A CE PROPOS
Nous avons déjà dit que la sierra de Uixachtlan était destinée à celle cérémonie. Yoici mainlenant quelles étaient les règles suivies pour s’y rendre. La veille de cette fête, au coucher du soleil, les prêtres des idoles s’apprêtaient et se revêtaient des ornements de leurs dieux, de manière à leur ressembler absolument. Dès les premiers moments de la nuit, ils se mettaient en route peu à peu, marchant lentement, gravement et en silence. C’est pour cela qu’on disait leonenemi, ce qui signifie : ils marchent comme des dieux. Partis de Mexico, ils arrivaient à la susdite sierra quand il était près de minuit. Le prêtre du quartier de Calpulco, dont l’office était de faire ce feu nouveau, portait dans ses mains les instruments dont il devait l’extraire. Pendant tout le parcours, il ne cessait d’essayer le procédé qui devait le conduire à faire le feu plus facilement. La nuit de cette cérémonie étant venue, tout le monde était saisi de frayeur et attendait dans l’anxiété ce qui allait arriver; car ils étaient imbus de la croyance que, s’il devenait impossible de faire du feu, ce serait la fin de la race humaine et les ténèbres de cette nuit deviendraient éternelles ; le soleil ne se lèverait plus, et, des hauteurs de l’espace, descendraient les tzitzimime, formes repoussantes et terribles, qui viendraient dévorer les hommes et les femmes. C’est pour cela que tout le monde montait sur les terrasses où se réunissaient les habitants de chaque maison, personne n’osant rester en bas. On appliquait sur les figures des femmes enceintes un masque fait de feuilles de maguey. On prenait soin aussi de les enfermer dans les silos, parce qu’on était dans la croyance que, si le feu ne pouvait se faire, elles se convertiraient en bêtes féroces et dévoreraient hommes et femmes. On agissait de même avec les enfants, en leur mettant sur la figure ce même masque de maguey.
On ne les laissait point s’endormir et leurs parents prenaient bien soin de les tenir éveillés en les malmenant et en leur criant aux oreilles, attendu qu’ils croyaient que, si on les laissait tomber dans le sommeil, ils seraient changés en souris. De sorte que personne ne pensait à autre chose qu’à être attentif vers le lieu où la lumière devait paraître et tout le monde attendait dans l’anxiété l’heure et le moment où le feu se verrait. Quand on avait réussi à l’allumer, on faisait un grand foyer qui pût être aperçu de loin. A peine l’avaientils vu briller que les gens s’ouvraient les oreilles avec de petits couteaux, prenaient le sang qui en découlait et aspergeaient vers l’endroit où la lumière venait d’apparaître. Tout le monde était obligé de se livrer à celte pratique, sans même en excepter les enfants qui étaient au berceau. On leur incisait aussi les oreilles en disant que c’était ainsi qu’on faisait pénitence et qu’on acquérait des mérites. C’est à ce moment que les ministres ouvraient la poitrine et les entrailles du captif avec un couteau d’obsidienne bien affilé, ainsi que nous venons de le dire plus haut et en bien d’autres endroits.