‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 328 sur 704 · DE QUELQUES PROVERBES EN USAGE PARMI LES MEXICAINS · texte numérisé non relu

DE QUELQUES PROVERBES EN USAGE PARMI LES MEXICAINS

Messager du corbeau. — Ce proverbe se dit de quelqu’un qui est chargé de porter un message ou de faire une commission et ne revient point avec la réponse. Il eut son point de départ, dit-on, dans ce fait que Quetzalcoall, roi de Tulla, vit, de sa maison, deux femmes qui prenaient un bain dans une fontaine où il avait coutume de se baigner lui-même. Il chargea aussitôt un de ses bossus d’aller voir qui elles étaient; mais celui-ci ne revint pas porter la réponse. Quetzalcoatl envoya alors faire la même commission par un de ses pages, qui ne revint pas non plus. 11 en envoya un troisième. Or, tous les trois s’occupaient à regarder les femmes qui étaient en train de so laver, et aucun d’eux ne se rappelait qu’il eût à revenir avec la réponse. C’est à propos de ce fait que l’on commença à dire : moxoxolotitlani ce qui signifie : il y fut et ne revint pas.

Celui qui sait tout. — Ce proverbe s’applique, pour le railler, à celui qui sait tout, comprend tout, parle de tout et se mêle de toutes choses. On se moque de lui en disant ¿omac/wzoa % comme si l’on disait ; c’est un bachelier, ou autrement, petrus in cunctis.

1. C’est ici que le lecteur regrettera sans doute avec nous de n’avoir point le texte nahuall de ces locutions, ainsi que des énigmes et métaphores indiquées dans les chapitres suivants. Si le fond en est parfois ennuyeux, comme le dit Sahagun, la forme doit avoir pour le philologue un intérêt tout particulier. N’est-ce pas, en effet, dans ces images, dans ces expressions figurées, que se révèle surtout le génie d’une langue?

2. Littéralement « page, serviteur [xoxololl) qui va en messager [litlanï) ».

3. Ce mot n’est pas correct. Je propose de lire momachizlia « qui dit savoir. »

Entremetteur en toutes choses. — Ce mot se dit de celui qui entre là où il ne devrait pas aller voir, de celui qui se met à faire ce dont on ne l’a pas chargé ou qui se mêle à ceux qui s’en occupent, sans que ce soit son emploi.

Il est encore temps d’échapper à ce danger. — Ce proverbe s’applique à celui qui, étant ivre, donne la mort à quelqu’un et qui, quand il revient à lui et se voit arrêté comme homicide, dit : « .le ne suis pas encore perdu tout à fait; je puis me libérer parce que j’étais ivre lorsque je tuai et je ne sus guère ce que je fis. C’est pour cela que j’espère encore m’échapper du filet. »

C’est un Merlin. — Ce mot se dit de celui qui fait des réponses aisées en n’importe quelle chose qu’on lui demande, alors même qu’elle est difficile, et qui a des ressources propres à tout.

Il y a des jours de malheur. — Cela se dit de l’impossibilité de faire aujourd’hui une chose qu’on fait aisément un autre jour.

Il est de coutume dans le monde que les uns montent et les autres descendent. — La signification de ce dicton est fort claire: aussi disait-on de quelqu’un : Il fleurit dans le monde comme le petit pommier appelé texocotl\ lequel porte des pommes les unes mûres, les autres en voie de mûrir et d’autres encore en fleur. On dit la même chose du monde.

Quelque vil qu’on te paraisse, ne méprise jamais personne. — Cela se dit ainsi parce que les gens qui paraissent vils et méprisables possèdent quelques qualités honorables et dignes d’estime.

La goutte creuse la pierre. — Ce dicton s’applique à ceux qui s’obstinent et persévèrent en quelque entreprise qui paraît difficile. Ainsi, lorsque quelqu’un, n’ayant pas l’adresse nécessaire pour réussir dans un métier mécanique, s’y acharne pour l’apprendre et finit par atteindre son but, on dit à son propos que la persévérance fait beaucoup.

