‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 350 sur 704 · DU HUITIÈME LIVRE DE CETTE HISTOIRE · texte numérisé non relu

DU HUITIÈME LIVRE DE CETTE HISTOIRE

D’après ce qu’affirment les vieillards aux mains desquels se trouvaient les peintures et les mémoires sur les choses anciennes, ceux qui vinrent les premiers peupler ce pays de la Nouvelle-Espagne procédèrent de la région du nord en marchant à la recherche du paradis terrestre. Ils se faisaient appeler Tamoanchan^ contraction de tictemoa tochan, qui veut dire : « Nous cherchons notre maison naturelle. » Ils étaient peut-être poussés à croire, sur la foi de quelque oracle reçu et divulgué par des gens estimés parmi eux, que le paradis terrestre était situé vers le sud. Presque tous les écrivains affirment, en effet, que c’est la vérité, puisqu’il se trouve sous la ligne équinoxiale. Ces émigrants avaient l’habitude de choisir les points élevés des plus hautes montagnes pour y asseoir leurs demeures, obéissant au récit qui leur avait été fait que le paradis terrestre est situé à une très grande hauteur, ce qui est sans nul doute la vérité. Ces premiers habitants furent des gens très robustes, très doctes et très belliqueux, ainsi que le démontrent de fort anciens édifices qu’on peut voir facilement aujourd’hui. Entre bien d’autres choses remarquables qu’ils firent, ils bâtirent une très forte ville au milieu d’une contrée fertile, dont la prospérité et les richesses ont laissé de magnifiques traces’ dans les ruines de ses édifices détruits. Ils appelèrent Tullan cette ville, ce qui veut dire : lieu de fertilité et d’abondance. On lui donne encore aujourd’hui le même nom, et c’est toujours un pays agréable et fertile.

- Un roi appelé Quetzalcoall y régna un grand nombre d'années. C’était un grand nécromancien, inventeur de cet art magique qu’il légua à ses descendants, parmi lesquels l’usage en est encore suivi. Il posséda, d’ailleurs, à un haut degré, les vertus morales. Son règne est resté dans le souvenir des indigènes de ce pays, comme celui du roi Arthus parmi les Anglais. Cette ville fut détruite et son roi chassé. On dit

qu’il fit route vers l’orient et qu’il s’en fut, appelé par le soleil, vers la ville de cet astre, nommée Tlapallan. On dit qu’il vil toujours et qu’il doit revenir pour régner et rebâtir cette ville qu’on lui a détruite. On est donc encore aujourd’hui dans l’attente de son retour. Lorsque Fernand Cortès arriva, il fut pris pour lui et accueilli pour tel, jusqu’à ce que le contact continu de ce guerrier et de ses compagnons eût complètement détrompé les indigènes.

Les fuyards de Tullan édifièrent une autre ville très prospère appelée Cholollan, à laquelle les Espagnols appliquèrent le nom de Rome en voyant sa magnificence et ses beaux édifices. Il semble, en effet, que les destinées de ces deux villes aient eu quelque ressemblance avec celles de Rome et de Troie. Un grand nombre d’années après ces événements, les Mexicains commencèrent à peupler le pays. Dans l’espace de trois cents ans environ, ils se rendirent maîtres de la plus grande partie des royaumes et seigneuries qui composent ce qu’on appelle aujourd’hui la Nouvelle-Espagne et ils bâtirent la ville de Mexico, qui est une autre Venise. Ses maîtres furent des empereurs, le dernier surtout, Moteuhçoma, homme intrépide, très belliqueux, expert au jeu des armes, magnanime, très habile et d’une grande magnificence dans le traitement de sa personne. Malheureusement, il était cruel. Ce fut sous son règne qu’arrivèrent les Espagnols. Plusieurs prophéties lui avaient annoncé qu’ils viendraient de son vivant. Les Castillans étant venus, ce fut la fin de l’empire des Mexicains, et celui de l’Espagne commença. Comme il y a de remarquables choses dans la manière de gouverner de ces indigènes, j’ai compilé ce volume qui traite des rois et seigneurs et de toutes leurs coutumes.

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