la secouait, lui frappait le dos avec ses mains ou avec ses pieds et lui parlait en ces termes : « Ma fille, prends courage, que te ferons-nous? Nous ne savons plus quoi t’appliquer. Voilà ta mère el les parents, mais c’est toi seule qui dois terminer cette affaire : fais des efforts avec le canal de la matrice pour

1. Enocorna floribunda (espèce du genre montanéa, de la famille des composées), plante stomachique et diurétique. Hernandez dit que de son temps on en faisait un usage fréquent dans les accouchements. Cela se pratique encore de nos jours.

2. Forme révérentielle de Üaquall. C'est la sarigue [didelphus], mammifère de l’ordre des marsupiaux.

que l’enfant sorte. Ma fille bien-aimée, sois courageuse; fais deselTorls et conduis-toi en femme virile ; fais comme la déesse appelée Ciuacoatl ou Quilaztli, qui accoucha la première. » (Ce fut Eve qui accoucha pour la première fois.) Si un jour et une nuit se passaient sans que la femme accouchât, on la mettait dans un bain ; l’accoucheuse la palpait et lui mettait l’enfant en position. S’il était placé de côté ou en travers, elle le redressait pour qu’il sortît en longueur. Mais si cela ne réussissait pas et si la femme ne pouvait accoucher, on l’enfermait dans une chambre seule avec l’accoucheuse. Celle-ci alors se mettait à prier en appelant la déesse Ciuacoatl ou Quilaztli, que nous avons dit être Ève, ainsi que Yoalticitl et je ne sais combien d’autres déesses. En reconnaissant par la cessation de tout mouvement que l’enfant était mort dans le sein de sa mère, et que, d’ailleurs, celle-ci éprouvait de grandes souffrances, l’accoucheuse qui était adroite et habile dans son art introduisait la main par l’ouverture de la génération et, au moyen d’un couteau d’obsidienne, elle coupait le corps de l’enfant, qu’elle extrayait en morceaux.

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