Il saute comme grêle sur bât. — La signification de ce dicton est claire ^

Un loup dans la peau d’une brebis ou un faux bonhomme. — Ce dicton s’applique à ceux qui dans leur manière de parler, de regarder et de marcher, paraissent simples et tout ronds, tandis qu’en dedans

1. Cratægus mexicana, plante très commune sur les hauteurs qui sont dans les environs de Mexico. Le fruit en est astringent et sert à faire une gelée très agréable; la racine est apéritive et s'emploie pour combattre l’hydropisie. Les Espagnols l’appellent tejocote.

2. Le traducteur croit devoir faire observer que rien n’est moins clair que cette signification, n’en déplaise à Sahagun. « Salta como granizo de albarda » est, d’ailleurs, un proverbe espagnol, et non mexicain, qui se dit d’un homme qui se fâche et rage niaisement de tout ce qu’il entend dire.

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ils sont malicieux, trompeurs et haineux. Ils disent [une chose et en font une autre.

Il a quelque fantôme qui vient à son aide. — Cela se dit de ceux qui ont l’air de ne rien faire et qui sont riches; de ceux aussi qui travaillent peu pour apprendre et cependant savent mieux et possèdent plus que ceux qui s’efforcent davantage pour apprendre ou gagner leur vie.

Visage sans vergogne ou visage de bois. — Cela se dit de ceux qui, étant de peu de savoir et de bien peu de valeur, ne se gênent pas pour parler et se pavaner entre les sages.

Obstiné. — Cela se dit de ceux qui ont beaucoup de confiance en ce qu’ils disent, tandis qu’ils ne trouvent rien de bon dans ce que disent les autres.

Se glorifier ou se vanter d'un enfantillage. — Cela se dit des personnes qui, ayant l’âge requis pour ne plus faire d’enfantillages, y persistent encore et y trouvent leur plaisir.

J’arrache mes plants ou mes propres semailles. — Cela se dit de ceux qui, ayant un ami, se brouillent avec lui et s’en séparent pour une offense légère et, s’ils savent quelque chose de ses secrets, les divulguent ou les lui jettent à la face.

Il mange une seconde fois ce qu'il avait déjà rendu par la bouche ou par le corps. — Cela se dit de celui qui, ayant donné quelque chose en cadeau, demande qu’on le lui rende.

Il a la poutre dans l'œil et ne la voit pas, ou bien il ne voit pas ses vilenies et ses saletés. — Cela s’applique à celui qui a la figure sale sans le savoir, ou plutôt à celui qui, étant niais, se tient pour instruit, ou à celui qui, étant pécheur, se tient pour juste.

Il ne se palpe p>as lui-méme. — C’est le même sens que le précédent.

Il ne fait ni n'entend les choses c¡u'á l'envers. — Cela se dit des sots et des niais.

Arbre sans fruit ou travail sans récompense. — Cela se dit de ceux qui ont travaillé pour obtenir quelque chose et qui, après beaucoup de peines, n’obtiennent rien et ne réussissent nullement.

Ravisseur ou égratigùeur. — Ce dicton désigne clairement le voleur.

Ma jouissance est tombée dans le puits. Où j'attendais de la reconnaissance, je n’ai reçu que confusion. — Ce dicton s’applique à celui qui, ayant fait du bien à un autre, est payé par l’ingratitude de celui qui a reçu le bienfait. On dit alors ; Mes cheveux ont couvert mon visage.

Parler par des détours. — Cela se dit de quelqu’un qui, ne voulant pas dire la vérité, emploie des détours pour qu’on ne comprenne pas

ce qui doit être caché, et satisfait ainsi son interlocuteur sans lui dire le vrai.

