DES OUVRIERS QUI TAILLAIENT LES PIERRES PRÉCIEUSES
Les lapidaires qui taillaient des pierres précieuses adoraient, au temps de leur idolâtrie, quatre dieux, ou, pour mieux dire, quatre démons ; Chiconaui itzcuinili, Naualpilli^ Macuilcalli et Cinteotl *. On
1. Il est question ici sans doute du texte nahuatl dont l’auteur paraît ne nous donner qu’une analyse au lieu de le traduire en entier dans ce passage.
2. Chiconaui itzcuinili, « neuf chiens ». Nom d’une divinité et d’un signe en astrologie judiciaire; — Naualpiili, « seigneur nécromancien », — Macuilcalli, « cinq maisons; — enfin Cinteotl, la divinité des moissons.
faisait une fête à ces trois derniers lorsque régnait le signe appelé chiconaui itzcuintli, ce qui est un nom de femme. Aussi habillait-on en femme la déesse qui porte ce même nom. On lui attribuait l’origine des objets de toilette des femmes, ce que l’on indiquait en la peignant avec un bâton à la main droite et une rondache à la main gauche, sur laquelle un pied était dessiné. On lui mettait aussi des oreillons en or; un papillon du même métal pendait de la cloison de son nez. Elle était revêtue d’un uipilH, d’une chemise de femme et d’un jupon tissus de blanc et de rouge. Elle était chaussée de cotaras avec des crénelures peintes sur un fond rouge.
Les quatre personnes qu’on choisissait pour représenter ces divinités étaient affublées de leurs noms et de leurs 'ornements, pour qu’elles mourussent au service qui leur était fait au jour de leur fête. L’un d’eux était appelé Naualpilli; on lui coupait les cheveux sans soin, en désordre, et on les ébouriffait en les partageant au milieu en deux moitiés. On lui mettait au front une feuille d’or et des boucles de même métal aux oreilles ; d’une main il tenait un bâton orné de plumes riches et de l’autre main une rondache simulant un filet et portant sur quatre points des plumes riches mal arrangées. On le vêlait d’une jaquette tissue de blanc et de rouge et se terminant en bas par des franges. Il était chaussé de cotaras rouges. Un autre s’appelait Macuilcalli. On l’habillait en homme; ses cheveux étaient arrangés de manière à former au milieu de la tête une élévation qu’on appelle quachichiquilH et qui n’était point faite avec des cheveux, mais en plumes riches. On lui mettait aux tempes des feuilles d’or très légères ; un joyau rond en coquillage pendait de son cou ; il avait à l’ime de ses mains un bâton orné de plumes riches, et à l’autre une rondache sur laquelle se trouvaient peints plusieurs cercles rouges les uns dans les autres; son corps était teint en vermillon et il portait des cotaras de la même couleur. Celui qui s’appelait Cinteotl était également habillé en homme, avec la figure couverte d’un masque de mosaïque d’où sortaient comme des rayons. On lui mettait une jaquette en toile, teinte en bleu clair, un joyau d’or pendait à son cou. On le plaçait sur’une estrade appelée cincalli^ recouverte de tiges de maïs, à la manière des chaumières. Il chaussait des cotaras blanches attachées aux pieds avec des cordelettes molles de coton.
C’est à ces dieux, dit-on, qu’on attribuait l’art de tailler les pierres précieuses et de faire des mentonnières et des oreillons en pierres noires, en cristal, en ambre, et d’autres en matière blanche. On les