‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 441 sur 704 · DE LA FÊTE QUE LES OUVRIERS EN PLUMES FAISAIENT A LEURS DIEUX · texte numérisé non relu

DE LA FÊTE QUE LES OUVRIERS EN PLUMES FAISAIENT A LEURS DIEUX

On faisait une fête à ces divinités deux fois l’an : l’une dans le mois appelé panquelzaliztli, et l’autre dans celui qu’on nomme llaxochimaco. C’était dans le mois de panquetzaliztli qu’on tuait l’image de Coyotlinauatl. Si personne ne se présentait pour sacrifier quelque esclave qu’on appelait tiaaltiltin, ces amanteca se réunissaient et en achetaient un, pour le tuer en l’honneur de ce dieu, en échange de mantas, nommées quachtli, dont on se servait pour payer les tributs. Mais si quelque amaniecfd/ célébrait par lui-même une fête et y tuait quelques esclaves, l’un de ceux-ci était sacrifié en riionneur du dieu Coyoïlinauall. On le couvrait de tous les ornements de ce dieu comme on l’a dit plus haut. Si celui qui faisait la fête était un homme riche, il tuait un, deux, trois esclaves et même davantage, toujours en l’honneur de ces divinités. S’il n’était pas fortuné, il se contentait d’une seule victime pour honorer CoyollinauaLl. Lorsqu’on célébrait la fête, tous les vieillards, hommes et femmes, se réunissaient dans le quartier à’ Amantlan. Là, on chantait et l’on obligeait à veiller tous ceux qui devaient être sacrifiés. On avait l’habitude de leur faire prendre un breuvage appelée itzpachtli pour qu’ils ne craignissent pas la mort. Cette boisson enivrait et faisait perdre le sentiment; c’est pour cela qu’ils en faisaient usage, afin qu’ils se trouvassent hors d’eux-mômes lorsqu’on leur ouvrirait la poitrine. Il y avait de ces esclaves qui étaient assez fous pour se mettre à courir volontairement vers le haut du temple, poussés par le désir de se faire tuer sans retard, afin d’en finir avec la vie.

HISTOIRE DES CHOSES

Lorsqu’on faisait, pour la seconde fois, la fête à ces divinités, au mois de tlaxochimaco, on ne sacrifiait aucun esclave. La solennité se célébrait alors en l’honneur des deux déesses susnommées, sans oublier cependant les cinq autres dieux. Toutes les femmes amanleca se réunissaient en cette occasion dans le quartier d’ Amanilan et se paraient à la manière de ces déesses, de la façon que nous avons déjà expliquée. Quant aux hommes, ils se contentaient de se couvrir les jambes avec des plumes rouges. C’était alors que les amanteca offraient leurs fils et leurs filles à ces divinités, en promettant de mettre les garçons au cahnecac pour qu’ils apprissent le métier de toltecayotl. Quant aux filles, on suppliait ces déesses de leur venir en aide pour qu’elles fussent bonnes ouvrières et bonnes teinturières en tochomitl de toutes couleurs, soit pour la plume, soit pour le poil de lapin.

Les quartiers des amanteca et des pochteca se confondaient et il en était de même pour leurs dieux, dont l’un s’appelait Yacatecutli, dieu des marchands, et l’autre Coiyotlinauatl, qui est la divinité des amanteca. C’est pour cela que les marchands et les ouvriers en plumes s’honoraient mutuellement, et quand ils s’asseyaient à un banquet, les marchands prenaient place d’un côté et les ouvriers en plumes de l’autre. Ils étaient presque égaux en richesses et dans leur manière de célébrer les fêtes et les banquets. Cela provenait de ce que les marchands apportaient de pays lointains les plumes riches, et les amanteca les travaillaient et arrangeaient pour en fabriquer les armes et les devises, ainsi que les rondadles, dont les rois et les hauts personnages faisaient usage, qui étaient de formes fort nombreuses et portaient des dénominations diverses ainsi que c’est expliqué dans le texte. Avant qu’ils eussent connaissance des plumes riches avec lesquelles on fabrique aujourd’hui les devises et les armures, ces tolteca faisaient des parures pour la danse avec des plumes blanches et noires de poules, de hérons et de canards. Ils ne savaient pas encore alors les finesses de ce métier. Ils se bornaient à arranger grossièrement la plume qui se coupait avec des couteaux d’itztli sur des planches d’aueuetl. Les plumes riches furent connues au temps du roi Auitzotl. Elles furent apportées par les marchands tecunenenque quand ils firent la conquête des provinces d’Anahuac, ainsi que nous l’avons raconté. Ce fut alors que les amanteca commencèrent à faire des ouvrages fins et délicats.

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