Avec quel visage me vois-tu? — Cela se dit de celui qui a voulu tromper quelqu’un et n’y a pas réussi. Après avoir découvert sa mauvaise foi, celui qui ne s’y est pas laissé prendre lui dit : Où est ton visage? C’est-à-dire avec quel œil me regardes-tu, éhonté?

Il me le payera. — On le dit lorsque quelqu’un s’enfuit après avoir fait un affront à un autre. Alors celui-ci s’écrie : Çan noyacauh! ce qui veut dire : 11 ne m’échappera pas sans qu’il le paye.

Notre espinilla ou le remède de notre affliction. — Cela se dit, à titre de moquerie, de celui qui se vante faussement de quelque haut fait. C’est comme si l’on disait : Ce fanfaron conte ses prouesses.

Il sait tout. — Ce dicton est d’une signification bien claire, dans le sens d’une application à celui qui se vante trop de savoir et d’avoir vu bien des choses.

Je l’ai gagné par ma lance. — Ce dicton s’applique à celui qui, ayant gagné bien justement quelque chose, est en butte à la contradiction d’un autre qui le revendique. Le premier s’en défend en disant : Nomiuh, c’est-à-dire : C’est ma sueur et mon travail.

Les ailes ne ¡meuvent pas être plus noires que le corbeau. — Cela se dit de celui qui, ayant mis tout son avoir dans une marchandise, l’a perdu en mer, ou d’une autre façon, et qui dit, pour donner une idée exagérée de sa perte : Icnopillotl omomelauh', tous les maux me sont tombés dessus.

Je fus chercher de la laine, je revins tondu'^ trébuchai sur la pierre. — Cela se dit de celui qui, allant solliciter quelque faveur auprès d’une personne fortunée, n’en obtient que la disgrâce, sans aucun profit.

Je pensais gagner quelque chose et je ne fis que perdre ce que j’avais emporté. — 11 m’arriva ce qui arrive au papillon qui, pendant la nuit, s’approche du flambeau à cause de la lumière et s’y brûle. Ce dicton s’applique d’ailleurs à bien d’autres choses ; on le comi)rend clairement.

Figure de Cendrillon. — Cela se dit de celui qui, ayant fait quelque chose, pense que tout le monde l’ignore lorsque tout le monde le sait.

Trouble-fête et épouvantail d'amis. — Cela se dit de quelqu’un qui est mal vu à cause de son caractère et qui, entrant quelque part où un

1. L’infortune, la misère s’est étendue complètement ; xnelauh est le prétérit de melaua.

2. Cette partie du proverbe n’a jamais pu être mexicaine, tandis que c’est un proverbe espagnol très connu.

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grand nombre de personnes s’amusent, voit fuir tout le monde, les uns par une porte, les autres par une autre.

Travail sans fruit. — Sa signification est bien claire.

Grand fanfaron. — Ce dicton est également d’une signification bien claire.

Le mécontent. — On est dans l’habitude de dire par raillerie au.\ personnes que ce dicton désigne clairement ; L’oiseau-mouche se contente de moins que cela.

Long à parler. — On le dit par ironie de ceux auxquels on ne peut arracher une parole quand on en a besoin, tant ils en sont avares. C’est pour cela qu’on dit plus justement qu’ils sont courts de parole, parce qu’ils se taisent beaucoup trop.

Bouche d'hirondelle. — Cela se dit des grands hâbleurs.

Ce n’est pas un nœud, bien difficile à dénouer que celui qui nous unit, il est bien peu serré. — Ce dicton s’applique à celui qui est accusé de quelque chose dont il peut aisément se défendre.

11 y a je ne sais combien d’autres proverbes qui, sans doute, empruntent quelque mérite à l’énergie des mots ou au génie de la langue mexicaine ; mais dans la nôtre ce ne sont que des extravagances fastidieuses, ainsi qu’on peut s’en convaincre par ceux qu’on vient de voir, quoiqu’ils soient choisis parmi les moins ennuyeux. Qui sait même s’il se trouvera quelque Jecteur qui ait le courage d’achever de les lire?

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