‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 445 sur 704 · AVIS DES TRADUCTEURS · texte numérisé non relu

AVIS DES TRADUCTEURS

Arrivés à ce point de notre traduction, nous sommes arrêtés par la pensée que ce qui va suivre embrasse des sujets s’écartant plus ou moins des vues qui nous ont fait entreprendre ce travail. Notre intention, en effet, a été de présenter le tableau des mœurs, des coutumes et des pratiques religieuses du peuple mexicain avant la conquête. Les neuf livres du P. Sahagun que nous venons de traduire répondent parfaitement à ce projet et en représentent les éléments les plus dignes d’estime, tandis que les trois derniers livres ont pour nous le double défaut d’être inférieurs aux précédents par l’exposition et de sortir du cadre que nous nous étions proposés de remplir. Notre traduction va d’ailleurs se heurter à une difficulté que l’œuvre de Sahagun ne nous avait pas encore présentée. Les dixième et onzième livres, en effet, renferment un grand nombre de termes, la plupart mal orthographiés par les éditeurs, qui désignent ou des espèces disparues ou des noms de plantes et d’animanx existant encore, mais que l’on ne connaît aujourd’hui que sous des dénominations nahuatl absolument nouvelles.

Nous conserverons forcément beaucoup de ces noms sans les traduire, ainsi que l’a fait Sahagun. L’exécution de notre travail sera par conséquent inférieure à celle qui précède, et nous croyons devoir rendre sensible aux regards du lecteur la modestie de cet aveu en employant pour l’impression des trois derniers livres un caractère typographique différent. Il n’a pas été en notre pouvoir de mieux faire. Voulant savoir jusqu’à quel point une compétence supérieure à la nôtre pourrait nous tirer d’embarras, nous avons pris le soin d’écrire à Mexico pour demander le secours des nombreux philologues estimables qui se trouvent dans cette capitale. La réponse a été qu’il serait sans doute possible d’établir la signification réelle de quelques-uns de ces termes, mais que la plupart resteraient incompris et qu’on ne pourrait arriver qu’à une interprétation incomplète.

Gela est regrettable sans doute, puisqu’il est question, dans cette partie de l’ouvrage, des plantes et des animaux du Mexique ; mais la description que l’auteur en donne est si incomplète et si souvent mêlée de fables qu’elle ne pourrait réellement être d’aucune utilité pour le lecteur qui désirerait s’instruire à fond sur ces matières et voudrait, en particulier, classer dans nos nomenclatures modernes les plantes et les animaux dont le P. Sahagun nous entretient. Si l’on tenait à s’occuper de cette question, on trouverait plus de profit à lire le grand ouvrage d’Hernandez sur l’histoire naturelle

du Mexique, quoique cet auteur estimable se contente le plus souvent dé donner une description des plantes et des animaux, exacte sans doute, mais sans classification d’aucune espèce.

Quant au douzième livre, on peut assurer qu’il est réellement un hors-d’œuvre dans le travail du moine franciscain. Il traite, en effet, d’une manière très succincte de la conquête du Mexique par les Espagnols, telle qu’elle était comprise et interprétée parles Mexicains eux-mêmes. Ce senties survivants des jours calamiteux de la défaite qui ont dicté les récits que le P. Saliagun nous a transmis. Ce ne peut donc pas être toujours par l’exactitude absolue des faits que ces récits intéressent, mais bien par une interprétation originale, qu’un lecteur philosophe ne saurait lire sans profit. Cet écrit fait, d’ailleurs, comprendre, mieux que tout autre sur ce sujet, l’état d’esprit du peuple conquis et du roi qui gouvernait ce malheureux pays au moment de sa chute. Les prophéties avaient prédit qu’une nation conquérante, partie d’où le soleil se lève et guidée par Quetzalcoatl, viendrait reprendre possession de l’empire du Mexique dont Moteuhçoma ne croya-it être que le dépositaire Son respect religieux pour ces prédictions paralysa sans nul doute ses moyens de défense et facilita aux envahisseurs le succès d’une entreprise téméraire qu’une résistance opportune aurait fait échouer dès ses débuts. La lecture de ce récit embrouillé et défectueux dans la forme ne sera donc pas inutile à l’instruction de ceux qui voudront s’en occuper, et ce ne sera pas sans quelque profit pour eux que nous pousserons jusqu’au bout la tâche que nous nous sommes proposés de remplir.

Nous ne devons pas, d’ailleurs, passer sous silence que ce douzième livre, reproduit en des termes identiques par Bustamante et par Kingsborough, a été amendé plus tard par le P. Saliagun, ainsi que le prouve son deuxième manuscrit sur ce sujet, que Bustamante a imprimé en 1846, avec ce titre extravagant : la aparición de Nuestra Señora de Guadalupe de Mexico, comprobada con la refutación del argumento negativo que presenta D. J. B. Muñoz, fundándose en el testimonio de S. B. Sahagun, etc... Ge nouvel opuscule fut probablement inspiré à Sahagun par la pensée de compléter certains récits indiens que la pression administrative l’avait obligé à tronquer lorsqu’il composa son premier écrit. Le passage relatif à la mort de Moteuhçoma est de ce nombre. Les variantes relatives aux autres événements ne sont pas assez importantes pour nous faire préférer ce second récit qui, d’ailleurs, n’est pas celui que l’on trouve dans le manuscrit principal de l’auteur en douze livres. [Voyez livre XII, chapitre 23.)

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