CHAPITRE XVIII
DES OUVRIERS QUI TRAVAILLENT LA PLUME ET EN FABRIQUENT DES OBJETS DIVERS.
D’après le dire des anciens, au sujet de la dénomination à' amanteca c’est que les premiers habitants de ce pays portèrent avec eux, des régions d’où ils venaient, un dieu qui s’appelait Coyotlinauatl et qu’ils ne cessèrent jamais d’adorer. Ces immigrants s’appelaient icnonitlacapixoani mexiti ^ ce qui signifie : les premiers colonisateurs qui s' appelaient Mexiti, d’où dériva le nom de Mexico. Ces hommes, qui se fixèrent en cet endroit, s’y multiplièrent et leurs descendants fabriquèrent une statue en bois sculpté et édifièrent un temple dans un quartier auquel ils donnèrent le nom à’ Amantlan. On y adora ce dieu qu’ils appelaient Coyotlinauatl et on lui fit des offrandes, et, à cause du nom de ce quartier qui est Amantlan, ses habitants prirent celui à' Amanteca. C’était avec une peau de coyotl préparée qu’on
1. Pluriel de amantécall, artisan, ouvrier habile dans l’art de travailler, disposer (teca) les plumes.
2. C’est-à-dire ; qui disperse les gens malheureux {icnoUacapixoa). Les deux éditions portent ieonülacapixoani.
HISTOIRE DES CHOSES
revêtait ce dieu, aux jours de ces fêtes. Le soin de préparer cette peau était réservé aux habitants de ce quartier à’ Amantlan. Elle conservait sa tête de coyotl recouverte d’un masque d’homme. Ses dents canines étaient en or et toutes ses autres dents très longues et pointues Il portait à la main un bâton orné de pierres noires d’itztli, sur lequel il s’appuyait, et il avait une rondadle formée de joncs, aux bords de laquelle était peint un cercle en bleu clair. Il chargeait sur son dos un pot de l’ouverture duquel sortaient un grand nombre de plumes de quctzalli. On lui mettait au-dessus du cou-de-pied des sortes de guêtres avec un grand nombre de petits escargots blancs en manière de grelots. Il était chaussé de cotaras faites avec les feuilles d’un arbre qu’on nomme yecotl, parce que c’était la chaussure dont faisaient usage les immigrants quand ils vinrent dans le pays. On les lui mettait toujours pour donner à entendre que ce furent eux les premiers colons Chichimeca qui s’établirent dans ce pays de Mexico.
On n’adora pas seulement ce dieu dans ce quartier cVAmantlan; mais encore sept autres idoles, dont cinq étaient habillées en hommes et deux en femmes. Néanmoins, le Coyotlinauatl était le principal de tous. Le second qui venait après lui s’appelait Tiçaua; le troisième M acuito celoll ; le quatrième Macuillochtli'^ -, les deux femmes venaient au cinquième rang. L’une d’elles s’appelait Xiuhtlaii et l’autre Xilo L Le septième qui s’appelait Tepuztecatl se plaçait en face de tous les autres.
Les manières de revêtir tous ces dieux étaient les suivantes : ceux qui étaient hommes portaient le costume de Coyotlinauatl ; seul, le dieu appelé Tiçaua n’était pas revêtu d’une peau de coyotl; il portait seulement sur le dos le pot avec les plumes de quetzalli et des oreil- 1ères en coquillages de mer. Il avait aussi son bâton, sa rondache, ses petits escargots sur les jambes et des cotaras blanches. Le dieu qui s’appelait Macuilocelotl était revêtu de la peau de coyotl ; sa tête en était couverte et il regardait par la gueule de l’animal. 11 portait aussi sur le dos le pot avec ses quetzalli, et il avait le bâton, la rondadle et les cotaras blanches. On arrangeait de la même manière le dieu Macuiltochtli. Quant aux femmes, celle qui s’appelait Xiuhtlaii était habillée d’un uipilli bleu; l’autre, appelée Xilo, qui était la seconde, était revêtue d’un uipilli rouge teint avec de la cochenille. Toutes les deux avaient ce vêtement parsemé de plumes riches four-
1. Tiçaua, qui a de la craie, delà poudre blanche (iigaii) ; — Macuilocelotl, cinq tigres ; — Macuiltochtli, cinq lapins.
2. Xiuhtlaii « qui place les plantes » ; — Xilo, chargée sans doute des xilotl ou épis de maïs.
nies par tous les oiseaux d’un beau plumage ; ses bords étaient formés par de belles plumes comme nous l’avons déjà dit. Ces déesses portaient à l’une des mains des tiges vertes de maïs en manière de bâton, un éventail en plumes riches à l’autre main, et un joyau d’or qui avait la figure d’un comal. Elles avaient des oreillères d’or bien polies et très brillantes ; elles ne portaient rien sur leur dos et des bandes de papier leur tenaient lieu de chevelure. Leurs poignets étaient ornés de plumes riches de toutes sortes et leurs jambes étaient emplumées de la même façon du genou jusqu’à la cheville. Elles portaient également des cotaras en feuilles de yecotl, pour donner à entendre qu’elles appartenaient aux Chichimeca qui avaient peuplé ce pays.