CHAPITRE XXXVI
UE l’ordre qui régnait dans le tianquiztli dont le roi ou seigneur
PRENAIT grand SOIN.
Le roi s’occupait aussi du tianquiztli et de toutes les choses mises en vente, dans l’intérêt des gens du peuple et des étrangers qui s’y rendaient, afin d’empêcher qu’elles fussent l’occasion de fraudes ou de transactions injustes. C’est pour cela qu’on avait l’habitude de placer, par ordre cl chacun à sa place, tous les objets qui se vendaient.
C’est pour cela encore qu’on élisait des commissaires, appelés lianquizpan tlayacaque *, qui étaient chargés de la surveillance du marché et de toutes les choses qui s’y vendaient en marchandises et subsistances. L’un d’eux avait le devoir de désigner le prix des objets à vendre et d’éviter qu’il se fît des fraudes dans les transactions. Dans une partie du marché se tenaient ceux qui vendaient de l’or, de l’argent, des pierres précieuses et toutes espèces de plumes riches avec lesquelles se fabriquaient les devises, les armures et les rondadles. Sur un autre point se rangeaient les vendeurs de cacao et d’espèces aromatiques que l’on appelle dans le pays uèi nacaztli, tlilxochitl, mecaxochitl. Autre part se réunissaient ceux qui vendaient de grandes étoffes blanches ou brodées, des ceintures alors en usage, les unes unies, les autres riches et brodées. Là, aussi se vendaient les objets servant à l’habillement des femmes, les uns déjà confectionnés et les autres encore à faire, ceux-ci riches, ceux-là ordinaires ; on y offrait aussi des manias communes qu’on appelle quachtli, ayatl'^. Un peu plus loin on voyait, chacun à son rang, ceux qui vendaient des choses à manger, comme maïs blanc, bleu foncé, noir, rouge et jaune; des haricots jaunes, blancs, noirs, rouges, tachetés et une espèce noire de la grandeur d’une fève ; de la graine de blettes, brune ou cendrée, rouge ou jaune; de la chian blanche ou noire et une autre variété qu’on appelle chiantzotzotl. En ce même point se rangeaient ceux qui vendaient du sel, des poules, des coqs, des cailles, des lapins, des lièvres, de la viande de chevreuil, différentes espèces d’oiseaux, comme canards, canards sauvages et autres variétés aquatiques. Là, se réunissaient encore les vendeurs de miel de maguey et de miel d’abeilles. Dans ce même rayon se trouvaient les vendeurs de différentes variétés de chilli, qui vendaient également des tomates appelées miltomail et chiltomatlK En un autre endroit se rangeaient ceux qui vendaient du fruit, comme cerises, avocats, prunes sauvages, des patates douces appelées quauhcamotli'^, des tzapotl de différentes espèces et bien d’autres fruits. Là, se tenaient également les vendeurs de nougats de chian, de bulbes de racines, de réglisse, de chayotl et de pépins grands et petits de calebasse. En ce même point prenaient place également ceux qui vendaient du poisson, des grenouilles, du menu fretin semblable à de petits
1. « Ceux qui mènent, dirigent {yacana) les choses dans le marché (lianquiztli). »
2. Le quachtli est un vêtement grand, tandis que payatl est petit; l’un et l’autre sont en coton ou en maguey.
11. C’est-à-dire : tomate [tomatl] des champs cultivés (niilli) ou couleur de chilli. à. De quauill, bois, et camolli, patate douce ou racine tubéreuse d’une plante de la famille des convolvulacées.
HISTOIRE DES CHOSES
lézards et bien d’autres petits reptiles aquatiques. Là, se rangeaient encore les vendeurs de papier fait avec des écorces d’arbres, d’encens blanc, de gomme noire appelée ulli, de chaux, d’instruments tranchants, de bois à brûler, de bois de charpente équarri ou arrondi, de planches minces et épaisses, de coa& et de grandes barres, de pelles, de rames, de perches, de cordes, de cuir travaillé, de sandales, de haches de cuivre pour couper le gros bois, de poinçons et de ciseaux et autres instruments pour travailler le bois. On voyait encore à leur place désignée ceux qui vendaient des herbes à manger, comme oignons et autres légumes. Les mêmes marchands vendaient aussi des xilotl^ des elotl cuits, du pain fait avec les panaches du maïs, du pain de maïs nouveau, du pain enfin de toutes sortes. On voyait également à leur place les vendeurs de plusieurs sortes de roseaux à fumer. Là, se vendaient aussi du xochiocotzotl\ des plats pour y placer les roseaux allumés et bien d’autres sortes d’ustensiles en terre cuite comme cuvettes, pots, grandes jarres pour y mettre Voctli, et tous les autres objets de vaisselle. Si les commissaires du marché n’exerçaient pas fidèlement leur emploi, on le leur enlevait et on les chassait de la ville. Quant aux vendeurs d’objets volés, comme manias riches ou pierres précieuses, dès lors qu’on soupçonnait le vol, s’ils ne pouvaient pas dire la provenance, on les arrêtait et les juges et seigneurs les condamnaient à mort. De celte façon on imposait à la foule de manière que personne n’osât acheter des choses volées.