‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 425 sur 704 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DES CÉRÉMONIES QUE FAISAIT l’aUTEUR DU BANQUET LORSQUE LES CHANTEURS CO.MMENÇAIENT t'ureyio,

ET CE qu’on faisait PENDANT TOUTE LA NUIT.

Au moment de commencer Vareyto, avant toute autre chose, on offrait des fleurs au dieu Uitzilopochtli dans son oratoire sur un grand plat en bois peint. On passait ensuite â faire des offrandes dans les autres petites chapelles d’idoles. On finissait en apportant des fleurs à l’oratoire de celui qui faisait la fête et devant le tambour et le (eponaztli, en môme temps que deux plats où l’on avait placé des roseaux pleins de parfums allumés. Gela se faisait à minuit. Lorsque les offrandes de fleurs qu’on vient de dire étaient faites, on commençait à chanter. Avant tout, on sifflait en mettant le petit doigt recourbé dans la bouche. En entendant ces sifflets, les gens de la maison se mettaient à soupirer et à porter de la terre sur leurs lèvres après avoir touché le sol avec la main, et ils disaient : « Notre Seigneur a sonné, » e' prenant leur encensoir ils puisaient au foyer des braises sur lesquelles ils projetaient du copal blanc très propre et

très odorant. De là devait venir, disaient-ils. leur bonne fortune. Un satrape sortait aussitôt de la maison, suivi d’un enfant de chœur qui lui apportait des cailles. Étant arrivés devant le tambour, ils y plaçaient l’encensoir et le prêtre décapitait une caille qu’il jetait à terre en regardant de quel côté elle prenait sa direction en se débattant sur le sol. Si elle prenait la direction du nord, qui est à la droite de la terre, on en tirait mauvais augure et le maître de la maison disait : « Je tomberai malade ou je mourrai. » Si la caille en se débattant s’en allait vers l’occident ou à la main gauche de la terre qui est le midi, il se réjouissait et disait: « Dieu est tranquille; il n’est pas fâché contre moi. » Après cela, il prenait l’encensoir qu’il élevait vers l’orient en se tenant devant le tambour. Il se tournait ensuite vers l’occident et encensait quatre fois dans cette direction. Il se tournait ensuite vers le midi et enfin vers le nord en se livrant à la même pratique. Cela étant fait il jetait les braises de l’encensoir au foyer; ceux qui devaient faire Varcyto sortaient aussitôt et l’on commençait à danser et à chanter. En tête de tous allait le tlacatecall; venaient ensuite tous les soldats que l’on appelle quaquachictin, les Otomi et ceux qu’on nomme tequiuaque qui sont de vieux soldats. Mais les marchands ne dansaient pas. Ils se tenaient dans leurs pièces, jouissant du spectacle, parce qu’ils étaient les auteurs de la fête. Les vieux marchands recevaient les arrivants auxquels ils distribuaient des fleurs, à chacun selon son mérite, parce qu’on en avait fait des bouquets de différentes formes.

La première chose que l’on mangeait pendant la fête c’étaient de petits champignons noirs qu’on appelle nanacatl, qui ont la propriété d’enivrer, de causer des hallucinations et même de provoquer à la luxure. Ils les mangeaient avant qu’il fît jour et ils prenaient aussi du cacao avant l’aurore. On mangeait les petits champignons avec du miel, et, quand on se sentait échauffé par leur influence, on commençait à danser. Quelques-uns chantaient, d’autres pleuraient parce qu’ils étaient ivres. Il y en avait qui restaient sans voix, s’asseyaient dans l’appartement où ils se tenaient comme absorbés. Les uns se sentaient mourir et pleuraient dans leur hallucination; d’autres se voyaient manger par une bête féroce ; d’autres encore se figuraient capturer un ennemi dans la mêlée; celui-ci qu’il serait riche, celui-là qu’il aurait un grand nombre d’esclaves. Il y en avait qui, se croyant pris en adultère, supposaient qu’on leur écraserait la tête pour ce méfait, ou qu’ils se rendraient coupables de quelques larcins pour lesquels on leur donnerait la mort.... et mille autres visions encore. Lorsque l’ivresse avait passé ils s’entretenaient entre eux de leurs hallucinations. L’heure de minuit étant arrivée, le maître de la mai-

HISTOIRE DES CHOSES

son, auleur delà Tête, faisait offrande de papiers teintés d’i<//¿ avec les cérémonies qui ont été décrites plus haut. Ils prenaient aussi du cacao une ou deux fois avant qu’il fît jour, sans cesser la danse, et ils entonnaient quelques chants. Lorsque le maître de la maison avait terminé ses offrandes et les cérémonies déjà décrites, il enterrait les cendres et d’autres objets au milieu de la cour en disant ; « Nous avons semé yietl ; c’est de là que naîtront le manger et le boire de nos fils et petits-enfants ; rien ne se perdra. » Il voulait dire qu’au moyen de cette offrande leurs fils et leurs petits-enfants devaient être heureux dans ce monde.

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