‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 413 sur 704 · C’est-à-dire ; quatre fois (nappa) dieu (leoll · texte numérisé non relu

C’est-à-dire ; quatre fois (nappa) dieu (leoll

l’orient, quatre autres fois vers l’occident et ainsi de suite vers les autres points cardinaux. Il agissait ainsi d’abord avec celles qui étaient destinées au dieu Tlacotzontli et ensuite avec les objets réservés au dieu Ce coaí¿. Ceux-ci se plaçaient au-dessus des autres. Après avoir fait l’offrande aux quatre parties du monde comme on vient de le dire, il les prenait toutes ensemble et les jetait sur le feu qui avait été allumé dans la cour. Il faisait ensuite un trou en terre dans ce même endroit et il y enterrait les cendres des papiers qu’il venait de brûler soit dans la maison, soit au dehors; et il prenait ces cendres avec un tel soin qu’il ne les confondait nullement avec celles qui provenaient du reste du foyer, et il n’y mêlait aucune particule de terre appartenant au sol. Tout cela se faisait à minuit. Lorsque le jour venait à poindre, celui qui célébrait cette offrande, en usage parmi les trafiquants au moment de leur départ, faisait appeler les marchands principaux, qui n’étaient que des capitaines déguisés, et les autres négociants riches qui achetaient et vendaient des esclaves. Il leur adjoignait les jeunes gens, les vieilles et les autres femmes leurs tantes. Tous étant réunis, ils se lavaient les mains et se rinçaient la houche, après quoi on plaçait à manger devant chaque invité. Le repas étant fait, on se lavait de nouveau les mains et la bouche, des tasses de cacao étaient servies aux invités et l’on buvait. Ensuite, on plaçait devant les convives les tubes à fumer et ils fumaient. Alors, celui qui avait fait l’invitation s’asseyait devant eux et leur parlait en ces termes : « Soyez les bienvenus dans ma pauvre maison. Je veux que vous écoutiez quelques paroles de ma bouche ; puisque vous êtes mes pères et mères je dois vous faire savoir que je vais partir. C’est pour cela queje vous ai fait inviter, afin de vous laver les mains et la bouche avant d’abandonner cette ville et ce quartier; car j’ai déjà acheté tous les objets qui doivent me servir à des échanges par tous les endroits où j’irai. J’ai fait emplette de beaucoup de couteaux en pierre, d’un grand nombre de grelots, de beaucoup d’aiguilles, de cochenille et de pierres à feu. J’espère que le Seigneur par qui nous vivons et qui nous gouverne me donnera bonne chance. C’est pour cela que je prends congé de vous tous. » Quand il avait fini ces paroles, les principaux marchands des quartiers de Pochtlan, Auachllan et Atlauhco lui répondaient comme on va voir.

Quand il est donné un banquet, les invités y prennent place dans Tordre suivant: tous s’assoient sur des petlatl et des icpalli en s’adossant aux murailles. Les plus distingués prennent la droite dans Tordre indiqué par leur importance, comme sont les porhtecatlatoque parmi les marchands. A gauche se plaçaient ceux d’un rang moins élevé, comme sont les marchands qu’on appelle naualoz-

HISTOIRE DES CHOSES

lomeca^. Les jeunes hommes prenaient place par rang d’importance, à la suite des précédents.

Celui qui prenait le premier la parole en réponse au discours qui venait d’être fait était le personnage qui tenait le premier rang à la droite. Il le taisait en ces termes : « Les paroles que vous venez de prononcer et que nous venons d’entendre sont très bien dites. Nous tous ici présents désirons que le voyage que vous allez entreprendre soit prospère et que vous n’y soyez arrêtés par aucun événement adverse. Allez en paix et lentement, aussi bien par les plaines que par les collines. Mais il.convient que vous partiez armés de courage pour tout ce qu’il plaira à Notre Seigneur, qui gouverne le ciel et la terre, de faire à votre sujet, voulût-il absolument vous détruire en vous envoyant la mort par maladie ou de n’importe quelle autre façon. Nous prions Dieu, dès à présent, que vous mouriez en poursuivant votre voyage plutôt que de retourner sur vos pas; car nous aimerions mieux savoir que vos mantas et vos maxlli ont été mis en pièces sur les chemins et que vos cheveux y sont restés épars pour votre gloire, plutôt que de vous voir déshonorer nos noms et vos propres personnes en reculant. S’il plaît à Notre Seigneur que vous ne mouriez point et (|ue vous accomplissiez votre voyage, tenez-vous pour honorés de vous nourrir sans piment et sans sel, de manger du pain dur et rassis, de Vapinolli ^ mal fait et du maïs brûlé et humide. Gardetoi, mon fils, d’offenser personne par tes paroles ou par tes actes ; sois envers tout le monde respectueux et bien élevé. Si Dieu t’a gratifié des biens de ce monde, ne t’enorgueillis pas et ne méprise personne. Lorsqu’il t’arrivera de te réunir avec des gens'que tu ne connais pas, avec quelqu’un de Tenochtitlan, de Quauhtillan, de Azcaputzalco ou de Uitzilopocho, ne les dédaigne pas; parle-leur, salue-les humblement; et si Dieu te fait arriver aux villes où tu vas négocier, emploietoi avec humilité à charrier du bois, à balayer la maison, à faire du feu, à arroser, à battre les nattes, à servir de l’eau pour laver les mains et à faire toutes choses qui concernent le service des dieux; comme par exemple, observer la pénitence et orner’l’autel de bouquets. Sois toujours prompt à t’humilier. Que ce que tu viens d’entendre te suffise, je n’en veux pas^dire davantage. »

Ceux qui donnaient ces banquets et qui invitaient les principaux parmi les marchands et les personnages des autres quartiers, étaient des gens riches et des trafiquants qui avaient les reins solides pour faire honneur à leurs hôtes par la dépense. Quant à ceux qui étaient

1. Pluriel de naualoztomecall, formé de naualli, devin, et oztomecatl, marchand.

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