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DES TRAFIQUANTS

Le marchand trafique et pour exercer son métier il se tient au courant de tous les points où se tiennent les marchés. Le bon marchand sait faire prospérer son savoir et mettre en sûreté son bénéfice. Il vend et achète à juste prix ; il est équitable en toutes choses et possède la crainte de Dieu. Il a du tact et il observe les convenances en tout ce qui regarde les accords à faire dans ses marchés. Le mauvais marchand trompe avec grâce, soit en vendant, soit en marchandant au delà de ce qui est raisonnable ; il est trompeur et menteur ; il jette facilement de la poudre aux yeux et il surfait de plus de moitié ses marchandises au profit de ses extorsions.

Le trafiquant en esclaves est le premier des marchands en faisant de l’homme la base de ses richesses. La bonne chance le poursuit, car il est un favori de Tezcatlipoca et quand il arrive à avoir un grand nombre d’esclaves il devient le gouverneur des autres marchands. Celui qui est adroit et bon dans ce métier sait conserver son avoir et il emploie sa dévotion à le demander à Tezcatlipoca auquel il en témoigne toute sa reconnaissance. Il est la fleur et la plus fine expression des marchands. Celui qui est mauvais, au contraire, est dissipateur ; il dépense en choses inutiles tout ce qu’il gagne et il finit souvent par tomber dans la pauvreté. D’autres fois, au contraire, il est avare et mesquin.

Le seigneur ou principal des marchands. Le premier ou le principal des marchands est habituellement appelé pochtecatlailotlac, ou acxotecatl *, ce qui

L De pochlccall, marchand, négociant, el Uailollac, chef, l’our acxolccatl, iiluricl acxoleca, voyez ci-dessus, page 2ô6.

HISTOIRE DES CHOSES

revient à dire gouverneur des marchands. Ces deux noms et d’autres encore qui sont signalés dans le texte aztèque de ce livre sont donnés à celui qui est le principal gouverneur ou seigneur, presque le père et la mère de tous les marchands. Le gouverneur qui est bon est le père et l’appui des pauvres à l’aide desquels il accourt dans leurs besoins comme s’ils étaient ses enfants. Tout le monde le révère et lui obéit comme au chef principal. Lui-même confie ses marchandises à ceux qui vont trafiquer au loin, pour qu’ils les vendent. Il est aimé et respecté comme étant supérieur à tous, et, de son côté, il gouverne et dirige très bien les siens, qu’il châtie quelquefois quand ils le méritent. Celui qui est mauvais gouverneur est habituellement intéressé ; il demande sans cesse, se refuse aux soins auxquels il est obligé et il ne veut rien faire de ce qui est le propre d’un bon gouverneur des marchands.

Le trafiquant est celui qui va vendre au loin ses marchandises. Quand celui qui exerce ce métier est bon, il est discret, prudent; il connaît les routes, sait très bien à quelles distances se trouvent les auberges, et, par conséquent, où les voyageurs pourront aller passer la nuit, dîner, goûter ou faire leur souper. Celui qui n’est pas bon est idiot, niais; il marche vite et en aveugle sans savoir où il va. Aussi lui arrive-t-il d’avoir à s’arrêter dans les bois, dans les vallées, dans les précipices, à cause de son ignorance des vrais chemins.

Le lapidaire ou marchand de pierres précieuses sait tailler adroitement et polir les pierres de manière à leur donner tout leur éclat. Parfois il fait le polissage au moyen de la canne massive qu’on appelle teotlatl *. D’autres fois il les lime et il les rend moins épaisses. Celui qui vend de bonne foi connaît à fond les plus précieuses, comme Témeraude fine, la perle nette, le jais, les pierres caractérisées par la variété de leurs nuances que leur finesse rend très brillantes. Celles qu’il regarde comme ayant du mérite sont vendues par lui en conséquence en tenant compte des qualités propres de chacune d’elles. Celui qui vend des pierres fausses est un trompeur, parce qu’il présente comme précieuses celles qui ne le sont nullement, qui ne sont que fort ordinaires et peu dignes d’estime. Du reste, il vend trop cher et en s’appuyant toujours sur des paroles trompeuses.

L'orfèvre en or vend des boucles d’or, d’argent ou de cuivre, ou bien des chaînes et des colliers d’or, ainsi que des bracelets pour les poignets. S’il est bon ouvrier, animé de la crainte de Dieu et doté d’une bonne conscience, il vend les objets qu’il fabrique, chacun pour sa valeur réelle. Il est souvent à sa convenance de faire des objets en or, les uns larges, les autres ronds, quelquesuns en façon d’écrevisse. Celui qui n’est point loyal a l’habitude de mêler le bon avec le faux or ou d’employer un métal bas auquel il donne du brillant. C’est ainsi qu’il trompe l’acheteur. En fait de prix il marchande fort, est peu accommodant et fort obstiné.

L'ouvrier en plumes compte parmi les marchands. Celui qui est bon en ce métier a les plumes en grande estime ; il les garde et soigne fort bien. Son occupation est de vendre des plumes estimées de toutes couleurs et de toutes

1. On dit aussi ollatl et non, comme portent les deux éditions, mellall qui signifie pierre à moudre le maïs ou le cacao.

espèces d’oiseaux ; les plumes vertes, les plus appréciées qui ont le bout recourbé et d’autres encore qui ont un éclat chatoyant. Celui qui est déloyal fait des plumes fausses et transforme les vieilles en neuves au moyen de couleurs empruntées.

Celui qui achète l’argent est un marchand. Il possède du bien et il a des dépôts d’argent et d’or. Celui qui acquiert des métaux précieux en échange connaît bien la valeur de l’or et de l’argent eu égard au poids et au degré de finesse. 11 est diligent et soucieux en son métier. Il ne fraude pas en pesant, il aimerait mieux ajouter au poids que de le diminuer en quoi que ce fût. Le petit marchand en métaux précieux a l’habitude de tromper en vendant; il demande de sa marchandise plus qu’elle ne vaut, se tient à ses prix et marchande outre mesure.

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