PE LA FAÇON DONT LES ROIS ET LES NOBLES ÉLEVAIENT LEURS ENFANTS
Voici la méthode que suivaient les rois et les nobles dans la manière d’élever leurs enfants. Lorsque leurs mères ou leurs gouvernantes les avaient élevés pendant six ou sept ans et qu’ils commençaient à s’émanciper, on les confiait à un, deux ou trois pages pour qu’ils jouassent et se récréassent avec eux. La mère ordonnait à ces employés de ne pas permettre que les enfants se livrassent à aucune malhonnêteté ni vilenie quand ils iraient dans la rue ou par les chemins. Ils dressaient leur élève à s’exprimer en paroles toujours polies et en langage convenable, à ne manquer de respect à personne, à traiter avec déférence tous ceux qu’ils rencontraient en chemin : employés de l’État, capitaines, hidalgos ou graves personnages, de même que tous
1, Liquidambar, résine aromatique ; de xochill, Heur, et oeoIîoH, résine.
UE LA NOUVELLE-ESPAUNE
les vieillards, hommes ou femmes, fussenl-ils de basse condition. Si quelque personne d’humble position saluait l’enfant, il s’inclinait et lui rendait le salut en disant : « Que Dieu vous conduise, mon bon aïeul I » à quoi l’interpellé répondait : « Mon petit-fils, pierre précieuse et plume riche, tu m’as fait honneur ; poursuis ton chemin en bonne chance. » Ceux qui entendaient l’enfant parler de la sorte se réjouissaient beaucoup et disaient : « Si cet enfant vit, il sera très noble, car il est généreux; il méritera certainement un haut emploi. »
Lorsque l’enfant arrivait à sa dixième ou douzième année, on le mettait dans la maison d’éducation ou calmecac. On l’y confiait aux satrapes ou prêtres du temple, pour qu’il fût élevé et instruit comme nous l’avons dit au sixième livre. Si ce n’était pas dans cette maison d’éducation, on le mettait dans l’établissement des chantres où on le recommandait aux principaux d’entre eux. Là, il était dressé à balayer le temple, à chanter et à pratiquer les austérités habituelles. Lorsqu’il arrivait à l’àge de quinze ans, il commençait à apprendre le métier de la guerre. Quand il avait vingt ans, on le menait faire campagne; mais auparavant, son père et ses parents invitaient à un banquet les capitaines et les vieux soldats. Après leur avoir donné des mantas et des ceintures brodées, ils les priaient de s’occuper beaucoup de ce jeune homme pendant la guerre, en lui enseignant à combattre et en le protégeant contre l’ennemi. Ces guerriers l’emmenaient, en effet, avec eux aussitôt que se présentait l’occasion d’une guerre. Ils en avaient le plus grand soin et lui enseignaient toutes les choses nécessaires soit pour sa défense, soit pour marcher à l’offensive. Quand la bataille était engagée, ils ne le perdaient point de vue et ils portaient son attention sur ceux qui s’emparaient d’un ennemi, afin qu’il apprît à faire de même et eût le mérite de prendre quelques captifs, dès la première guerre, grâce à la protection de ceux qui s’étaient chargés de lui. Bientôt les messagers qui s’appelaient tequipan titlantin * allaient signaler au roi tous ceux qui avaient fait des captifs, en lui donnant la nouvelle de la victoire que ses sujets venaient de remporter. Arrivés aux palais royaux, ils y pénétraient pour parler au monarque et le saluaient en disant : « Seigneur, salut et longue vie, sachez que le dieu de la guerre Uitzilopochlli nous a protégés et que, grâce à ses secours, votre armée a vaincu ses ennemis et s’est emparée de la province contre laquelle nous avons marché. La victoire a été pour les Tenochca, pour les guerriers de Tlatelolco et de Tlacopan, pour les Tetzcucans et les Otomi, pour ceux de Mallatzinco, de Chinampa et de la terre sèche. »
I. i”csl-à-dire : les messagers (í¿í/«)ií¿>i, pluriel de l'Ulanlli) \>o\xr le tribut (iequill , suivi de la postposition pan).
HISTOIRE DES CHOSES
Le roi répondail : «Soyez les bienvenus; je me réjouis d’entendre ces nouvelles ; asseyez-vous et attendez, car je veux m’en assurer davan tage. « Il les faisait garder à vue et, s’il apprenait que ces nouvelles fussent fausses, il ordonnait qu’on les mît à mort. Après qu’on avait conquis la province attaquée, on s’occupait d’abord de compter les captifs qu’on avait faits et à supputer combien en avaient pris les guerriers de Tenochtitlan, combien ceux de Tlaielolco, et ainsi de suite pour les autres capitaineries. Les captifs étaient comptés par les tlacochalca et les tJatlacateca, c’est-à-dire capitaines et mestres de camp, et par d’autres officiers de l’armée. Quand on connaissait le nombre exact des prisonniers, on envoyait des messages au roi. C’étaient des capitaines qui lui appportaient ainsi le récit certain des choses, avec la notice des prisonniers qu’on avait faits et les noms de ceux qui avaient capturé des ennemis, afin qu’on donnât à chacun sa récompense conformément au mérite acquis dans le combat. Tout étant bien entendu, le roi se livrait à la joie et, faisant mettre en liberté les porteurs des premières nouvelles qu’il avait enfermés, il répandait sur eux ses faveurs comme sur les autres.
Si plus tard on entreprenait de nouvelles guerres contre les habitants à'Ailixco ou de Uexotzinco, et si ceux qui avaient déjà fait des captifs en prenaient encore d’autres, ils étaient grandement estimés du roi qui leur faisait le notable honneur de les élever au rang de pilli, en leur donnant des noms de braves. Ils étaient dès lors susceptibles d’être élus seigneurs, et ils pouvaient s’asseoir près des rois et manger avec eux. Ils en recevaient les insignes des gens intrépides, comme sont les pierres précieuses de différentes couleurs pour les lèvres, des glands pour mettre sur leurs têtes, faits avec des plumes riches entrelacées de feuilles d’or, le tout accompagné de breloques en or mêlées de belles plumes; ils recevaient encore des pendants d’oreilles en cuir et des manteaux royaux ornés de devises diverses. Le roi leur donnait aussi des ceintures très belles et très bien brodées, d’un usage royal, et d’autres marques distinctives dont ils pouvaient se servir toute leur vie. Ils étaient pourvus d’emplois honorables, comme celui de calpixcayoll\ qui est comme majordome major, et, le roi étant mort, c’était parmi eux qu’on élisait son successeur. C’est parmi eux encore qu’on prenait les sénateurs et les juges appelés tlacxitlantlalico'^, qui connaissaient des affaires graves
1. Intendance d’une maison ; nous avons déjà vu que l’intendant lui-même s’appelait calpixqui.
2. C’étaient les juges qui se tenaient dans la salle des grandes causes, nommée tlacxitlan. Voy. ci-dessus, chapitre xxv, page 529.
DE LA NOUVELLEiESPAGNE.
de l’État. On leur appliquait les noms suivants qui étaient très honorables : Tlacochcalcatl tecutli, ticociuacoatl tecutli, ciuacoatl tecutli ou tülancalqui teciUli^.