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CHAPITRE XXIV

DES CHOSES DONT LES ROIS S’OCCUPAIENT POUR BIEN GOUVERNER LE ROYAUME ET DES MOYENS ET DU BON ORDRE DONT ILS FAISAIENT USAGE POUR ATTAQUER EN TEMPS DE GUERRE.

La principale occupation du roi était la guerre, soit pour se défendre des ennemis, soit pour conquérir d’autres provinces. Lorsqu’il voulait faire la guerre à quelque autre roi ou à quelque pays, il réunissait ses soldats et leur faisait part de ses intentions. On envoyait aussitôt des espions à la province dont on voulait faire la conquête, pour qu’ils observassent toutes les conditions du pays, ses plaines et ses aspérités, ainsi que les passages dangereux par lesquels ils pourraient s’introduire sans obstacle. Ils revenaient en apportant au roi la représentation en peinture de toutes ces choses, pour qu’il vît bien les conditions de la contrée. Cela étant bien vu, le roi mandait les principaux capitaines, qui étaient toujours au nombre de deux ; le tlacochcalcall et le tlacatecall. Après leur avoir montré la peinture, il leur prescrivait la route qu’ils devaient suivre avec leurs soldats, le nombre de jours qu’ils devaient employer pour arriver au but et le lieu où ils auraient à établir leurs quartiers. 11 nommait les mestres de camp qui devaient les accompagner. Il s’occupait ensuite des provisions en armes et en subsistances. Pour cela, il faisait appeler tous les majordomes ou calpixque des provinces qui lui étaient soumises, pour qu’ils lui apportassent tous les tributs en mantas, plumes, or, armes et subsistances. Lorsque tout était réuni, le roi distribuait les

HISTOIRE DES CHOSES

armes aux soldats, aux capitaines et aux hommes d’une valeur reconnue. Après celte distribution, il ordonnait aux calpixque de porter les armes à tous les personnages des provinces qui devaient prendre part à la guerre, tant pour eux que pour leurs soldats. Ils s’empressaient de réunir et d’armer tout leur monde. L’armée étant organisée, on se mettait en marche dans l’ordre suivant. Les prêtres des idoles marchaient devant, portant les dieux sur leurs épaules, et précédant tout le monde d’une journée. Après eux, les capitaines et les braves prenaient un jour d’avance sur l’armée. Les soldats mexicains venaient ensuite, et les Tezxucans les suivaient avec une journée d’intervalle. Les gens de Tacuba marchaient une journée après eux, et enfin, encore à un jour d’intervalle, venaient toutes les autres provinces. Tous marchaient dans le plus grand ordre. Quand ils étaient arrivés près de la province à conquérir, les ordonnateurs du camp prescrivaient la manière d’établir les quartiers et signalaient à chacun la place qu’il devait occuper. Si quelqu’un se refusait à faire ce qui était commandé, les ordonnateurs du camp faisaient qu’on s’emparât de sa personne. Tout le monde étant à son poste, avant de commencer à combattre, on attendait que les satrapes donnassent le signal en faisant briller le feu nouveau et en soufflant dans leurs porte-voix. Ce moment venait enfin et le cri des satrapes se faisait entendre. Le combat s’engageait aussitôt, dans la nuit même de l’arrivée. Les premiers captifs qu’on faisait étaient mis sans retard aux mains des prêtres, pour qu’ils les sacrifiassent en leur arrachant le cœur devant les statues des dieux qu’ils avaient apportées. Lorsque, après cela, l’on avait remporté la victoire et soumis la province contre laquelle on venait de marcher, on faisait le compte des captifs pris sur l’ennemi et des morts qu’on avait à déplorer soi-même. Ce soin étant pris, on allait faire au roi le rapport de ce qui s’était passé ; on notifiait aussi à leurs familles la mort des hommes de qualité pour qu’on célébrât leurs funérailles. On n’oubliait pas de mentionner ceux qui s’étaient distingués par quelque fait notable dans le combat, afin qu’ils reçussent des dons et des honneurs en récompense, si surtout ils étaient de noble race. Lorsque la guerre était finie, on s’enquérait de ceux qui avaient désobéi aux ordres des ordonnateurs du camp et, fussent-ils capitaines, on les mettait à mort. Les mêmes mestres de camp prenaient soin de découvrir si deux soldats se disputaient au sujet de savoir auquel des deux revenait le captif qu’ils avaient pris. Ils écoutaient les parties et donnaient leur avis en laveur de celui qui avait fourni les meilleures preuves. Dans le cas où aucun d’eux ne pouvait justifier suffisamment sa prétention, on prenait leur captif et on le donnait à quelqu’un du quartier des contendants pour qu’il le

fît sacrifier sans se donner le titre de son maître. La province étant pacifiée, les mestres de camp indiquaient les tributs à payer par tête de conquis, afin qu’on les donnât chaque année au roi vainqueur. Ces tributs consistaient en objets qui se produisaient ou qui étaient fabriqués dans le pays. On élisait des gouverneurs et des commissaires pour administrer cette province. Ils n’étaient pas choisis parmi les habitants du lieu, mais bien parmi ceux qui en avaient fait la conquête.

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