De ail, eau, et pinolli, hoisson
pauvres et qui n’avaient pas encore bâti fortune, ils se limitaient à inviter les marchands de leurs quartiers. Mais celui qui devait être le chef de la caravane conviait non-seulement ceux de son quartier, mais encore tous les autres qui devaient partir avec lui. Si quelques-uns de ceux-ci étaient nouveaux dans le métier, jeunes et engagés pour la première fois dans une expédition de marchands, leurs pères et mères les recommandaient au capitaine et le priaient instamment de veiller sur eux ainsi que cela a été dit plus haut en traitant ce sujet. Le moment étant venu de partir, tout le monde se réunissait dans la maison du chef. Ils y apportaient aussi toutes les charges de marchandises et tout ce qui leur était recommandé pour la vente par les vieux marchands, appelés pochtecallatoque ; car ils ne partaient pas eux-mêmes; ils se bornaient à confier leurs produits en commission, sauf à partager ensuite les bénéfices. Quelques femmes trafiquantes confiaient aussi leurs marchandises dans le même but. Tous accouraient se réunir dans cette maison ; ils réglaient leurs colis et attendaient que les voyageurs partissent en leur présence. On faisait en même temps les provisions pour la route, comme pinoUi et autres objets, que l’on avait soin de réunir dans la maison pendant la nuit. Lorsque tout le chargement était complet, on plaçait les ballots sur les cacaxtli et on les dislribuait aux hommes de peine qu’on avait à son service, pour que chacun en prît sa part, et les choses étaient combinées de façon que le poids ne fût pas trop considérable et qu’il fût égal pour tous. Tout marchait ainsi par les ordres et sous la surveillance du chef. Ceux qui étaient jeunes et partaient pour apprendi’e le métier n’avaient aucune charge à porter. On se contentait de leur confier les boissons de pinolli, les tasses et les instruments, la plupart faits d’écaille de tortue, qui servent à remuer ou à battre les boissons. Quand on était bien convenu de tout ce qui devait être emporté, à la nuit on le chargeait dans une, deux ou trois canoas que l’on avait préparées dans ce but. Tout s’y trouvant transporté, le capitaine revenait auprès des vieillards qui se trouvaient là pour attendre le départ et il leur parlait en ces termes : « Vous voilà ici présents, vous, gens âgés des deux sexes, vieillards honorés qui êtes arrivés à un tel âge que vous pouvez à peine marcher. Restez en paix ; • nous allons partir, après nous être bien imbus des conseils que vous aviez conservés, thésaurisés dans vos entrailles pour notre instruction. Nous avons reçu vos paroles, les larmes aux yeux. Encouragés par elles, nous abandonnons sans chagrin notre ville et nos demeures, nos fils et nos femmes, en les confiant à nos pères, nos amis et nos parents, ([ui, nous l’espérons, ne nous oublieront pas pendant notre absence. » Les vieillards répondaient aussitôt ; « Nos chers fils, vous avez très
HISTOIRE DES CHOSES
bien parlé, allez en paix ; nous désirons que vous n’ayez à traverser aucune grande difficulté. N’ayez aucun chagrin au sujet de vos maisons et de vos biens ; nous ferons pour vous ce qui convient. Nous vous avons dit ce que nous devions comme à nos enfants, pour vous encourager, vous conseiller et vous admonester. N’oubliez rien de tout cela, car ce sont vos pères et mères qui l’ont versé dans votre sein. Remarquez bien que ces jeunes gens qui vont avec vous n’ont aucune expérience des difficultés de la route; vous devez les conduire comme par la main. Vous vous en servirez dans vos stations, pour qu’ils vous préparent des sièges avec des herbages et dressent les endroits où vous devez faire vos repas et vous coucher. Prenez bien soin aussi de leur enseigner tout ce qui concerne le service des dieux, c’est-à-dire le partage des nuits avec les veillées, pour qu’ils s’y emploient avec le plus grand zèle. Ne négligez point de leur apprendre la bonne éducation, ainsi qu’il convient de le faire pour des jeunes hommes. » C’était ainsi qu’ils prenaient congé d’eux tout à fait. Leurs entretiens étant finis, tous se levaient. Il y avait là un grand foyer allumé près duquel se trouvait une écuelle teinte en vert et pleine de copal. Chacun de ceux qui se mettaient en route en prenait une petite part, la jetait au feu et se rendait tout droit à la canoa. Personne ne retournait vers les femmes ni ne portait ses regards en arrière, lors même qu’on aurait oublié quelque chose dans sa demeure. On ne faisait plus rien pour le ravoir, ni pour parler à ceux qui restaient. Quant à ceux-ci, ils se tenaient immobiles et aucun d’eux ne faisait un pas vers les partants. Si quelqu’un de ceux qui se mettaient en route regardait derrière lui, on en tirait un mauvais présage et on tenait la chose pour un grand péché. C’était ainsi que partaient les marchands pour aller trafiquer en de lointains pays.