DE PLUSIEURS SORTES DE MAUVAISES FEMMES
La 'prostituée est une femme publique chez laquelle on note les particularités suivantes. Elle vend son corps en commençant fort jeune et sans abandonner le métier quand elle est vieille. On la voit passer comme une vagabonde prise de vin. Elle est cependant soignée et propre dans sa mise, mais très éhontée et se livrant à n’importe qui en lui vendant son corps, car elle est fort portée à la luxure et à l’obscénité. Elle est sans vergogne et très vicieuse dans les actes charnels. Elle soigne beaucoup sa mise et elle y met tant de zèle qu’on dirait une rose quand elle est bien arrangée. Elle fait grand usage de son miroir pour se bien attiiTer. Du reste, elle se baigne et se lave à grande eau et se rafraîchit pour mieux arriver à plaire. Elle a l’habitude aussi de se frotter avec de l’onguent jaune du pays, appelé axin, pour se donner une figure reluisante, et elle s’applique en même temps de belles couleurs, car elle est perdue et mondaine. Elle a encore la coutume de se teindre les dents avec de la cochenille et de dénouer ses cheveux pour se rendre plus belle en les tenant à demi épars. Quelquefois elle en laisse la moitié en liberté tandis que l’autre moitié est ramenée sur l’oreille ou sur l’épaule. D’autres fois aussi elle les tresse et redresse les pointes sur le haut de la tête en forme de petites cornes. Ainsi faite, elle s’en va se pavanant comme une mauvaise femme qu’elle est, dissolue, infâme et sans vergogne. Elle a l’habitude également de se parfumer avec des parfums odorants et de mâcher du tzictli pour se nettoyer les dents; elle le fait aussi par genre en faisant claquer cette substance en la mâchant comme si c’étaient des castagnettes. Elle mène une vie vagabonde dans la rue et sur les places publiques. Elle s’en va se promenant à la recherche de gens vicieux; elle passe en riant et ne s’arrête jamais. Son cœur est sans repos et, quant aux délices après lesquels elle court sans cesse, elle y suit l’exemple des bêtes, car elle s’unit à tout le monde. Elle a pour coutume d’appeler les gens par des gestes de sa figure; elle fait l’œil aux hommes, leur parle avec des clignements, leur fait signe de la main et tourne l’œil en faisant des haut-le-corps. Elle a le rire pour tous, mais son choix est pour celui qui lui plaît le mieux. Elle veut qu’on la désire ; elle aime à tromper les adolescents et elle veut être bien payée. Elle court après les femmes pour les procurer aux hommes et les leur vendre.
La femme adultère est perfide ou traîtresse; aussi est-elle perdue de réputation; elle vit déshonorée et passe pour morte parce qu’elle est sans honneur.
Elle a des fils bâtards. Elle prend des breuvages pour se faire avorter. Sa luxure est telle qu’elle se donne à tout le monde. Traîtresse à son mari, elle le tient aveuglé et le trompe en toutes choses.
L'hermaphrodite. La femme qui a deux sexes ou qui est homme et femme à la fois s’appelle hermaphrodite. C’est une monstruosité. Elle a des succubes. Elle a beaucoup d’amies et de sigisbés. Son corps est celui d’un joli garçon. Elle parle et marche comme un homme. Elle est poilue et fait usage de deux natures; quelquefois môme elle devient ennemie des hommes parce qu’elle fait usage du sexe masculin.
La proxénète, quand elle fait son métier, est comparable au démon, dont elle a toutes les allures. Elle est son œil et son oreille et peut passer pour sa vraie messagère. Elle pervertit le cœur des autres femmes et sait les faire arriver a tout ce qu’elle désire. Elle possède pour cela une grande éloquence en tout ce qu’elle dit; sa parole emmiellée réussit aisément à tromper et sa conversation est comparable à de belles roses qui séduisent les femmes et attirent les hommes eu les rendant aussi niais qu’enchantés.